Le Climategate

Lili Marin
Radio-Canada

Alors que la réalité du réchauffement planétaire causé par l'activité humaine semblait finalement faire consensus, un scandale éclate, mettant en cause l'intégrité de climatologues de renom. Et ce, moins d'un mois avant l'ouverture de la Conférence de Copenhague. L'Arabie saoudite, le plus grand exportateur de pétrole du monde, s'empresse, dès l'ouverture de la conférence, d'affirmer que la confiance envers les scientifiques est entachée.

Le Climategate, tel que désigné par un journaliste du quotidien britannique The Telegraph, amène de l'eau au moulin des « climatosceptiques », qui dénoncent ce qu'ils appellent l'industrie du réchauffement climatique.

« Ceci n'est pas une expression d'une science bien établie, mais plutôt de fondations empiriques qui commencent à craquer. Et quel que soit le nombre de constructions qu'on a érigées dessus à coups de milliards de dollars, elles finiront un jour ou l'autre par s'effondrer. » — Bret Stephens, chroniqueur au Wall Street Journal, traduit par l'Institut économique Molinari

Qu'en est-il au juste?

Le 19 novembre, se retrouve sur Internet une sélection de courriels laissant croire que des données scientifiques ont été manipulées afin de servir une thèse. Il s'agit d'échanges entre les membres de l'unité de recherche climatique (CRU) de l'Université d'East Anglia, au Royaume-Uni, et leurs confrères européens et américains. Tirés d'une correspondance qui s'étale sur plus de dix ans, les courriels ont été dérobés par des pirates situés vraisemblablement en Turquie et en Russie.

Ce qui met le feu aux poudres? L'emploi du mot « trick » (astuce) pour expliquer comment faire concorder des données dans un modèle. Les négateurs des changements climatiques pensent enfin détenir la preuve que les climatologues du courant dominant ont systématiquement fait preuve de malhonnêteté pour imposer leur vision des choses.

« Cette interprétation paranoïaque serait risible si des politiciens obstructionnistes du Sénat des États-Unis n'allaient probablement l'utiliser l'an prochain pour étayer leur opposition à la nécessaire loi sur le climat. » — Éditorial de la revue scientifique Nature

Selon ceux qui l'ont utilisée, la fameuse « astuce » est devenue essentielle à cause des limites de la dendroclimatologie. Cette discipline permet de déduire les températures d'après les cernes de croissance des arbres. Or, les données mesurées par les météorologues s'avèrent plus fiables. Les climatologues s'en servent lorsqu'elles sont disponibles, mais doivent tout de même avoir recours aux cernes de croissance des arbres dans certains cas. D'où l'écart entre les résultats.

Le directeur du CRU, Phil Jones, s'est néanmoins retiré de ses fonctions le temps qu'une enquête indépendante ait lieu. La revue Nature, qui a déjà publié des travaux d'écosceptiques, l'a défendu dans son éditorial du 3 décembre dernier. La publication scientifique décrie le harcèlement dont sont victimes les climatologues de la part des négateurs, qui leur feraient perdre un temps fou avec des demandes d'accès à l'information.

La plupart des données et des codes informatiques utilisés pour les analyser sont pourtant depuis des années en libre accès, « et non enterrés dans le jardin d'Al Gore », souligne la journaliste de Newsweek Sharon Begley, qui a auparavant travaillé pour le Wall Street Journal.

Par ailleurs, l'éditorial de Nature souligne que les scientifiques sont souvent obligés par contrat à garder confidentielles les données météorologiques butes que leur fournissent les pays.

Au Canada

Des tentatives de piratage informatique contre des membres canadiens du GIEC auraient eu lieu au cours des derniers mois, selon le National Post. Le bureau d'Andrew Weaver, de l'Université de Victoria, a été vandalisé à deux reprises, un ordinateur a été volé et on a fouillé dans ses papiers.

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