Vers une révolution dans le commerce de détail?

Boutique Frank & Oak Boutique Frank & Oak, à Montréal  Photo :  Bruno Coulombe

Les nombreuses annonces de fermeture de magasins donnent l'impression d'une hécatombe dans l'industrie, au moment où le commerce électronique prend de plus en plus de place.

Un texte de Bruno CoulombeTwitterCourriel à Désautels le dimanche

« Je pense que le commerce de détail évolue, je pense que les gens n'ont pas nécessairement envie de juste faire une expérience d'achat transactionnel, mais ils veulent comprendre ce qu'il y a derrière, pourquoi on achète ici », affirme Hicham Ratnani, cofondateur de la boutique de vêtements pour hommes Frank & Oak, basée à Montréal.

Dès ses débuts en 2012, l'entreprise a fait le pari de la vente en ligne en imaginant le concept d'une boutique en interaction constante avec le client, notamment avec une application mobile et en lui proposant chaque mois de nouveaux produits adaptés à ses goûts. Le succès a été immédiat.

Fondée avec sept employés, l'entreprise en compte aujourd'hui une centaine et écoule ses produits partout en Amérique du Nord, dont 70 % aux États-Unis.

Hicham Ratnani, cofondateur de la boutique Frank & Oak Hicham Ratnani, cofondateur de la boutique Frank & Oak  Photo :  Bruno Coulombe
« Je pense que c'est le signe qu'il y a une évolution. Le commerce de détail, c'est une industrie qui n'a pas vécu beaucoup de changements. On voit comment la technologie de l'Internet a évolué, mais le concept du magasin, lui, n'a pas évolué tant que ça. Donc, je pense que c'est seulement un renouveau. » — Hicham Ratnani, cofondateur de la boutique Frank & Oak

Le Conseil québécois du commerce de détail admet que la disparition de chaînes comme Jacob, Mexx, Smart Set ou Target peut frapper l'imaginaire, mais préfère y voir un effet de cycle plutôt qu'un signe de déclin de l'industrie. Son président, Léopold Turgeon, rappelle que les ventes au détail ne baissent pas. Au contraire, elles ont augmenté d'un peu plus de 3 % au pays en 2013.

« Si on regarde l'histoire du commerce de détail, on a vu au début la rue commerciale, puis sont arrivées de grandes chaînes comme Eaton ou La Baie et là, tout le monde avait peur de perdre des emplois. Ensuite sont arrivés les centres commerciaux, les mégacentres, et à chaque fois, le commerce de détail se redéfinit constamment », souligne, Léopold Turgeon,

Le hic, c'est que les détaillants canadiens sont encore une marche derrière leurs concurrents européens et américains en matière de service en ligne. Certes, le commerce électronique demeure marginal dans le secteur du détail, avec des ventes d'un peu moins de 20 milliards de dollars en 2012 au pays, soit à peine 4 % des ventes au détail dans leur ensemble, selon les données de Statistique Canada et du Centre facilitant la recherche et l'innovation dans les organisations (CEFRIO).

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« Les détaillants en parlent depuis plusieurs années, mais toujours en se disant que ce serait dans un futur proche, mais pas immédiat, explique Marie-Claude Frigon, associée chez Richter et spécialisée en commerce de détail. Et je pense que les changements technologiques des dernières années leur ont fait réaliser qu'ils auraient déjà dû prendre le virage, donc on est en mode rattrapage. »

« Le magasinage en ligne, c'est irréversible », renchérit la professeure au Département de marketing de l'École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal (ESG UQAM), Francine Rodier, qui croit que les détaillants ne peuvent plus se permettre d'attendre.

« Demain matin, on peut acheter de bien des endroits sur la planète. Alors, si nous, nous ne sommes pas éveillés à ça, ce seront d'autres qui vont venir chez nous. » — - Francine Rodier, professeure de marketing à l'Université du Québec à Montréal

Les observateurs du commerce de détail et la plupart des commerçants ne croient pas toutefois que l'émergence du commerce en ligne marquera la fin du magasin tel que nous le connaissons. Le président de la Société de développement commercial Pignons rue Saint-Denis, à Montréal, et directeur du marketing de la Librairie Ulysse, Olivier Gougeon, croit même que ce virage pourrait profiter aux commerces de proximité. « Le phénomène du local, de pouvoir vivre une expérience près de chez soi, dit-il, ou même quand on voyage dans une ville, d'aller dans un quartier pis de sentir qu'on est dans un lieu authentique, qu'on a un rapport authentique avec les commerçants, c'est une tendance très intéressante qui se développe ».

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Écoutez le reportage radio de Bruno Coulombe à l'émission Désautels le dimanche sur ICI Radio-Canada Première.

Mais en attendant des jours meilleurs, la période de bouleversements que traverse actuellement le commerce de détail est loin d'être terminée. Les experts s'attendent d'ailleurs à ce que d'autres fermetures ou faillites de bannières soient annoncées au cours des prochains mois.

« On a étiré l'élastique chez plusieurs détaillants et plusieurs chaînes de magasins, reconnaît Léopold Turgeon du Conseil québécois du commerce de détail. D'après moi, ça va jouer encore très, très dur. On va être encore en turbulence en 2015. Je souhaite fortement que nos détaillants s'approprient encore davantage les technologies pour les aider. »

Et vous, qu'en pensez-vous? Comment le commerce en ligne a-t-il modifié vos habitudes de consommation? Laissez-nous vos commentaires ci-dessous.

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