Gilles Vigneault

Chantre d'un pays à inventer

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Des mots pour écrire, chanter, conter et danser

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JOURNALISTE
Frédérique Doyon

Des mots pour écrire, chanter, conter et danser

« Les mots contiennent le réel et l'inventent… tous les jours, pour tout le monde. »

La relation d'amour qui unit Gilles Vigneault aux mots et à la langue française fait de lui un poète avant tout. L'écriture l'accompagne dès les bancs d'école au séminaire de Rimouski, puis à l'Université Laval, où il publie ses premiers poèmes et obtient une licence en lettres en 1953. Mais sa véritable boulimie des mots s'exprime dans ses chansons, qu'il commence à rédiger à une vitesse phénoménale dès sa rencontre avec le folkloriste Jacques Labrecque, en 1959. Trois de ses premières chansons, dont la Danse à Saint-Dilon, ont été composées en une seule journée. Au total, il écrit près de 400 chansons, réunies sur quelque 35 albums.

L'homme de lettres devient très vite une bête de scène. Il monte sur les planches pour la première fois en 1961, à la Boîte à chansons de Québec. Sa popularité grandissante en province l'emmène ensuite à Montréal, au Chat noir, en 1961. Le charisme de Gilles Vigneault passe non seulement par les mots et la chanson, mais aussi par la gigue, à laquelle il s'adonne volontiers sur scène, en mémoire des soirées dansantes de Natashquan.

Plusieurs de ses chansons sont interprétées par de nombreux artistes et connaissent un grand succès : Marcel Amont, Julos Beaucarne, Gilbert Bécaud, Dan Bigras, Frida Boccara, Geneviève Bujold, Pierre Calvé, Christine Chartrand, Renée Claude, Pauline Julien, Lucille Dumont, Louise Forestier, Claude Gauthier, Yoland Guérard, Monique Leyrac, Claude Léveillée, Ginette Reno, Colette Renard, Catherine Sauvage et Fabienne Thibault, entre autres.

Il fonde aussi les Éditions de l'Arc en 1959, devenues par la suite les Nouvelles Éditions de l'Arc, où il publie ses quelque 40 livres de chansons, de contes et de poésie. Fasciné par les enfants, il leur consacre trois albums de contes, dont Les quatre saisons de Piquot, en 1978. Puis, il écrit deux pièces de théâtre pour enfant avec Marcel Pomerleau : Titom, en 1991 et Léo à vélo, en 1997.

 Le poète s'exprime sur la langue et l'identité dans Le voyageur sédentaire, diffusé à la SRC

 

Le poète engagé

L'amour des mots de Gilles Vigneault reste toutefois indissociable de son amour pour le peuple québécois, dont il devient rapidement l'un des chantres. Pour le poète, « tout est politique ». Dès 1964, il prend part au Gala de l'indépendance au Forum de Montréal. Les événements d'octobre 70 le marquent profondément et stimulent son engagement politique. Il participe ainsi à des manifestations indépendantistes et au spectacle Poèmes et chants de la résistance en 1971.

En août 1974, il chante devant 100 000 personnes en compagnie de Robert Charlebois et de Félix Leclerc, lors de la Superfrancofête sur les plaines d'Abraham à Québec. Créée en 1975, la plus populaire de ses chansons, Gens du pays, prend vite des airs d'hymne national québécois. Au référendum de 1980, Gilles Vigneault milite activement pour le camp du Oui. On ne compte plus ses participations aux spectacles québécois de la Saint-Jean et de la francophonie. En 2002, il se joint à un groupe de 59 personnalités, dont Paul Piché et Hubert Reeves, pour défendre les rivières québécoises, et il signe la Déclaration d'opposition à la construction de nouveaux petits barrages privés sur les rivières du Québec.

 « Tout est politique », soutient-il dans Le voyageur sédentaire, diffusé à la SRC

 

De Natashquan à Paris

Village d'origine du poète, Natashquan est omniprésent, tant dans son discours et sa poésie que dans ses chansons. Terre du souvenir et de son enfance, Natashquan devient une constante source d'inspiration ainsi qu'un lieu de ressourcement où le poète revient toujours. Pourtant, il s'exile très tôt pour poursuivre ses études secondaires et universitaires à Rimouski et Québec. Après son succès en province, puis à Montréal, c'est la consécration européenne qui l'éloignera de Natashquan, dès 1965-1966. Il conquiert d'abord la scène parisienne du Bobino, puis il triomphe à l'Olympia en 1969. La France le désigne chevalier de l'Ordre de la pléiade en 1977, lui décerne la Légion d'honneur en 1985 et les insignes d'officier de l'Ordre des Arts et Lettres en 1990. La France lui décerne également deux prix de l'Académie Charles-Cros en 1970 et 1990. C'est aussi en France qu'il passera les années suivant la défaite du référendum de 1980, une absence du Québec que plusieurs interpréteront comme l'expression d'une vive déception.