PRINCIPAUX POINTS EN LITIGE

Le 13 septembre 1993, Israéliens et Palestiniens ont signé une déclaration de principes sur l'autonomie palestinienne. Cette entente prévoyait une période de cinq ans pour régler les questions les plus délicates. Or, aucune d'entre elles n'a abouti à une solution, malgré les multiples négociations des dernières années. Les deux parties ont établi certaines limites en deçà desquelles elles refusent d'aller, et leurs positions se sont jusqu'à maintenant avérées irréconciliables.

Les territoires occupés : sécurité, statut et frontières

Israël se dit prêt à accepter la création d'un État palestinien qui ne s'étendrait pas jusqu'aux lignes du 4 juin 1967, c'est-à-dire avant la guerre des Six Jours. Les Israéliens exigent de plus que sa souveraineté militaire soit limitée. Ils réclament également le contrôle des frontières est et sud (avec la Jordanie et l'Égypte). En décembre 2000, les négociateurs israéliens avaient proposé de restituer 88 % de la Cisjordanie. L'État hébreu aurait conservé le territoire restant, qui aurait compris les colonies juives existantes et l'espace nécessaire à la construction de routes de contournement. En échange, Israël aurait cédé une portion de territoire près de la bande de Gaza.

Les Palestiniens ne sont pas prêts à laisser aller une aussi grande portion de territoire en Cisjordanie. Conformément à la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU, ils revendiquent la totalité des territoires occupés depuis 1967. Ils réclament la souveraineté sur leurs frontières, un principe qui ne doit pas, selon eux, se subordonner aux inquiétudes des Israéliens par rapport à leurs voisins arabes. Ils exigent d'ailleurs le retrait total des troupes israéliennes. Après avoir proclamé son indépendance, l'État palestinien pourrait développer des liens fédéraux avec la Jordanie, une solution déjà envisagée.

Certaines propositions prévoyaient qu'Israël continue d'assurer une présence militaire, des stations d'alerte de même que des zones de déploiement d'urgence en Cisjordanie. La présence de forces internationales ainsi que le droit pour les Israéliens de n'intervenir qu'en cas de danger extérieur constituent d'autres possibilités.

La résolution 242
(sur le site de l'ONU)


Les colonies de peuplement

Plus de 200 000 Juifs vivent dans une centaine de colonies réparties en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et à Jérusalem-Est, morcelant ainsi le territoire palestinien. La construction des colonies s'est amorcée après la guerre israélo-arabe de 1967. À l'issue de ce conflit, Israël a agrandi son territoire en gagnant le contrôle sur des territoires alors possédés par l'Égypte et la Jordanie. La plupart des colonies construites contreviennent à des résolutions de l'ONU, et la résolution 465 du Conseil de sécurité exige même leur démantèlement.

Les Palestiniens revendiquent ces territoires, s'appuyant sur ces résolutions des Nations unies, mais aussi sur la quatrième Convention de Genève et sur la déclaration de principes israélo-palestinienne de 1993. Par cette dernière entente, les deux parties s'engageaient à ne rien faire qui nuirait aux négociations sur le statut définitif des territoires. L'Autorité palestinienne ne s'oppose toutefois pas à ce que les colons continuent de vivre sur ces territoires, à condition qu'ils acceptent la souveraineté palestinienne.

La grande majorité des colons s'oppose à toute rétrocession de terres aux Palestiniens, légitimant leur présence par ce qu'ils considèrent comme leur droit biblique à cette partie d'Israël, berceau de la civilisation juive. Le premier ministre Itzhak Rabin a été assassiné en 1995 par un nationaliste israélien, proche de colons juifs radicaux. La sécurité dans ces enclaves juives est précaire, et l'armée israélienne doit souvent déployer des troupes pour protéger les civils.

La résolution 465
(sur le site de l'ONU)


Les réfugiés palestiniens

En 1948 et en 1967, l'avancée des forces israéliennes a provoqué la fuite ou l'évacuation de centaines de milliers de Palestiniens hors de leur patrie. En comptant les réfugiés et leurs descendants, ils sont près de quatre millions dispersés dans le monde. La plupart d'entre eux vivent retranchés dans des camps, situés dans la bande de Gaza, en Cisjordanie ou dans les pays voisins, soit la Syrie, la Jordanie et le Liban. La diaspora palestinienne s'étend aussi près du golfe Persique (en Arabie saoudite, au Koweït et aux Émirats arabes unis), aux États-Unis, en Argentine, au Chili et au Brésil.

Souvent mal intégrés dans leur pays d'accueil, ils invoquent leur droit au retour. La résolution 194, adoptée en 1948 par l'Assemblée générale de l'ONU, reconnaît ce droit à ceux qui désirent revenir, et prévoit le versement d'indemnités pour les autres. Pour les Palestiniens, l'acceptation de ce principe par l'État hébreu équivaudrait à une reconnaissance des dommages occasionnés.

Mais Israël ne se considère pas responsable, moralement ou juridiquement, du problème des réfugiés. Craignant pour la sécurité du pays, le gouvernement israélien avance que le retour d'un si grand nombre d'habitants arabes briserait l'équilibre ethnique actuel en diluant la portion israélienne de sa population. Israël souhaite plutôt que la majorité des réfugiés deviennent citoyens des pays hôtes de langue arabe, ce à quoi ces derniers se refusent.

Plus de deux millions de Palestiniens vivent au Liban, en Syrie et en Jordanie. Plusieurs analystes estiment que la solution avancée par les Israéliens déstabiliserait ces pays d'accueil.

L'État hébreu se dit toutefois prêt, pour des raisons humanitaires, à accepter le retour de quelques milliers d'entre eux, échelonné sur plusieurs années. Il accepterait aussi de contribuer en partie à un fonds international, qui indemniserait également les Juifs qui ont quitté des pays arabes.

