Qui fait quoi ?

Laurent Koudou Gbagbo
Président de la Côte-d'Ivoire depuis les élections de 2000. Adepte de l'ivoirité, il a essuyé deux coups d'État depuis son arrivée au pouvoir.

Alassane Ouattara
Premier ministre sous le gouvernement de Houphouët-Boigny, il est président du principal parti d'opposition en Côte-d'Ivoire. Son exclusion des élections depuis dix ans en raison de son origine ethnique a engendré de sérieux troubles politiques en Côte-d'Ivoire.

Guillaume Soro Kigbafori
Secrétaire général du Mouvement patriotique de Côte-d'Ivoire (MPCI), Soro est une figure très influente de l'opposition dans le pays. Lié à la cause des rebelles, il incarne, aux côtés d'Ibrahim Coulibaly, l'opposition armée et politique au président Gbagbo.

Général Robert Gueï
Chef de l'armée ivoirienne depuis 1990, le général Gueï a renversé le gouvernement de Henri Konan Bédié en décembre 1999. Il perd le pouvoir en 2000 au profit de Laurent Gbagbo. Le 19 septembre 2002, il est assassiné à la suite du coup de force des mutins.

Félix Houphouët-Boigny
Père de la nation ivoirienne, il a assuré la présidence du pays, de l'indépendance, en 1960, jusqu'à son décès, en 1993.

Henri Konan Bédié
Président de l'Assemblée nationale ivoirienne de 1980 à 1993, il succédera à Houphouët-Boigny à la présidence du pays de 1993 à 1999. Il est également à l'origine du concept d'ivoirité.

Journaliste : STÉPHANE BORDELEAU

POUR MIEUX COMPRENDRE LA SITUATION

Pays autrefois prospère, aux infrastructures développées et au niveau de vie élevé, la Côte d'Ivoire a sombré au début des années 90 dans une succession de coups d'État et de soulèvements populaires qui ont conduit le pays à l'éclatement. En septembre 2002, un coup d'État manqué dirigé par les forces rebelles du Mouvement patriotique de Côte-d'Ivoire (MPCI) a profondément divisé la Côte d'Ivoire en deux camps avec, au nord, les forces rebelles, et au sud, les troupes gouvernementales fidèles au président Laurent Gbagbo.

Entre les deux, une présence française importante qui essaie tant bien que mal de séparer les belligérants mais qui n'arrive pas à faire oublier son passé colonial et, surtout, les intérêts économiques qu'elle protège dans ce pays particulièrement riche en cacao, en café, en pétrole et en minerais précieux.

Afin de mieux comprendre les origines de cette guerre civile qui divise le pays en deux camps, il convient de remonter au début des années 90, alors que le père de la nation, le dictateur Félix Houphouët-Boigny, vit les dernières années de son règne et de sa vie.

Naissance du concept « d'ivoirité »

En 1993, au décès de Félix Houphouët-Boigny, qui a laissé derrière lui des réformes démocratiques inachevées consenties à la suite d'un important mouvement de contestation populaire, son successeur, Henri Konan Bédié, soucieux de conserver le pouvoir aux mains de l'élite, développa le « concept d'ivoirité ». Considérant le poids démographique important que représentent les immigrants dans le pays, cette politique raciale controversée lui servira plus tard à écarter ses adversaires du processus démocratique sous prétexte qu'ils ne sont pas Ivoiriens de souche.

En 1995, le président Bédié exclut des élections présidentielles Alassane Ouattara, principal candidat de l'opposition, sous prétexte qu'il est d'origine burkinabée. Une décision qui a littéralement enflammé l'opposition, largement soutenue par les Ivoiriens du nord, majoritairement d'origines étrangères, sourtout burkinabée. Réagissant à l'exclusion de son candidat vedette, l'opposition a massivement boycotté le scrutin et dénoncé la manoeuvre. Peu après, le président Bédié limogeait le général Gueï, chef de l'armée, après que ce dernier eut refusé d'engager ses troupes contre l'opposition.

Premier coup d'État (décembre 1999)

Quatre ans après avoir été limogé, soit le 24 décembre 1999, le général Robert Gueï, à la tête d'un groupe de militaires mutinés, se venge en renversant le gouvernement de Henri Konan Bédié. Accueilli comme un redresseur de torts par la population, le général Gueï promet de réconcilier la Côte-d'Ivoire et de conduire les destinées du pays jusqu'à la tenue d'élections libres et démocratiques. Le général Gueï venait de compléter le tout premier coup d'État de l'histoire ivoirienne.


Le général Gueï exclut Ouattara à son tour

En 2000, quelques mois avant les élections présidentielles, le général Gueï, à l'instar de son prédécesseur, Henri Konan Bédié, décide à son tour d'invoquer le concept d'ivoirité pour exclure Alassane Ouattara de la course électorale pour une deuxième fois. Le général Gueï et Laurent Gbagbo se retrouvent alors seuls candidats à la présidence du pays, bien que Gueï ait secrètement promis à son adversaire un poste au gouvernement s'il cautionnait l'élection en lui servant d'opposant factice. Mais Laurent Gbagbo n'entend pas jouer ce jeu et mène une campagne qui s'avérera victorieuse.

Laurent Gbagbo aux commandes de l'État

Laurent Gbagbo en campagne électorale

Malgré tout, le général Gueï s'accroche au pouvoir. Un soulèvement populaire le forcera à céder la présidence à Laurent Gbagbo. À peine élu, le président Gbagbo rejette la légitimité politique d'Alassane Ouattara, chef du RDR (Rassemblement des républicains), et perpétue lui aussi l'argument de l'ivoirité en l'écartant du pouvoir, tout comme ses prédécesseurs l'avaient fait, sous prétexte qu'il n'est pas ivoirien de souche.

Alassane Ouattara

C'est dans un climat de fortes tensions ethniques que le coup de force de septembre 2002 a germé chez les militaires originaires du nord de la Côte-d'Ivoire et chez les ex-partisans du général Gueï, avant que celui-ci ne se retourne contre le chef du RDR, Alassane Ouattara. On comprend donc pourquoi les populations du nord de la Côte d'Ivoire se sont ralliées assez rapidement à la cause des rebelles qui ont tenté d'abattre le gouvernement de Laurent Gbagbo. En fait, la zone actuellement occupée par les rebelles suit presque fidèlement la ligne géographique qui démarque les populations chrétiennes du sud de celles du nord, majoritairement musulmanes et d'origine étrangère, celles que l'on surnomme la « moitié humiliée du pays ».

Le dernier coup de force

Le 19 septembre 2002, une petite armée de rebelles non identifiés et de soldats mutinés lancent un coup de force contre le gouvernement du président Laurent Gbagbo, qui était en Italie lors de l'événement. En quelques heures, les rebelles attaquent et prennent simultanément deux importantes villes du centre et du nord du pays : Bouaké et Korhogo, des villes hautement stratégiques pour le contrôle du territoire. Mais Abidjan, troisième cible des rebelles et ville clé du pays, demeure finalement sous le contrôle des forces gouvernementales fidèles au président Laurent Gbagbo. Le pays se retrouve littéralement coupé en deux à la hauteur de la ville de Bouaké avec au nord les rebelles du MPCI, et au sud, les troupes gouvernementales.