Journaliste: Michel Labrecque  
Journaliste Internet: Sophie-Hélène Lebeuf  

Une puissance informatique à la conquête du monde

 


 Écoute du sujet: Les affaires et la vie, samedi 6 mars   
   Durée: 30 min

Cela fera bientôt 10 ans que l'industrie de la haute technologie prend son essor en Inde. Avec plus de 500 000 travailleurs dans ce secteur, l'Inde est devenue un géant des technologies de l'information (TI). D'ici quelques années, ce nombre pourrait même doubler. L'impact de la forte croissance du secteur informatique se fait particulièrement sentir à Bangalore, où se concentre 35 % de l'industrie. À titre d'exemples, la compagnie montréalaise CGI possède deux bureaux en Inde, et le géant indien Infosys, avec des bureaux dans 16 pays, emploie 23 000 personnes qui vivent essentiellement de la création de logiciels pour des multinationales américaines.

Mais la tendance s'étend maintenant à toutes les grandes villes du pays. Or, la délocalisation d'entreprises (outsourcing) n'est pas étrangère à ce phénomène dont bénéficie l'Inde. Mot à la mode, il désigne le transfert vers l'étranger d'emplois initialement occupés localement. En somme, les pays développés, États-Unis et Royaume-Uni en tête, perdent des emplois qu'ils occupaient il n'y a pas si longtemps. La situation préoccupe la classe politique américaine au point que le Sénat vient de proposer une loi restreignant la délocalisation des opérations du gouvernement fédéral à l'étranger.

Alors que nous avons l'habitude de voir des emplois manufacturiers ou de bas niveau partir vers les pays en développement, l'Inde attire pour la première fois des emplois de chercheurs de haut niveau. Une aubaine pour les multinationales: ces chercheurs peuvent gagner cinq ou six fois moins qu'un chercheur américain. Mais l'Inde ne pourrait bien être qu'une étape dans cette course au profit des grandes entreprises d'informatique. Le vice-président d'Infosys explique que sa compagnie lorgne déjà vers la Chine et l'Europe de l'Est pour y déplacer, éventuellement, certains emplois.

Quel sera l'impact de cette révolution informatique sur l'Inde et sur l'Occident? Comment réagissent les Indiens eux-mêmes, et quel débat cela suscite-t-il chez nous, en particulier aux États-Unis? L'Inde vivra-t-elle bientôt ses propres délocalisations d'emplois vers des cieux plus économiques?

Quelques chiffres:

Salaire moyen d'un ingénieur américain: 70 000 $US
Salaire moyen d'un ingénieur indien: 8000 $US
Principaux employeurs américains en Inde: General Electric, 17 800 employés; Hewlett-Packard, 11 000 employés; IBM, 6000 employés; American Express, 4000 employés; Dell, 3800 employés.
Nombre de diplômés indiens anglophones de haut niveau par an: 250 000
Nombre d'ingénieurs diplômés chaque année: 290 000
Rendement de 1 $ investi en Inde: 1,46 $US, soit 1,13 $US aux États-Unis, et 0,33 $US en Inde (source: McKinsey Global Institute)
Taux de croissance des TI en Inde en 2002: 30 %
Exportations de logiciels par l'Inde: 20 % du niveau mondial

En bref:
Il n'aura fallu qu'une décennie pour que l'Inde ne récolte la palme en matière de sous-traitance de services informatiques. Au début des années 90, bon nombre de grandes entreprises américaines, poussées par un objectif de rentabilité, ont transféré leurs centres d'appels ou de saisie de données en Inde, qui fournissait une main-d'œuvre très économique. Au fil des années, les multinationales ont poussé plus loin le phénomène de délocalisation, trouvant en Inde un bassin de diplômés qualifiés, parfaitement aptes à assumer des emplois de haut niveau à un moindre coût. En 2002, le secteur des nouvelles technologies en Inde a enregistré une hausse de 30 %.

  Les affaires et la vie, samedi 6 mars   
    Durée: 30 min

 

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