La résolution 194
(sur le site du Monde diplomatique)

UNRWA
(Office de travaux de secours des Nations unies pour les réfugiés de Palestine; en anglais)


La question de l'eau

L'eau étant une ressource rare au Moyen-Orient, ce point revêt une importance non négligeable. Le tiers des ressources en eau potable d'Israël provient de trois nappes phréatiques situées partiellement ou complètement en sol cisjordanien. Les Israéliens entendent garder le contrôle de ces étendues d'eau, ce à quoi s'opposent les Palestiniens. La question devait être réglée lors de la période intérimaire, mais les deux parties l'ont réservée pour les négociations finales en raison de sa complexité.

Le statut de Jérusalem

La Ville trois fois sainte se trouve au cœur du litige israélo-palestinien. Berceau des grandes religions monothéistes, Jérusalem compte bon nombre d'importants hauts lieux juifs, musulmans et chrétiens, situés principalement dans la partie est de la ville. C'est là que se trouve l'esplanade des Mosquées, avec la mosquée Al-Aqsa, troisième des Lieux saints de l'islam et, dans ses sous-sols, le mur des Lamentations, le lieu le plus sacré du judaïsme. La ville revêt donc pour les deux communautés une importance historique, religieuse et symbolique. Souveraineté partagée, création d'une zone internationale, contrôle du quartier juif aux Juifs et du quartier arabe aux Arabes, la solution est loin d'être retenue.


En septembre 2000, Ariel Sharon, alors dirigeant du Likoud, a visité l'esplanade des Mosquées, ce qui a constitué le point de départ de l'Intifada palestinienne.


Qu'est-ce que le mur des Lamentations ?


Le roi David conquiert Jérusalem au XIe siècle avant J.-C. et en fait la capitale religieuse et politique des Hébreux. Il fait venir l'Arche d'Alliance, qui contient les dix commandements que Yahvé aurait donnés à Moïse. Salomon, qui succède à son père David, fait construire un temple où sera placée l'Arche. Le temple est détruit au Ve siècle avant J.-C., mais un deuxième sera bâti à l'époque d'Hérode, quelques siècles plus tard. Les Romains y ont mis le feu il y a 2000 ans. Vestige de ce temple, le mur des Lamentations s'est transformé au cours des années en important lieu de pèlerinage. Il tire son nom du fait que les fidèles viennent y pleurer la destruction du temple. Une partie du mur est réservée aux hommes, et une autre aux femmes.

Le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa

Selonles musulmans, Mahomet se trouvait sur cet emplacement lorsqu'il s'est élevé au ciel pour recevoir le Coran. Pour lui rendre hommage, on lui érigea ce sanctuaire à la fin du VIIe siècle. Un poil de la barbe du Prophète y est conservé. Aussi appelé mosquée d'Omar, le Dôme abrite le rocher sur lequel Abraham se serait préparé à sacrifier son fils Isaac après que Dieu le lui eut demandé. Il est construit sur l'emplacement du Temple d'Hérode. La mosquée Al-Aqsa est située sur l'esplanade des Mosquées, aussi appelée Haram al-Sharif. Il s'agit du troisième des Lieux saints de l'islam.

 

Jérusalem-Est se divise en trois quartiers principaux auxquels s'ajoute un quartier arménien:
Musulman : nord-est
Juif : sud-est
Chrétien : nord-ouest


Population totale de Jérusalem (parties est et ouest): 600 000 habitants
Religions
Juifs : 70 %
Musulmans : 26 %
Chrétiens : 3 %
Autres : 1 %


En 1947, le plan de partage de la Palestine établi par l'ONU accordait à Jérusalem un statut international. L'organisation se donnait le mandat d'administrer la ville. Quelques mois plus tard, Israël faisait la conquête de la partie ouest; la partie orientale, peuplée uniquement de Palestiniens, revenait aux Jordaniens. Lors de la guerre des Six Jours, en 1967, les Israéliens ont commencé à occuper la partie arabe. Au fil des années, ils ont exproprié les Palestiniens sur des centaines d'hectares de terre, élargissant ainsi les limites de la ville pour y construire des quartiers juifs. Une quinzaine de villages palestiniens a ainsi été annexée en trois décennies. Résultat : quelque 300 kilomètres carrés isolent maintenant Jérusalem-Est de la Cisjordanie.

Les Palestiniens considèrent Jérusalem-Est comme un territoire occupé qu'Israël est tenu de libérer. Pour eux, le statut de la ville devrait respecter la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée à la suite de la guerre des Six Jours. Non seulement souhaitent-ils la pleine souveraineté sur leurs Lieux saints, mais ils revendiquent également cette partie de la ville comme capitale de leur futur État. Ils acceptent cependant qu'aucune frontière ne divise la ville et promettent de ne pas nuire à la liberté de culte aux sites religieux.


Petit problème lexical : la version française de cette résolution parle de restitution « des » territoires occupés pendant la guerre tandis que la version anglaise parle plutôt « de » territoires.


Mais les Israéliens considèrent Jérusalem comme une « ville entière et unifiée », dont ils défendent l'indivisibilité. Le 30 juillet 1980, la Knesset a fait de Jérusalem sa « capitale éternelle », malgré l'opposition de la communauté internationale et la condamnation de cette décision par l'ONU dans la résolution 478. Le parlement israélien et les différents ministères sont donc installés dans la partie occidentale de la ville, mais la plupart des États ont encore leur ambassade à Tel-Aviv, ancienne capitale de l'État hébreu.

La résolution 478
(sur le site de l'ONU)


De tous les États membres des Nations unies, seuls le Costa Rica et le Salvador ont reconnu Jérusalem comme capitale de l'État hébreu.


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