Nouvelles / Dossiers / Yougoslavie

Une situation explosive

La province autonome du Kosovo, qui fait partie de la Serbie, est peuplée de 90 % d'Albanais, mais les Serbes la considèrent comme le berceau de leur civilisation. Dans les années 1980, le Kosovo réclame un statut de république à part entière au sein de la Fédération yougoslave. Belgrade réplique par la suppression de l'autonomie de la province (1989). La presse serbe entretient la tension en prétendant que les Serbes du Kosovo sont brimés dans leurs droits et libertés.

carte-populations-serbes-albanais.jpg (10407 octets)

En 1992, les Albanais proclament unilatéralement la république du Kosovo non reconnue par Belgrade. Des élections législatives et présidentielles clandestines ont lieu et Ibrahim Rugova est élu président.

 rugova-kosovo-applaudi.jpg (9152 octets)

Dans les années qui suivent, tout se met en place pour une guerre civile au Kosovo : apparition de l'Armée de libération du Kosovo (l'UCK), attentats, renforcement de la répression par les forces serbes. En 1997, la population albanaise du Kosovo boycotte les élections législatives et municipales de la République fédérale de Yougoslavie. Slobodan Milosevic est élu président de la République fédérale de Yougoslavie (Serbie et Monténégro). L'UCK et les forces de l'ordre s'affrontent. Le 16 décembre, 17 Albanais sont condamnés pour activités terroristes. En 1998, la guerre éclate. Elle fera 2000 morts et provoquera la fuite de plus de 400 000 personnes.

 tank-kosovo.jpg (7992 octets)

En février-mars 1998, des affrontements entre séparatistes albanais et forces serbes font près de cent morts à Drenica. La Serbie annonce la mort de 20 Albanais et de deux policiers serbes lors de combats au village kosovar de Prekaz, mais la partie albanophone signale plus de 50 morts. La police serbe affirme avoir anéanti le noyau de l'Armée de libération du Kosovo. Les corps de 60 Albanais sont restitués par la police à leurs familles. Les six pays du Groupe de contact étudient les moyens d'amener le président yougoslave à faire cesser la répression. Les États-Unis suppriment des concessions économiques limitées consenties à la Yougoslavie peu de temps avant.

Le 22 mars, la communauté albanophone du Kosovo va aux urnes pour élire président et parlement. Les autorités serbes déclarent les scrutins illégaux.

Le 31 mars, l'ONU impose un embargo sur les armes contre Belgrade.

Le 24 avril, les Serbes approuvent par référendum (94,73 %) le rejet par le président yougoslave Slobodan Milosevic d'une médiation étrangère au conflit. Les membres du Groupe de contact, la Russie exceptée, adoptent de nouvelles sanctions contre Belgrade, notamment un gel des avoirs serbes à l'étranger.

 milosevic-yougoslavie-kosovo.jpg (3938 octets)

En mai, Slobodan Milosevic et Ibrahim Rugova se rencontrent pour la première fois et conviennent de discussions hebdomadaires entre les deux parties. Après une offensive serbe dans l'ouest de la province, les Kosovars se retirent des pourparlers.

Le 15 juin, l'aviation de l'OTAN entame des exercices au-dessus de la Macédoine et de l'Albanie pour souligner l'appui militaire dont dispose la diplomatie occidentale. Dans un communiqué publié conjointement avec son homologue russe, Boris Eltsine, Milosevic accepte la plupart des exigences occidentales relatives à l'arrêt des combats.

 B-52.jpg (2607 octets)

En juillet et août, les combats s'intensifient à la frontière albanaise. Au moins 110 Kosovars sont tués; les Serbes reprennent Junik, dernier grand bastion de l'Armée de libération du Kosovo.

 armee-liberation-kosovo.jpg (12005 octets)

En septembre, sous la pression américaine, Milosevic propose aux Kosovars un accord intérimaire d'une durée de 3 à 5 ans, accordant à la province un certain degré d'autoadministration. Quelques jours plus tard, une nouvelle offensive serbe fait encore des morts dans le centre et le nord du Kosovo. Le 23 septembre, avec la résolution 1119, l'ONU exige de Belgrade un cessez-le-feu immédiat, le retrait de certaines de ses forces, un dialogue politique avec les Kosovars et le retour des réfugiés. L'OTAN adresse à Milosevic un ultimatum lui enjoignant de mettre fin aux effusions de sang au Kosovo sous peine de raids aériens. Au même moment, les forces serbes pilonnent des villages kosovars, alors que Belgrade affirme avoir achevé son offensive. Des villageois imputent aux Serbes la mort de 14 civils. Les Kosovars rejettent le nouveau gouvernement provisoire formé par Belgrade pour la province.

