Bernard Lamarre, un grand du génie québécois, s'éteint

Bernard Lamarre 1931-2016

Il a contribué à faire rayonner le génie canadien sur la scène internationale. L'un des grands entrepreneurs du Québec des années 1980, l'ancien patron du groupe Lavalin, Bernard Lamarre, est mort mercredi à Montréal. Il avait 84 ans.

L'ingénieur originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean a présidé aux destinées de la société Lavalin de sa création, durant les années 1970, jusqu'à sa faillite retentissante en 1991, avant qu'elle soit absorbée par sa rivale SNC.

Diplômé de l'École polytechnique, Bernard Lamarre travaille d'abord pour Lalonde & Valois, une société de génie-conseil bien établie à l'époque. Il y gravit tous les échelons, devenant tour à tour ingénieur en chef puis associé.

La firme devient ensuite le Groupe Lavalin, que Bernard Lamarre dirige seul.

La société décroche alors le contrat de génie-conseil de la Baie-James. Ce chantier géant des années 1970 lance vraiment le Groupe Lavalin. Il permet aussi à l'expertise québécoise en matière de barrages et de transport d'électricité de se développer et de se faire connaître à l'étranger.

Lavalin participe aussi aux grands travaux d'infrastructure dans la région de Montréal, comme l'estacade du pont Champlain, le Stade olympique et l'usine de traitement d'eau Charles-J.-Des Baillets.

À l'étranger, Lavalin obtient des contrats dans une cinquantaine de pays, notamment en Algérie et en Afrique du Sud.

Lavalin, qui demeure une entreprise familiale gérée de façon centralisée par Bernard Lamarre, grandit toutefois trop vite, et l'achat des anciennes installations pétrolières de la compagnie Gulf et de l'usine Kemtec, dans l'est de Montréal, précipite sa chute. C'est la faillite.

« On pensait être plus fort que n'importe qui [...] dans le domaine de la pétrochimie, et c'est ça qui a été notre point culminant au niveau des problèmes », confiait M. Lamarre lors d'un entretien à Radio-Canada, en 2004. « Si c'était à recommencer, on n'irait pas là-dedans, mais dans tout le reste, on le referait. »

Une entreprise rivale rachète tous ses actifs d'ingénierie créant, en 1991, SNC-Lavalin. Bernard Lamarre y reste comme conseiller spécial pendant sept ans avant de prendre sa retraite.


En 2004, Bernard Lamarre se confiait à Michel Désautels.


La retraite et son implication pour Montréal

Lors de sa retraite, Bernard Lamarre se consacre à sa passion, l'art. Il monte d'ailleurs la plus grande collection d'art du Québec.

Mécène et philanthrope, il s'implique aussi dans la communauté montréalaise, notamment comme président des conseils d'administration de l'École polytechnique, du Musée des beaux-arts de Montréal et de la Société du Vieux-Port.

Il a également été président de l'Ordre national du Québec et de la Fondation du Festival des films du monde de Montréal.

Parallèlement à son implication, il reste attaché à son parcours avec Lavalin et se désole de voir l'entreprise ternie par le scandale et les accusations de fraude qui pèsent sur des hauts dirigeants.

Bernard Lamarre laisse dans le deuil ses sept enfants : Jean, Christine, Lucie, Monique, Michèle, Philippe et Mireille.

Les funérailles auront lieu le vendredi 15 avril, en après-midi.

Entrevue avec Armand Couture, conseiller chez SNC-Lavalin

De multiples réactions

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, SNC-Lavalin dit être « en deuil de l'un de ses pères fondateurs ». « Pionnier du génie québécois », dont les projets « ont façonné le Québec moderne », Bernard Lamarre laisse « une empreinte indélébile sur notre entreprise, notre industrie, et sur l'ensemble de notre société », dit la firme de génie.

Le premier ministre Philippe Couillard a salué un « grand bâtisseur » du génie-conseil. « Ce qui a permis au Québec de rayonner économiquement au début, c'est autour de tous les projets d'Hydro-Québec : la Manic, la Baie-James. C'est tout le génie-conseil du Québec qui a démarré là et qui a rayonné par la suite sur la planète », a-t-il dit.

La ministre de l'Économie, Dominique Anglade, affirme avoir été inspirée par M. Lamarre, qu'elle a connu à l'époque où il a été président de l'Ordre des ingénieurs du Québec et de la Polytechnique. « C'est une personnalité qui était très marquante, très attachante, très généreuse de son temps aussi pour les plus jeunes, et qui en a inspiré plus d'un, dont moi. Vraiment, son décès me touche beaucoup aujourd'hui », a-t-elle commenté.

Le Musée des beaux-arts de Montréal souligne pour sa part que M. Lamarre « a largement contribué à faire grandir » l'institution pendant près de 25 ans, lui qui a été membre de son conseil d'administration et président, en plus de contribuer à l'enrichissement de ses collections.

« Pionnier d'un Québec et d'un Montréal modernes, visionnaire, ingénieur, entrepreneur, bâtisseur, philanthrope, amateur d'art, père de sept enfants et de tant de grands projets pour le Québec et dans le monde, Bernard Lamarre était un humain plus grand que nature », indique le musée dans un communiqué.

L'économie avec Gérald Fillion