Entrevue avec Gilles Sabourin, d'Amnistie internationale ()  
   
   
  La prison de Bordeaux
La prison de Bordeaux, située à Montréal, a ouvert ses portes en 1914. Dans ses murs, on pendra 80 personnes, dont trois femmes : Thomassina Sarao en 1935, Marie-Louise Cloutier en 1940 et Marguerite Pitre en 1953.
 
 

     
     
  Un témoignage
Un infirmier qui assistait aux exécutions à la prison de Bordeaux raconte (propos recueillis par Catherine Kovacs en avril 1987)
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Le déclin de la peine capitale

L'idée d'abolir la peine de mort a fait son chemin lentement mais sûrement au fil des siècles. Très tôt, certains individus, très éloignés, il faut le dire, de l'opinion publique, parlent tout haut d'abolition.

Dès 1838, le Dr Wolfred Nelson, ancien leader des patriotes de 1837 devenu maire de Montréal, propose l'abolition de la peine capitale, hormis dans les cas de meurtre.

Dans les années 1840, l'éditeur montréalais Francis Huicks s'attaque à la peine de mort dans son journal, The Pilot.
Au début du XXe siècle, à Montréal, l'opinion publique élève la voix contre la peine de mort dans une cause touchant un immigrant italien. Les autorités céderont à la pression publique et commueront la sentence.

C'est aussi au début du XXe siècle qu'on entend parler, en rapport avec la question de l'abolition, d'un député montréalais, Robert Bickerdike.

Petit à petit, vers le milieu du XXe siècle, la fréquence des condamnations à mort diminue au Canada, bien que de façon irrégulière. C'est Bickerdike qui dira (au début du siècle) à propos d'une exécution bâclée : « Cette exécution est l'exhibition la plus brutale de meurtre légal qui ait été donnée dans n'importe quel pays depuis Néron. »

Après lui, un dénommé William Irvine prend la relève. Le député travailliste de Calgary estime que la peine de mort est dégradante et une véritable faillite. Les Communes rejettent son projet de loi privé en 1924.

C'est aussi l'époque où on remet en cause le principe de la pendaison, que de plus en plus de gens jugent cruelle, inhumaine. D'autres méthodes, comme l'électrocution, nouvellement mise au point, sont envisagées.

Beaucoup plus tard, dans les années 1950, un représentant du Co-operative Commonwealth Federation (CCF), ancêtre du Nouveau Parti démocratique fondé en 1933 , se prononce pour l'abolition. Il s'agit de Ross Thatcher, pour qui « ce sacrifice inhumain n'a pas sa place dans un pays civilisé ». Il faut dire qu'à cette époque, la criminalité est à son plus bas au pays.

 

  La peine de mort en chiffres

On ne peut donner de chiffres exacts sur le nombre de Canadiens qui ont été exécutés au cours de notre histoire, faute de documents exhaustifs.

Cependant, les documents d'époque montrent qu'entre 1867 et 1962, il y a eu un peu plus de 700 exécutions au Canada. La dernière exécution a eu lieu le 11 décembre 1962.
Entre 1879 et 1960, 438 condamnations à mort furent commuées.

La période où on exécuta le plus fréquemment s'étend de 1910 à 1950, avec 420 exécutions, dont celle de six femmes.

C'est pendant la grande dépression qu'on pendit le plus, alors que, peut-être paradoxalement, on tua moins au cours du XIXe siècle.

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