Pierre Elliott Trudeau

(1919 - 2000)

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L'intellectuel voyageur

Le premier mandat (1968-1972) : des années explosives

Les deuxième et troisième mandats (1972-1979) : ce NPD qui défait les gouvernements

Le dernier mandat (1980-1984) : l'unité nationale au menu

Son héritage politique

Mémoires

Reportages et Hyperliens



JOURNALISTE
Sophie-Hélène Lebeuf

 

 

 

L'intellectuel voyageur

Sa jeunesse

Né en 1919 à Montréal, Pierre Elliott Trudeau est issu d'une famille de quatre enfants qui incarne sa vision du Canada : sa mère, Grace Elliott, est une anglophone d'origine écossaise, et son père, Charles-Émile Trudeau, est canadien-français. Homme d'affaires prospère, Charles-Émile meurt alors que son fils Pierre n'a que quinze ans.

 

Pierre Elliott Trudeau étudie le droit à l'Université de Montréal (1940-1943) avant d'être reçu au Barreau du Québec, en 1943 (et à celui de l'Ontario en 1967). À cette époque, il s'oppose à la participation du Canada à la Seconde Guerre mondiale et dénonce même la circonscription lors du plébiscite de 1942. Il fait par la suite une maîtrise en science politique à l'Université Harvard (1945), puis poursuit sa formation de troisième cycle à l'École des sciences politiques de Paris et au London School of Economics. Au terme de ses études, ses voyages le mènent en Europe de l'Est, au Moyen-Orient et en Asie.

Avant les années en politique
De retour au pays, il soutient les grévistes lors de la grève de l'amiante, en 1949, puis devient adjoint au Bureau du Conseil privé, à Ottawa. En 1950, il fonde et dirige, avec Gérard Pelletier, l'hebdomadaire Cité libre, revue qui critique sévèrement le régime duplessiste au pouvoir à Québec et qui trouve un écho dans les milieux intellectuels. Il écrit alors de nombreux articles sur la pratique du fédéralisme et sur la réforme de la politique. Il quitte le Conseil privé en 1951 pour voyager en Afrique, puis se rend à Moscou où il assiste à une conférence économique internationale communiste. Cinq ans plus tard, il fonde, avec André Laurendeau, Gérard Pelletier, Jean Marchand, Pierre Dansereau et Jacques Hébert, le Rassemblement, qui se veut un regroupement de citoyens pour une société démocratique. Entre 1961 et 1965, il enseigne le droit constitutionnel et le droit public à l'Université de Montréal à titre de professeur adjoint et il mène des recherches à l'Institut de recherches en droit public.

Des mots à l'action

Dès septembre 1961, approché par le premier ministre Lester B. Pearson à la recherche de candidats du Québec, il fait le saut en politique fédérale avec ses compagnons Jean Marchand et Gérard Pelletier. Alors que l'idée du séparatisme fait son chemin au sein de la population québécoise, les « Trois Colombes » tenteront de convaincre les Québécois que la fédération canadienne, sous la gouverne du Parti libéral, est mieux placée pour servir leurs intérêts. C'est dans Mont-Royal, en novembre 1965, que Pierre Elliott Trudeau est élu député.

Le syndicaliste Jean Marchand accepte de se joindre à l'équipe libérale,
à la condition d'être accompagné par Pierre Elliott Trudeau et Gérard Pelletier.

Les deux années suivantes, il est nommé secrétaire parlementaire du premier ministre Pearson. En 1967, il représente le Canada lors d'un voyage dans cinq pays francophones africains visant à déterminer le rôle de la fédération dans une éventuelle association de la francophonie. La même année, il est délégué par le Canada à l'assemblée générale des Nations unies.



Déjà, il défend sa vision d'un pouvoir centralisé à Ottawa et condamne le nationalisme québécois, qui s'exprime haut et fort en 1967, année du célèbre « Vive le Québec libre » lancé du haut du balcon de l'hôtel de ville de Montréal par le président de la France, le général Charles de Gaulle, en visite au pays.
Un des hommes forts du cabinet québécois de Jean Lesage, le ministre René Lévesque, quitte par ailleurs les rangs du Parti libéral du Québec pour fonder le Mouvement souveraineté-association parce que son parti rejette la solution qu'il propose, soit une indépendance politique doublée d'une association économique avec le Canada. C'est le prélude à la confrontation politique entre les deux hommes.

L'arrivée au pouvoir

En décembre 1967, Lester B. Pearson annonce qu'il tire sa révérence. En février 1968, Pierre Elliott Trudeau fait savoir qu'il briguera la direction du parti. Il en deviendra le chef en avril, au terme d'une lutte serrée : quatre tours seront nécessaires pour le consacrer vainqueur. Le Canada vient donc de trouver son 15e premier ministre, qui convoque des élections pour le 25 juin.

Pendant la campagne électorale, il dénonce la pauvreté et défend l'idée d'une société juste. Intellectuel qui maîtrise les règles médiatiques, millionnaire aux idées de gauche, séducteur à la répartie facile, il donne l'image d'un politicien nouveau genre. Le charisme du nouveau chef libéral fait déferler une vague de sympathie, que les médias appelleront la « trudeaumanie ».

Le politicien célibataire séduit les électeurs... et les électrices.

La veille de l'élection, des échauffourées éclatent entre des policiers et des manifestants indépendantistes lors du défilé de la Saint-Jean-Baptiste. Près de 300 personnes sont arrêtées, et 250 sont blessées au cours de l'émeute. L'aspirant premier ministre, chahuté, demeure cependant sur l'estrade d'honneur au milieu des pierres et des bouteilles que lui lancent les activistes, malgré les tentatives de ses gardes du corps pour le mettre à l'abri des projectiles. L'image fera le tour du pays, comme une promesse qu'il ne plierait pas devant les revendications nationalistes du Québec. Il remporte facilement les élections le lendemain.