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La crise et vous

La crise et vous
Isabelle Montpetit

Au-delà des mouvements spéculatifs, au-delà des rencontres du G20, de l'OPEP et du FMI, au-delà des grandes questions économiques, il y a des factures à payer, des dettes à rembourser, des biens à acheter, de l'argent à placer. La vie quoi...

C'est sur cette réalité, sur la crise telle que vous la vivez ou la vivrez, que cette chronique veut se pencher. Et pour ce faire, n'hésitez pas: commentez, réagissez, questionnez. Nous sommes là pour vous...

Isabelle Montpetit, journaliste




En octobre dernier, on croyait que la crise allait être la pire depuis celle des années 30.

Le capitalisme avait atteint ses limites et il fallait le réformer. « Le monde va mal, nous devons refonder un capitalisme plus respectueux de l'homme », disait Nicolas Sarkozy lors de sa visite au Québec.

En fait, les hauts cris de l'automne dernier ressemblent maintenant aux pleurs d'alcooliques qui, lorsque leur famille menace de les quitter, jurent qu'ils vont suivre une thérapie. Dès que la menace s'estompe, les mauvaises habitudes reviennent.

On a crié sur tous les toits qu'il fallait juguler la cupidité des dirigeants d'entreprises. Gérald Fillion le montre dans son carnet: maintenant que le monde de la finance reprend du mieux, ce projet est en train de s'envoler. En bout de ligne, il semble que les dirigeants d'entreprise pourront conserver leurs fabuleux bonis.

Mais il n'y a pas que les dirigeants d'entreprise ou les gros spéculateurs qui veulent faire de l'argent facilement. Tous les Québécois, en tant que cotisants à la Caisse de dépôt, ont profité sans se plaindre de la croissance des dernières années. Tous ceux qui possèdent un REER ou un fonds de pension sont forcément intéressés par de bons rendements.

Comme la bourse est en mode ascensionnel depuis deux mois, le monde de la finance redevient optimiste. Dans combien de temps apparaîtront de nouveaux produits financiers de type PCAA? Et saurons-nous y résister?

Acheter, acheter

Depuis l'automne, on a aussi beaucoup blâmé la société de consommation, génératrice d'endettement malsain.

Le magazine Time publiait, début avril, une ode à la frugalité, intitulée La fin des excès, pourquoi cette crise est bonne pour l'Amérique. L'auteur Kurt Andersen y comparait les Américains à des alcooliques ou à des joueurs compulsifs, pour leur dépendance à l'hyperconsommation et pour leur recours à une certaine forme de pensée magique. Selon lui, les Américains doivent retrouver l'esprit de l'artisan-entrepreneur et laisser de côté celui du prospecteur-spéculateur, sans toutefois sombrer dans l'austérité.

«La nouvelle Amérique doit être fondée sur la sobriété financière, non l'abstinence», dit-il.

Chacun pour soi, nous réussirons peut-être à suivre les suggestions des conseillers en finances personnelles, comme payer ses cartes de crédit à temps et mettre de côté l'équivalent de trois mois de salaire pour faire face à d'éventuels coups durs.

Mais il reste que la reprise économique que nous attendons est fondée sur l'augmentation de la consommation sur une grande échelle. Or, il est évident qu'on ne peut pas se lancer dans des achats tous azimuts et, en même temps, rembourser ses dettes ou mettre de l'argent de côté.

La plupart des gens qui ont connu la crise des années 30 sont restés économes toute leur vie. La crise actuelle, qui finalement n'a rien à voir, nous laissera-t-elle une impression aussi durable?

Difficile d'imaginer comment l'économie s'ajustera à nos éventuels nouveaux comportements.

Pour en savoir plus

Crise financière: au-delà des milliards envolés
Dossier de Florent Daudens

Refonte du capitalisme - des idées ?
Les idées de députés européens

20 propositions pour réformer le capitalisme
Site web de deux auteurs français qui veulent esquisser les contours d'un capitalisme « vert », équitable et pluraliste. Chacune de leurs propositions est ouverte aux commentaires.




Nous ne sommes pas égaux face à l'assurance-emploi. Selon le taux de chômage de la région où on habite, le nombre d'heures qu'il faut avoir travaillées pour être admissible n'est pas le même. La durée des prestations non plus. Pourtant, nous payons tous les mêmes cotisations.

