Le grand jeu de Bombardier

Alain Bellemare, président et chef de la direction de Bombardier, et Calin Rovinescu, président et chef de la direction d'Air Canada Alain Bellemare, président et chef de la direction de Bombardier, et Calin Rovinescu, président et chef de la direction d'Air Canada  Photo :  PC/Paul Chiasson

Pendant que les rumeurs se multipliaient, que l'action glissait sous la barre de 1 $, qu'on attend toujours de voir si le fédéral va intervenir pour soutenir la C Series, Bombardier préparait un grand coup : de grandes annonces, positives et négatives, qui réaffirment son intention ferme de mener à bien le projet de la C Series. Toute l'attention, tous les efforts, des milliards de dollars sont consacrés à la C Series, à tout prix, coûte que coûte.

Gérald Fillion
Un texte de Gérald Fillion
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Bombardier annonce cinq choses :

  1. la suppression de 7000 emplois (10 % des effectifs) dans le monde, dont le tiers au Québec, mais le programme de la C Series n'est pas touché;
  2. des résultats difficiles : perte nette de plus de 5 milliards de dollars en 2015, chute de 10 % des revenus, de 14 % du carnet de commandes, de 1,8 milliard de dollars des flux de trésorerie;
  3. le regroupement des actions pour ramener la valeur entre 10 et 20 $ l'action : les détails suivront, les actionnaires devront se prononcer;
  4. Air Canada envisage d'acheter 45 avions CS300 : la lettre d'intention dévoilée aujourd'hui doit devenir une commande ferme dans les prochaines semaines ; les deux entreprises ont aussi signé une entente pour l'exercice d'une option d'achat pour 30 appareils C Series supplémentaires;
  5. Air Canada va ouvrir un centre d'excellence d'entretien des avions C Series au Québec, une annonce qui comprend une entente avec le gouvernement du Québec pour mettre fin au litige sur le centre de maintenance Aveos, fermé en mars 2012.

Toutes ces annonces ont pour objectif de rassurer les marchés. En supprimant des emplois, en regroupant des actions et en faisant l'annonce d'un contrat, les investisseurs seront peut-être rassurés par la stratégie de Bombardier. L'action s'est d'ailleurs envolée, repassant la barre de 1 $. Cela dit, la famille Beaudoin-Bombardier maintient son actionnariat de contrôle avec 53 % des droits de vote. Un repli de la grande famille n'est pas survenu, contrairement à ce qui a souvent été évoqué dans les dernières semaines.

Cela dit, il faut réaliser qu'on fait du surplace. Il y a un an, Bombardier annonçait une grande restructuration de sa direction et l'émission de titres de dette et d'actions pour aller chercher 3 milliards de dollars dans le marché et poursuivre la transition. Cet argent s'est envolé en 2015. Et c'est grâce cette fois-ci au gouvernement du Québec et à la Caisse de dépôt et placement que Bombardier peut renflouer ses liquidités et annoncer encore que l'entreprise est toujours en transition, avec des suppressions d'emplois et des espoirs qui ne sont toujours pas réalité.

Questions donc :

  • Le gouvernement du Canada aurait-il pu intervenir avant pour éviter la perte d'un nombre si élevé d'emplois? Est-ce qu'Ottawa aurait dû permettre l'agrandissement de l'aéroport Billy-Bishop au centre-ville de Toronto pour faire en sorte que la compagnie aérienne Porter Airlines achète des avions de la C Series?
  • Puis, le gouvernement du Québec a-t-il raison de dire que son investissement dans la C Series était le bon à faire compte tenu de l'entente annoncée avec Air Canada aujourd'hui? Est-ce que le gouvernement Couillard peut saluer ce qui se passe chez Bombardier quand on assiste à la suppression de 2400 emplois au Québec?

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