Énergie Est comporte des risques élevés pour les rivières du Québec, selon une étude

Les explications de Michel Marsolais

La construction d'un pipeline le long des berges du fleuve Saint-Laurent serait très risquée, révèle une étude menée par l'École Polytechnique de Montréal et commandée par le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles du Québec.

Le gouvernement a mis l'étude en ligne juste avant Noël, quelques jours après le dépôt du plan final du projet Énergie Est de TransCanada. Les consultations publiques entourant le projet se sont terminées le mois dernier.

Rappelons que l'entreprise albertaine a abandonné son projet de construction d'un terminal pétrolier à Cacouna après de fortes oppositions citoyennes. L'option de Cacouna avait suscité la grogne puisqu'elle menaçait la population de bélugas du Saint-Laurent.

Désormais, la menace plane sur la quasi-totalité des rivières qui seraient traversées par le pipeline Énergie Est, rapporte l'étude.

Le constat : le sol des berges est trop instable pour supporter un pipeline.

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Un projet « risqué »

Le projet est « techniquement réalisable », mais « risqué », conclut l'étude. Une trentaine de rivières « présentent des risques de glissement de terrain en raison de l'instabilité des berges », soutiennent les chercheurs de Polytechnique.

Ainsi, des glissements de terrain pourraient provoquer des inondations, polluant dans la foulée tous les cours d'eau avoisinants. 

Parmi ceux-ci, on compte notamment la rivière des Outaouais, la rivière des Mille-Îles, la rivière Saint-Maurice, la rivière Sainte-Anne et la rivière Jacques-Cartier. 

Les chercheurs précisent aussi que « la majorité des points de passage à risque se situent sur la rive nord du Saint-Laurent, entre Montréal et Saint-Augustin-de-Desmaures ».

L'étude de 150 pages note par ailleurs qu'il est impossible d'évaluer la centaine de ruisseaux qui seraient traversés par le pipeline à cause de « l'absence de données ».

Rappelons que le pipeline du projet Énergie Est devrait transporter 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux chaque jour. 
La carte de l'oléoduc Énergie Est La carte de l'oléoduc Énergie Est  Photo :  ICI Radio-Canada

Toutes les rivières mènent au fleuve 

Toutes les rivières sont connectées d'une manière ou d'une autre au fleuve Saint-Laurent. En ce sens, les chercheurs mettent aussi l'accent sur le fait que certaines des rivières traversées par l'éventuel projet Énergie Est se jettent directement dans le fleuve. 

Par exemple, la rivière Portneuf est considérée comme à risque « élevé » par l'étude.

De plus, selon le plan fourni par TransCanada, le pipeline doit traverser le fleuve tout juste en amont de la ville de Québec, à la hauteur de Saint-Augustin-de-Desmaures. 

Les chercheurs insistent sur le fait qu'un déversement à cet endroit stratégique serait catastrophique, car il s'agit de « l'un des écosystèmes les plus vulnérables » du fleuve Saint-Laurent. 

Cet endroit est aussi le dernier point de prise d'eau potable du fleuve qui, à lui seul, abreuve quotidiennement un peu plus de 20 % de la population de Québec. 

L'exemple de la rivière Kalamazoo

Les chercheurs de l'étude ont aussi montré que, « dans le contexte d'un passage de rivière, il est considéré qu'un déversement accidentel de pétrole est impossible à contenir et à nettoyer totalement ».  

Ils citent notamment l'exemple de la rivière Kalamazoo, au Michigan. En 2010, un important déversement avait eu lieu dans cette rivière; le pipeline détenu par Enbridge avait laissé s'écouler 4 millions de litres de pétrole brut lourd. 

Les travaux de nettoyage sur la rivière Kalamazoo, au Michigan, le 13 juillet 2011. Les travaux de nettoyage sur la rivière Kalamazoo, au Michigan, le 13 juillet 2011.  Photo :  PC/AP Photo / Joe Raymond

Ce déversement a causé des dommages irréversibles, et la facture de nettoyage s'est élevée à un peu plus d'un milliard de dollars. L'opération a duré un peu plus de deux ans.

Rappelons que l'oléoduc Énergie Est doit traverser le Québec afin de transporter du pétrole depuis l'Alberta jusqu'au Nouveau-Brunswick, d'où il serait exporté. De plus, les coûts du projet ont presque triplé depuis les premières évaluations. 

Énergie Est n'a toujours pas été approuvé. 

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