Le tableau suivant montre les disparités entre les régions. Les données sont celles de Ressources humaines et Développement des compétences Canada. Dans les régions où le chômage est le plus élevé, il faut avoir travaillé l'équivalent de 12 semaines de 35 heures, pour être admissible. Là où le taux de chômage est le plus faible, c'est l'équivalent de 20 semaines de 35 heures.


Disparités régionales de l'assurance-emploi




Les chômeurs des régions où il y a peu de chômage se sentent traités injustement, comme le montre Frédéric Arnould dans ce reportage.


Photo: Chris Hondras, AFP (archives)

Cette disparité entre les régions n'est qu'un des irritants du système d'assurance-emploi.

En vrac, on lui reproche aussi les éléments suivants:

  • moins de la moitié des chômeurs ont réellement accès aux prestations;
  • les prestations couvrent une trop faible proportion du salaire gagné (55 %) et le salaire maximum assurable est trop bas (42 300 $ en 2009);
  • le régime exclut d'emblée les travailleurs autonomes et pénalise les travailleurs à temps partiel;
  • les seuils d'admissibilité sont trop élevés (les partis d'opposition aux Communes demandent que le nombre d'heures travaillées nécessaires pour être admissible soit de 360 partout au pays, c'est-à-dire à peu près 10 semaines de 35 heures);
  • les représentants du patronat voudraient que leur contribution soit ramenée au même niveau que celle des travailleurs (elle est actuellement de 1,4 fois celle de l'employé).

    À sa décharge, le gouvernement conservateur n'est pas resté inactif dans ce dossier. Dans son dernier budget, il a prolongé de cinq semaines la durée des prestations et instauré des mesures pour faciliter la formation des chômeurs. Il considère que d'aller plus loin coûterait beaucoup trop cher.

    Mais nombreux sont ceux qui estiment que le régime a besoin d'une refonte majeure. Qu'en pensez-vous?
    Catégorie : Monde du travail


    Encore des emplois perdus, encore de nouveaux chômeurs. Le taux de chômage est monté à 8,4 % en mai; il était de 8 % en avril. On n'avait pas vu ça depuis 1998 (rappelez-vous toutefois qu'au début des années 90, le taux de chômage a frôlé les 12 %).

    Au cours des dernières années, des milliers d'emplois dans le textile, les scieries, les usines de pâtes et papier, l'automobile, le secteur du meuble, etc. ont disparu, probablement pour toujours.

    Ce n'est pas facile de se recycler, surtout lorsqu'on travaille au même endroit depuis longtemps. Bien sûr, les gouvernements fournissent de l'aide financière pour apprendre un nouveau métier. Mais il faut parfois déménager dans une plus grande ville, laisser son passé derrière soi, revenir sur les bancs d'école. Il faut du courage, quoi.

    Pour M. Gilles Lenoir, qui m'a écrit à la suite d'un précédent billet, c'est l'isolement qui fait qu'on n'arrive pas à se sortir d'une situation de pauvreté. Le projet qu'il propose peut sembler ambitieux, mais il touche un élément clé: l'enthousiasme.

    Pour reprendre ses mots, il faut « recenser l'imagination et les motivations profondes des gens ». Son projet: faire du porte-à-porte et demander à chacun quel est le rêve le plus cher qu'il aimerait réaliser au travail. À terme, il imagine un répertoire dans lequel chacun pourrait trouver d'autres personnes qui partagent le même rêve. Réunis en petits groupes autour de leaders naturels, ils partageraient des idées pour faire naître leur projet.

    Une belle idée, qui n'a pas encore trouvé les moyens de se réaliser. Si vous êtes intéressé à en discuter avec lui, voici son adresse courriel: gilles.lenoir@gmail.com

    Si vous avez vous aussi des idées, des projets pour nous aider collectivement à faire face aux bouleversements de l'économie, je vous invite à nous les faire connaître. Cette chronique peut devenir un lieu de rencontre et de discussion autour de nouveaux points de vue.
    Catégorie : Monde du travail


    Quand j'étais à l'université, un de mes confrères était venu d'Inde pour étudier ici. Il m'avait raconté avoir été choqué de voir quelqu'un fouiller dans les poubelles à Montréal. Pour mon ami, ce ne pouvait être que de la provocation. Il lui était impossible de concevoir que dans un pays riche quelqu'un trie les ordures par nécessité.

