L'ex-ambassadeur Raymond Chrétien à la rescousse du Québec dans le dossier du bois d'oeuvre

Radio-Canada avec La Presse canadienne
La ministre de l'Économie du Québec, Dominique Anglade et le négociateur en chef du Québec dans le dossier du bois d'oeuvre, Raymond Chrétien La ministre de l'Économie du Québec, Dominique Anglade et le négociateur en chef du Québec dans le dossier du bois d'oeuvre, Raymond Chrétien  Photo :  PC/Jacques Boissinot

À trois semaines de l'élection présidentielle américaine, Québec nomme l'ex-ambassadeur Raymond Chrétien à titre de négociateur en chef dans l'épineux dossier du bois d'oeuvre.

Dominique Anglade et Luc Blanchette, respectivement ministres québécois de l'Économie et des Forêts, en ont fait l'annonce mardi lors d'une conférence de presse à Québec.

Rappelons que l'Accord sur le bois d'oeuvre résineux entre le Canada et les États-Unis est échu depuis le 12 octobre 2015. Les deux parties s'étaient accordé une période de grâce d'un an dans l'espoir de s'entendre, mais cette trêve a elle aussi pris fin la semaine dernière.

Le changement de garde imminent à la Maison-Blanche pourrait être de mauvais augure pour le Québec : tant la candidate démocrate Hillary Clinton que le candidat républicain Donald Trump ont fait montre de tendances protectionnistes, durant leur campagne respective.

« Il y a un vent protectionniste qui souffle, non seulement aux États-Unis, d'ailleurs, mais un peu partout dans le monde et ça va rendre cette négociation encore plus difficile » — Raymond Chrétien

M. Chrétien connaît bien les rouages de la politique québécoise, canadienne et américaine, a fait valoir Dominique Anglade. Il a notamment été ambassadeur du Canada dans plusieurs pays, dont les États-Unis.

Et Raymond Chrétien se rappelle fort bien d'avoir participé aux « longues et difficiles négociations » ayant mené à un accord sur le bois d'oeuvre en 1996. « C'est un dossier extrêmement compliqué, mais extrêmement important », a-t-il affirmé mardi.

Du bois d'oeuvre Du bois d'oeuvre  Photo :  PC/JONATHAN HAYWARD

« Une situation problématique et critique »

Pour Québec, l'enjeu consiste à faire valoir ses intérêts dans les négociations difficiles que mène Ottawa avec Washington afin de renouveler l'accord encadrant les exportations canadiennes de bois d'oeuvre en sol américain.

Un enjeu de taille pour le Québec, puisque la moitié de toute sa production forestière est exportée. Et 90 % de ces exportations s'en vont aux États-Unis, comme l'a souligné le ministre Blanchette. 

« Pour le Québec, la situation est problématique et critique. » — Luc Blanchette, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec

Les objectifs du Québec

La ministre Dominique Anglade estime que le Québec a utilisé toutes les tribunes qui lui étaient offertes pour défendre ses intérêts dans ce dossier qui représente 60 000 emplois, répartis dans toutes les régions de la province. 

L'un des objectifs de Québec dans cette négociation vise à maintenir sa part de marché aux États-Unis - soit environ 30 % -  qui lui avait été accordée dans l'accord conclu en 2006.

Un autre objectif important consiste à faire reconnaître le régime forestier qu'a adopté le Québec en 2013. « On a changé notre régime forestier pour s'adapter à ce contexte de libre-échange », explique le ministre Blanchette.

Ce dernier rappelle une différence structurelle : les forêts américaines sont privées tandis que celles du Québec sont publiques.

Et c'est ce qui fait croire à l'industrie américaine du bois d'oeuvre qu'ils font l'objet d'une concurrence déloyale, puisqu'ils croient à tort que leurs concurrents québécois sont subventionnés, d'expliquer M. Blanchette.

« Le bois du Québec n'est pas subventionné et, par conséquent, il ne peut d'aucune façon faire l'objet de pénalités commerciales telles que des droits compensatoires, telles que des droits antidumping, des quotas ou même toutes autres mesures protectionnistes », fait valoir le ministre des Forêts. 

« C'est important de le rappeler que c'est la cinquième fois que le Canada se retrouve en conflit avec les États-Unis sur la question du bois d'oeuvre [...] et vous pouvez être sûrs que face aux tribunaux internationaux - ils nous ont toujours donné raison - on va défendre notre point de vue et faire valoir nos arguments [...]. » — Luc Blanchette, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec

Enfin, au chapitre des objectifs, Québec veut maintenir l'exclusion dont ont bénéficié, jusqu'ici, une trentaine de scieries québécoises. Ces scieries sont situées à la frontière canado-américaine « et elles vont chercher le bois en longueur aux États-Unis, le ramènent dans la province pour le transformer et le retournent ensuite aux États-Unis », explique Luc Blanchette.

« Ça ne sera pas facile », dit Raymond Chrétien

Pour sa part, Raymond Chrétien souhaite « négocier un nouvel accord qui sera favorable non seulement à l'industrie elle-même, mais aux milliers d'employés qu'elle engage, et bien sûr aux communautés dans lesquelles se situent plusieurs de ces compagnies ».

« Ça ne sera pas facile, mais j'y travaillerai durement et ne ménagerai aucun de mes efforts », a déclaré Raymond Chrétien, ajoutant qu'il entendait travailler de concert avec les représentants de l'industrie et les négociateurs.

La partie va se jouer aussi du côté canadien, a expliqué M. Chrétien, « car pour avoir un bon accord pour le Québec il faut finalement qu'il y ait une entente nationale qui est négociée par Ottawa ».

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