Le ministre Baird lance des fleurs aux provinces

Radio-Canada avec Reuters
John Baird, prenant la parole devant l'assemblée plénière de la conférence de Cancun. Le ministre John Baird

Le ministre fédéral de l'Environnement, John Baird, en a surpris plus d'un à Cancun, où se tient la conférence de l'ONU sur le climat, en vantant les efforts des provinces, notamment du Québec, dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Prenant la parole devant les délégués réunis en assemblée plénière, jeudi, le ministre Baird a notamment louangé le leadership dont ils font preuve.

« La production d'électricité non polluante est considérable à Terre-Neuve, au Québec, en Ontario et au Manitoba, et elle fait beaucoup partie de la solution en Amérique du Nord », a-t-il soutenu.

« Nos provinces et territoires démontrent un vrai leadership et contribueront beaucoup à la réduction des gaz à effet de serre. Par exemple, le Québec a fourni sa part avec l'énergie verte. » — John Baird

Cette dernière phrase semble avoir été ajoutée à la dernière minute, car elle n'apparaît pas dans la version écrite du discours fournie aux médias.

Ottawa change de ton

Son allocution marque un virage. Ironiquement, John Baird s'est beaucoup fait critiquer avant de partir pour Cancun, en particulier par le premier ministre du Québec, Jean Charest, notamment pour son manque de leadership en environnement et pour le peu de reconnaissance du travail des provinces.

Il en avait aussi froissé plus d'un en présentant l'Alberta comme la seule province ayant adopté une réglementation contre les grands pollueurs.

Ce changement de ton fait sourire les environnementalistes comme le coordonnateur-adjoint d'Équiterre, Steven Guilbeault. « Pour une rare fois dans ma vie, je suis d'accord avec John Baird lorsqu'il dit que ce sont les provinces et les territoires qui montrent le vrai leadership - et je le cite textuellement. Or, il a raison. »

Après le discours du ministre Baird, le Bloc québécois a même défendu le rôle du fédéral en environnement. « Le gouvernement canadien ne peut pas décider comme ça d'abdiquer ses responsabilités, de transférer au fond la charge et la responsabilité aux provinces », a déclaré le critique bloquiste en matière d'environnement, Bernard Bigras. « Il y a une responsabilité internationale, et il doit l'assumer. »

Dans son discours de six minutes, John Baird a également réitéré les grandes positions du Canada à cette négociation, répétant notamment qu'il faut un accord contraignant impliquant tous les grands pays comme les États-Unis, la Chine et l'Inde.

Il a en outre réaffirmé sa ferme intention d'aligner sa politique climatique sur celles des États-Unis. Mais il a promis qu'il ne se laissera pas dicter sa politique par les Américains. « Lorsque les intérêts américains et canadiens différeront, nous n'hésiterons pas à adopter une orientation stratégique indépendante », a-t-il dit.

John Baird n'a fait aucune mention du protocole de Kyoto dans le discours. Le Canada ne veut plus négocier sur cette base, contrairement à une majorité de pays représentés à Cancun.

Plus tôt cette semaine, un rapport du commissaire canadien à l'environnement déplorait que le Canada n'ait pas encore « établi de priorités claires pour répondre au besoin de s'adapter aux changements climatiques ».

Des négociations dans l'impasse

Il ne reste qu'une journée aux 194 pays présents à la conférence pour convenir d'une stratégie mondiale de lutte contre les changements climatiques. L'impasse persiste quant à l'avenir du protocole de Kyoto, a indiqué le ministre britannique à l'Énergie et au Changement climatique, Chris Huhne, l'un des deux médiateurs sur cette question.

Or, un blocage sur les suites à donner à cette entente qui expire en 2012, menace les autres dossiers au coeur des négociations, dont le financement d'un fonds sur le climat, qui doit aider les pays les plus pauvres à s'adapter aux conséquences du réchauffement, et la lutte contre la déforestation.

D'après des reportages de Maxence Bilodeau et Étienne Leblanc