Conférence de Doha : Ottawa et Washington défendent leurs efforts pour le climat

Entrevue avec Steven Guilbeault d'Équiterre

Le Canada et les États-Unis, deux pays qui ont décidé de bouder le protocole de Kyoto, défendent leurs efforts pour réduire les gaz à effet de serre, alors que les ministres d'une centaine de pays arrivent mardi à Doha, au Qatar, pour prendre part à la Conférence de l'ONU sur les changements climatiques.

Ottawa soutient dans un communiqué qu'il est un chef de file en matière de production « d'électricité propre ». Il rappelle qu'il a adopté en septembre dernier un règlement visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur de la production d'électricité au charbon. La limite pour les émissions dans ce secteur est fixée à 420 tonnes de dioxyde de carbone (CO2) par gigawatt-heure en vertu de ce règlement.

Cette loi a déjà été décriée par des environnementalistes, qui considèrent qu'elle ne répond pas aux impératifs de la lutte contre les changements climatiques. Le Parti vert du Canada déplore notamment que la limite fixée soit plus élevée que celle qui avait été présentée dans la version préliminaire du règlement, et que celui-ci donne dans certains cas jusqu'à 50 ans aux entreprises du secteur du charbon pour se conformer.

Le gouvernement canadien a aussi annoncé la nomination d'un nouvel ambassadeur canadien en matière de changement climatique. Il s'appelle Dan McDougall et il occupe actuellement les fonctions de sous-ministre adjoint aux affaires internationales à Environnement Canada. Il devient mardi le négociateur en chef du Canada dans le dossier des changements climatiques.

Le Canada rate ses propres cibles

Le Canada n'est pas en voie d'atteindre ses propres objectifs de réduction d'émission de gaz à effet de serre de 17 % d'ici 2020, selon un rapport publié l'été dernier par la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie. Selon les prévisions, le Canada devrait pouvoir réduire ses émissions de 104 mégatonnes de CO2 d'ici 2020, mais il faudrait qu'il les réduise de 117 mégatonnes de plus pour atteindre ses objectifs.

Les États-Unis sont sur la bonne voie, dit Washington

De leur côté, les États-Unis se sont vantés lundi à Doha de faire des « progrès appréciables » et d'être « sur la bonne voie » en matière de lutte contre les changements climatiques. Washington affirme avoir réduit ses émissions de gaz à effet de serre grâce aux mesures fédérales pour étendre l'utilisation des énergies renouvelables et grâce au durcissement des réglementations sur les automobiles, a déclaré Todd Stern, l'envoyé spécial des États-Unis sur le changement climatique.

Or, si les objectifs américains sont atteints d'ici la fin de la décennie, ils correspondront à une réduction de 3 % à 4 % des émissions entre 1990 et 2010. Cela reste bien inférieur aux recommandations d'une étude scientifique parrainée par l'ONU en 2007, qui soutient que les pays développés doivent diminuer de 25 % à 40 % sur la même période leurs émissions de gaz à effet de serre afin d'éviter une hausse préjudiciable des températures.

Les États-Unis n'ont pas signé le protocole de Kyoto en 1997. De leur côté, la Russie, le Japon et le Canada ont décidé de renoncer à le reconduire, alors qu'il prend fin le 31 décembre 2012.

Ottawa annonçait en décembre 2011, qu'il se retirait du protocole de Kyoto.

Cérémonie d'ouverture de la 18e Conférence de Doha, le 26 novembre. Cérémonie d'ouverture de la 18e Conférence de Doha, le 26 novembre.  Photo :  AFP/Karim Jaafar

Kyoto 2 et l'aide financière au Sud, les sujets de discorde

Les deux enjeux cruciaux des négociations portent sur le deuxième volet du protocole de Kyoto et sur l'aide financière qui doit être accordée aux pays en développement.

La nouvelle mouture du protocole de Kyoto est l'objet de nombreux débats, même s'il ne doit avoir qu'une portée symbolique. Les négociations, essentiellement portées par l'Union européenne (UE) et l'Australie après le désistement de plusieurs grands pollueurs, ne concernent plus que 15 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

Les pays en développement insistent pour faire perdurer le protocole puisqu'il est le seul instrument qui oblige les pays du Nord à agir au nom de leur « responsabilité historique » dans la lutte contre les changements climatiques.

Les négociations achoppent aussi sur la durée de la seconde période d'engagement du protocole. De nombreux pays du Sud, les petits États insulaires en tête, insistent pour que Kyoto 2 ne dure que cinq ans, afin de ne pas figer trop longtemps des ambitions de réduction de GES jugées trop faibles.

Par ailleurs, les pays en développement, particulièrement vulnérables au changement climatique, demandent 60 milliards de dollars d'ici 2015 pour assurer une transition entre l'aide d'urgence décidée en 2009, qui représente 30 milliards de dollars pour 2010-2012, et la promesse des 100 milliards par an d'ici 2020.

L'UE et les États-Unis, notamment, refusent de s'engager sur une nouvelle aide financière pour aider les pays du Sud à faire face au changement climatique.

La Conférence de Doha doit s'achever vendredi.

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