    C'est aujourd'hui la journée nationale contre la faim. Nous sommes invités à faire un don à notre banque alimentaire locale.

    Ces organismes ont été créés il y a 26 ans pour proposer une solution temporaire au problème de la faim au Canada. Leur fréquentation est en croissance: elle a augmenté de 20 % entre mars 2008 et mars 2009. Chaque mois, en 2008, 700 000 Canadiens ont eu recours à l'aide alimentaire.

    Qui fréquente les banques alimentaires au Canada? Voici quelques statistiques de l'organisme Banques alimentaires Canada pour 2008:

  • 50,8 % reçoivent des prestations d'aide sociale

  • 14,5 % sont de petits salariés

  • 12,7 % reçoivent un revenu d'invalidité

  • 5,7 % sont des personnes âgées

  • la moitié font partie d'une famille avec enfants

  • 27,3 % font partie d'une famille monoparentale


  • De toute évidence, les banques alimentaires tentent de répondre à un besoin qui n'est pas près de se combler.

    Et cela sans avoir recours aux gouvernements, ni à nos impôts. La majorité des banques alimentaires canadiennes ne reçoivent aucune aide gouvernementale pour leurs activités au quotidien. Quant au privé, il se retire doucement.

    Par exemple, Moisson Montréal reçoit moins de dons en raison de la crise économique. Moins d'aliments, parce que les entreprises gèrent leurs stocks de façon plus serrée. Moins d'argent, parce qu'elles réduisent leurs budgets philanthropiques. La part du gouvernement dans son budget de fonctionnement: 2,4 %.

    Cela signifie que la sécurité alimentaire de milliers de Canadiens - des assistés sociaux, mais aussi des travailleurs, des chômeurs, des familles, des personnes âgées et handicapées - dépend du bon vouloir de donateurs privés. Est-ce normal?



    Banques alimentaires Canada



    Quand on est bien arrimé à un emploi, on ne s'inquiète pas tellement du filet social.

    Mais avec la crise, de plus en plus de gens doivent compter sur le soutien de l'État. De ce point de vue, le mois de mars a été particulièrement sombre si on consulte certaines statistiques.

    D'abord l'assurance-emploi. On s'en doute, avec les suppressions de postes, les faillites d'entreprises et les fermetures d'usines, de plus en plus de gens y ont recours. En fait, entre octobre et mars, le nombre de personnes qui touchent un chèque d'assurance-emploi a augmenté de 36,2 % au Canada.

    En dernier recours, lorsqu'on n'a pas droit à l'assurance-emploi, ou si on a épuisé ses allocations, il reste l'aide sociale. En mars 2009, il y a eu une augmentation de 0,1 % des ménages québécois qui ont reçu une aide financière de dernier recours, par rapport à mars 2008. Soit 212 ménages de plus.

    Ça semble peu. Sauf que c'est la première fois depuis avril 1996 que ce nombre ne diminue pas. La première fois depuis treize ans! Parmi ces nouveaux inscrits, 12,6 % se sont tournés vers l'aide sociale parce que l'assurance-emploi s'était tarie. On peut imaginer qu'il y en aura de plus en plus au fil des prochains mois.

    Sur l'aide sociale, le montant de base pour un adulte qui vit seul se situe autour de 7000 $ par année. Un bien mince filet!

    Le Québec a pourtant adopté en 2002 une loi visant à lutter contre la pauvreté. Son préambule affirme que les effets de la pauvreté et de l'exclusion sociale freinent le développement économique et social de la société québécoise dans son ensemble et menacent sa cohésion et son équilibre.

    Parmi les objectifs de cette loi: augmenter le revenu des pauvres et leur fournir un meilleur accès au logement et à une nourriture saine.

    En ce sens, un comité créé en vertu de cette loi propose de fournir un soutien financier minimal garanti qui permettrait de couvrir les besoins de base de chacun. Pour une personne seule, ce revenu minimum serait de 13 155 $, pour une famille de quatre, 26 310 $.

    Le comité admet que ce soutien coûtera cher, mais considère qu'il serait encore plus coûteux de ne rien faire, évoquant entre autres le lien entre la pauvreté et les problèmes de santé et de décrochage scolaire.

    Qu'en pensez-vous?



    Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale

    Améliorer le revenu des personnes et des familles... le choix d'un meilleur avenir
    Rapport du Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale

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