Le 8 octobre, l'UCK décrète une trêve unilatérale. L'OTAN donne un délai à Belgrade pour se conformer aux exigences internationales. Milosevic accepte le déploiement au Kosovo de vérificateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), soutenus par un dispositif aérien. L'OTAN renonce à l'usage immédiat de la force, après un retrait substantiel des forces serbes, mais adopte un plan pour une force d'environ 1700 hommes, basée en Macédoine et destinée à secourir, le cas échéant, les vérificateurs de l'OSCE.

Début janvier 1999, la violence connaît une escalade. La Yougoslavie bombarde des bastions séparatistes albanais après la capture de huit soldats yougoslaves par l'UCK. Le directeur de l'information albanophone est abattu par des inconnus près de chez lui, à Pristina. Les corps de 45 Albanais sont découverts au village de Racak, dans le sud du Kosovo.

kosovo-massacre.jpg (4581 octets)

cerceuils-racak.jpg (9984 octets)

Le Conseil de sécurité de l'ONU condamne avec force le massacre et exige une enquête immédiate. Belgrade ordonne à l'Américain William Walker, chef des observateurs internationaux, de quitter le pays.

arbour-louise-tpi-kosovo.jpg (4164 octets)

La Canadienne Louise Arbour, Procureure générale du Tribunal pénal international sur les crimes de guerre dans l'ex-Yougoslavie, est refoulée alors qu'elle vient enquêter sur des tueries au Kosovo. Le général Wesley Clark, commandant de l'OTAN, annonce que les forces de l'Alliance sont prêtes à intervenir. Réunis à Londres, les six pays du Groupe de contact somment les belligérants serbes et kosovars de participer à des pourparlers de paix à Rambouillet, en France. Le Conseil de sécurité appuie le projet d'autonomie négociée pour la province du Kosovo.

À la conférence de Rambouillet, qui s'ouvre le 6 mars, Serbes et Kosovars acceptent les grandes lignes d'un plan de paix. Belgrade exclut toute force internationale sur son territoire pour faire respecter l'accord de paix et les Albanais ne renoncent pas à leur exigence d'un référendum sur l'indépendance. Entre-temps, les affrontements au Kosovo se poursuivent et Belgrade renforce le dispositif militaire yougoslave à la frontière avec la Macédoine. Le 15 mars, les pourparlers reprennent à Paris. Les Kosovars signent le projet d'accord de paix. Les Serbes le rejettent.

 signature-accord-kosovo-paris.jpg (9201 octets)

Le 23 mars, le secrétaire général de l'OTAN, Javier Solana, donne l'ordre d'entreprendre des bombardements aériens contre la Yougoslavie, après l'échec de la mission de la dernière chance de Richard Holbrooke à Belgrade.

holbrooke-milosevic.jpg (5361 octets)

Plusieurs pays ferment leur ambassade à Belgrade. L'OTAN exclut toute nouvelle négociation avec Belgrade et assure qu'elle aidera cinq pays voisins de la Yougoslavie si celle-ci les menace. De son côté, le président Milosevic affirme que son pays reste attaché « à une solution pacifique et politique » de la crise.

À 14 h, les sirènes d'alerte retentissent à Pristina et à Belgrade. L'OTAN bombarde la Yougoslavie en réponse à l'intransigeance de Slobodan Milosevic, l'homme qui pouvait jusqu'à la toute dernière minute décider entre la guerre et la paix.

frappeaida5.jpg (6490 octets)

Des missiles de croisière et des bombes d'une tonne sont largués par l'armada de l'OTAN. C'est la première fois dans son histoire que l'Alliance attaque, sans l'autorisation explicite de l'ONU, un pays souverain. Longtemps attendue, cette attaque contre les forces yougoslaves est le constat d'échec des négociations pour mettre fin à un conflit qui a fait plus de 2000 morts et des centaines de milliers de réfugiés dans cette province en plein cœur de l'Europe.

frappeaida2.jpg (4916 octets)

Au moment où les forces de l'OTAN commencent l'opération « Force alliée », le président des États-Unis, Bill Clinton, déclare que seule la fermeté pourra désormais prévenir de plus grandes catastrophes au Kosovo. Il ajoute que les frappes contre la Yougoslavie visent trois objectifs : démontrer le sérieux de l'OTAN dans son refus de l'agression serbe et son soutien à la paix dans les Balkans; faire payer à Slobodan Milosevic le prix des violences à l'égard des Albanais du Kosovo; enfin, si nécessaire, empêcher la Serbie de faire la guerre aux Kosovars à l'avenir, en diminuant sérieusement ses capacités militaires.

missiles-antiaeriennes-serbes.jpg (6525 octets)

Suite du dossier


Retour aux dossiers

 

Dernière mise à jour : le 15 juillet 1999