CHAPITRE 9
Le 30 octobre 1995

- Résumé

- Victoire du non


Victoire du non

Le 30 octobre 1995, l’heure est venue. Le temps des débats et des discours est terminé. C’est maintenant aux Québécois de choisir un pays. Tout se résume à un simple oui ou non. Leur choix décidera du sort de tous les Canadiens. Aujourd’hui, le vote de chaque personne compte. Mais pour les politiciens, c’est le supplice.  

« Là, j’avais donné tout ce que je pouvais. Si ça passait, on voyait assez bien où on allait, on s’était préparé à ça. Si ça ne passait pas, je ne me voyais pas recommencer, ou essayer de recommencer. »
- Jacques Parizeau

« À toutes mes élections, même alors que j’étais sûr de gagner, j’ai toujours eu un discours de défaite. Et j’ai fait la même chose à ce moment-là. Mais celui-là, je me disais: j’ai des chances de m’en servir. »
- Jean Chrétien

L’heure de vérité approche. À Montréal, il reste de longues queues de gens qui attendent leur tour. Presque 94 % des citoyens admissibles à voter le font. À 20 h, le décompte débute. Tous attendent avec impatience.

Le premier résultat surprend: le oui part en lion. Les Madelinots l’appuient à 59 %, et d’autres circonscriptions en province lui donnent une forte avance. Chez les fédéralistes, c’est la consternation. Ils ont l’impression que le Canada leur glisse des mains.

Soudainement, une surprise, qui vient de la capitale nationale: le vote pour le non sort fortement majoritaire. Puis, les résultats de Montréal entrent en rafale. Le vent a tourné: l’avance du oui fond. Finalement, le moment tant attendu: le non gagne par 54 300 votes, soit 1 % de plus que le oui. Bref, une victoire sans triomphe ni gloire. 

« J’appellerais ça un moment d’épouvante, de froid dans le dos. Ce n’était pas juste une déception, là, c’était un coup de masse. Tout son rêve s’envolait. Ça, c’est épouvantable. On n’existe plus là pendant quelques moments, on est assommé. »
- Lisette Lapointe, épouse de Jacques Parizeau

Pour les souverainistes, la déception est atrocement cruelle. Leur rêve, comme celui de Jacques Parizeau, s’est envolé. Son conseiller spécial, Jean-François Lisée, doit maintenant l’aider à préparer son discours de défaite.   

« M. Parizeau, l’histoire vous jugera sur ce que vous direz ce soir. Et là […] il ne veut discuter que de ce que ça lui fait à lui personnellement: "Maintenant que j’ai perdu, je ne suis qu’un homme blessé. Et il faut que ça sorte." » - Jean-François Lisée

Pour un bref instant, les yeux du monde entier sont tournés vers le Québec: Jacques Parizeau a un autre rendez-vous avec l’histoire.

« Mes amis, c’est raté, mais pas de beaucoup. Non non non, et c’est réussi sur un plan. Si vous voulez, on va cesser de parler des francophones du Québec, voulez-vous? On va parler de nous, à 60 % […] C’est vrai qu’on a été battu, au fond, par quoi? Par l’argent et des votes ethniques, essentiellement. »
- Jacques Parizeau

« Oui, j’étais furieux, ça se comprend un peu. Et là, avec cette mentalité que j’ai on passe et on le fait, ou bien on ne passe pas et on s’en va, bien sûr que j’étais furieux. Je ne trouvais pas ça drôle du tout. » - Jacques Parizeau

Discours de défaite

Jacques Parizeau, premier ministre et chef du Parti québécois

Lucien Bouchard, chef du Bloc québécois

Mario Dumont, chef de l'Action démocratique du Québec

Les souverainistes n’ont pas gagné, mais ils viennent de porter un dur coup au fédéralisme canadien. En quelques mots,  Jacques Parizeau a éclipsé tout ce qu’ils ont accompli ce soir. Ses paroles hanteront la cause souverainiste pour des années à venir. 

À Ottawa, c’est un Jean Chrétien soulagé qui se dirige vers le Parlement. En sous-estimant la force des souverainistes, il sait qu’il a frôlé la catastrophe à la fois pour le pays et pour lui.

Discours de victoire

Jean Chrétien, premier ministre du pays et chef du Parti libéral du Canada

Daniel Johnson, chef de l'opposition et du Parti libéral du Québec

Jean Charest, chef du Parti conservateur du Canada

Depuis des semaines, les émotions et les passions de tous ont atteint de nouveaux sommets. Mais, ce soir, tous acceptent le jeu de la démocratie.

Pour les souverainistes, c’est une défaite amère, mais aussi porteuse d’espoir: jamais ils ne sont venus aussi près d’avoir leur propre pays. Pour les fédéralistes, c’est un soulagement, mais c’est aussi la constatation soudaine de l’extrême fragilité de leur pays: jamais le Canada n'est venu aussi près du point de rupture.