100 jours de massacres Justice et pardon L'humanité meurtrière Hyperliens et références

 

6 avril 1994 : Mort du président rwandais Juvénal Habyarimana (et du président burundais Cyprien Ntaryamira) dont l'avion est abattu par des missiles.

7 avril 1994 : Début du génocide mené par des extrémistes hutus. Pendant trois mois, 800 000 Tutsis et Hutus modérés sont massacrés.

8 avril 1994 : Les rebelles du FPR lancent une offensive majeure pour prendre la capitale.

21 avril 1994 : À la suite de la mort de 10 Casques bleus belges, le Conseil de sécurité des Nations unies décide de retirer la majeure partie de la Minuar. Cette force de maintien de la paix passe de 2500 à 250 hommes.

30 avril 1994 : Le Conseil de sécurité des Nations unies discute de la crise rwandaise pendant 8 heures. La résolution qui condamne les massacres omet d’utiliser le terme génocide, qui aurait contraint l’ONU à une intervention.

22 juin 1994 : Début de l'opération Turquoise, lancée par la France avec l'autorisation de l'ONU. Des soldats français arrivent dans le sud-ouest du Rwanda pour établir une zone humanitaire sécuritaire pour les réfugiés. Les massacres de Tutsis continuent dans la « zone de sécurité ».

4 juillet 1994 : Le FPR prend le contrôle de la capitale, Kigali. Quinze jours plus tard, il forme un gouvernement d'unité nationale. Pasteur Bizimungu, un Hutu du FPR, devient chef de l'État.

Une épidémie de choléra éclate parmi les réfugiés hutus (1,5 million) ayant gagné l'est du Zaïre par crainte de représailles.

100 jours de massacres

L'assassinat du président Habyarimana est l'étincelle nécessaire pour lancer la série de massacres planifiée longuement d'avance. Le 6 avril 1994, l'avion qui transporte les présidents du Rwanda et du Burundi est abattu par deux roquettes près de l'aéroport de Kigali. Dans la nuit qui suit, plusieurs politiciens tutsis et hutus modérés devant former le prochain gouvernement de coalition sont éliminés.

Dès le lendemain, l'armée rwandaise et les miliciens interahamwe bloquent les rues de la capitale. Le génocide des Tutsis est lancé. La Radio-télévision libre des mille collines (RTLM), instrument des extrémistes hutus proches de l'ancien président Habyarimana, motive la population à se joindre aux milices. La population est encouragée à se débarrasser de tous les Tutsis sans distinction, qu'ils soient femmes, enfants ou vieillards.

« Un petit pays surpeuplé s'automutilait en détruisant son propre peuple, tandis que le monde le regardait faire et ne manifestait aucune volonté politique d'intervenir. J'ai encore en mémoire le jugement d'un groupe de bureaucrate venus “évaluer” la situation pendant les premières semaines du génocide : “Nous recommanderons à notre gouvernement de ne pas intervenir, car les risques sont élevés, et il n'y a ici que des êtres humains”, ont-ils conclu. »

Extrait de J'ai serré la main du diable (Roméo Dallaire)

Lorsque 10 soldats belges des forces de paix sont tués, l'ONU décide de rapatrier ses troupes. Les radicaux hutus comprennent le message : le champ est libre pour mettre en action le plan d'« épuration ». Deux semaines après le début du carnage, le général Dallaire et les 250 Casques bleus laissés symboliquement en poste sont condamnés à n'être que les témoins impuissants de l'horreur.

En 13 semaines, près de 75 % de la population tutsie au Rwanda a été tuée. Au plus fort des massacres, chaque minute, cinq personnes étaient éliminées à coup de machette ou de massue. L'on rapporte que certains pouvaient négocier une mort moins douloureuse par balle, moyennant un peu d'argent. Environ 800 000 Tutsis et Hutus modérés ont perdu la vie, et 4 millions d'autres ont fui vers les pays voisins.

Après les machettes, le sida

Le viol systématique des femmes tutsies faisait partie intégrale du génocide. La propagande radio invitait les Hutus à humilier les femmes avant de les tuer. Selon les Nations unies, au moins 250 000 femmes ont été violées au Rwanda en 1994.

Plus des deux tiers de celles qui ont survécu aux viols sont maintenant séropositives. Entre 20 % et 30 % des femmes enceintes sont séropositives, et 40 000 à 50 000 bébés naissent infectés chaque année. Environ 400 000 Rwandais (sur une population de 8 millions) vivent avec le virus du sida.

Extrait de Africa 2003, The World Today Series

L'inaction de la communauté internationale

Tout au long du génocide, Roméo Dallaire a continué à demander des renforts, que le Conseil de sécurité ne lui a jamais envoyés. Lorsque les massacres systématiques de la population sont évoqués lors de rencontres au siège new-yorkais des Nations unies, on prend soin d'éviter de parler de génocide. Une loi interne obligerait la communauté internationale à intervenir dès le moment où une situation de génocide est reconnue.

La France, qui était la meilleure alliée du gouvernement hutu, n'a pas usé de son influence pour prévenir ou arrêter le massacre. Les États-Unis, souffrant d'un « syndrome Somalie », se montrent hésitants à envoyer d'autres troupes en Afrique pour stabiliser la situation.

Ainsi, rien n'a été fait pour stopper l'élan meurtrier des radicaux hutus. Sur le terrain, les forces du FPR, menées par un expert formé dans les écoles militaires américaines, Paul Kagame, ont elles aussi le champ libre pour mener à terme leur lutte.

Paul Kagame

Paul Kagame est né au Rwanda en 1957. Quatre ans plus tard, devant la montée de violences anti-Tutsis, lui et sa famille quittent le pays pour l'Ouganda.
Il fonde en 1987 le Front patriotique rwandais (FPR), mouvement de guérilla tutsi.
Lorsque le FPR lance sa première offensive dans le nord du Rwanda en 1990, Paul Kagame participe à un programme de formation militaire aux États-Unis.
Paul Kagame devient vice-président du Rwanda et ministre de la Défense en juillet 1994.
Il est désigné président par le Parlement en 2000.
En 2003, Paul Kagame est réélu (au suffrage universel cette fois) avec 95 % des voix, un résultat contesté par l'opposition.

En juillet 1994, le FPR marche sur Kigali. Le gouvernement hutu est chassé du pouvoir. Leaders et exécutants fuient au Zaïre. Paul Kagame, qui sera plus tard élu chef de l'État, installe un gouvernement d'unité nationale. C'était la fin du génocide.

Dans les années qui ont suivi, le Rwanda a connu une paix relative. Les violences se sont pourtant poursuivies au Zaïre (République démocratique du Congo depuis 1997), où des centaines de milliers de Hutus et Tutsis se sont réfugiés.


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