Journaliste: Florence Meney

Juillet 2002

 

Chronologie des débuts de l'ADQ :

Mars 1991 : Adoption du rapport Allaire par le Parti libéral du Québec réuni en congrès.

29 août 1992 : Le Parti libéral met de côté le rapport Allaire au profit de l'entente sur le renouvellement de la Constitution canadienne conclue entre les premiers ministres fédéral et provinciaux lors de la conférence de Charlottetown.

23 septembre 1992 : Avec un groupe de dissidents, Jean Allaire et Mario Dumont forment Le Réseau des libéraux pour le NON, qui fait campagne contre l'entente de Charlottetown.

26 octobre 1992 : Référendum. La population du Québec rejette l'entente de Charlottetown.

Fin novembre 1992 : Jean Allaire et Mario Dumont quittent le PLQ.

12 décembre 1993 : La décision est prise de fonder un nouveau parti politique.

18 janvier 1994 : Reconnaissance officielle de l'Action démocratique du Québec comme parti politique par le directeur général des élections.

5 mars 1994 : Congrès de fondation de l'Action démocratique du Québec à Laval. Jean Allaire est élu chef.

Avril 1994 : Mario Dumont succède à Jean Allaire comme chef de l'ADQ.

« J'avais mille raisons de refuser (le leadership de l'ADQ), à commencer par mon âge. »

En février 1994, un sondage Crop montrait que seuls 3 % des Québécois comptaient voter pour l'ADQ aux prochaines élections.

Aux élections de septembre 1994, l'ADQ recueille 6,46 % des votes. Jacques Parizeau courtise alors l'ADQ pour finalement l'engager à monter à bord de l'autobus du OUI en vue du référendum de 1995. Mario Dumont se voit forcé de justifier le durcissement de sa position constitutionnelle.

« On a constaté, depuis le rapport Allaire, qu'il fallait que le Québec provoque le changement. »
(1995, en entrevue à l'émission Le Point)


 

 

 

Évolution du parti sur la question constitutionnelle au fil du temps :

1994 : Mario Dumont claque la porte du Parti libéral du Québec. Avec Jean Allaire, il fonde l'Action démocratique, qui se veut la troisième voie constitutionnelle.

1995 : Mario Dumont se rallie à Jacques Parizeau et à Lucien Bouchard dans le camp du Changement (pour le OUI) lors du référendum d'octobre 1995.

1995 : Suite à l'échec des forces du OUI, l'ADQ indique qu'il faut concentrer l'énergie sur un redressement des finances publiques.


Élections de 1998 : la question constitutionnelle est reléguée au second plan. Les gens, selon l'ADQ, ont d'autres priorités.

Les premiers pas de l'ADQ

« Je le dis et le redis, la raison pour laquelle le parti a été créé, c'est que le Québec est enfermé encore aujourd'hui dans un vieux débat, coincé entre la séparation et le fédéralisme. »
(En entrevue à Aujourd'hui Dimanche en 1994)

L'ADQ est née au début des années 90 d'une dissension, comme c'est le cas de beaucoup de formations politiques. Sa raison d'être fut au départ de consolider la position du Québec face à Ottawa, sans toutefois adopter la voie de la souveraineté. En 1994, des dissidents nationalistes du Parti libéral du Québec (dont Mario Dumont faisait partie), qui jugeaient le parti trop inféodé à Ottawa, ont quitté avec fracas le PLQ quand ce dernier a fait volte-face sur les recommandations de la commission Bélanger-Campeau et a renié le rapport Allaire. Pour ces dissidents, le Parti libéral trahissait ainsi le Québec. Ils fonderont l'ADQ, qui adoptera ensuite le rapport Allaire comme programme constitutionnel. L'acte de naissance du parti a été signé le 5 mars 1994, lors du congrès de fondation à Laval.

Jean Allaire

La commission Bélanger-Campeau : Le 4 septembre 1990, le Québec met sur pied la commission Bélanger-Campeau sur l'avenir constitutionnel de la province. Trente-six membres siègent pendant cinq mois en audiences publiques à cette commission. Ils recevront plus de 600 mémoires, dont la grande majorité prônent la souveraineté (sécession) pure et simple du Québec. Le 23 janvier 1991, la commission remet son rapport. Devant l'incompréhension constatée des aspirations du Québec par le reste du pays, la commission recommande à l'Assemblée nationale du Québec d'adopter une loi sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec prévoyant la tenue d'un référendum sur la souveraineté en juin ou en octobre 1992. Deux commissions parlementaires sont aussi proposées advenant un OUI à ce référendum, l'une pour étudier les modalités d'accession à la souveraineté du Québec et l'autre pour étudier toute offre de partenariat venant du Canada.


Le rapport Allaire : Après l'échec de Meech, perçu par les Québécois comme un message clair du reste du Canada, les ardeurs nationalistes se réveillent comme jamais au Québec. Même le Parti libéral du Québec (historiquement fédéraliste) adopte en mars 1991 le rapport Allaire (qu'il reniera ensuite), une véritable charge contre le système fédéral canadien. Ce rapport propose une vaste décentralisation des pouvoirs où les provinces auraient le contrôle exclusif de 22 champs de compétence. À l'exception de neuf domaines à compétence partagée, le fédéral ne garderait le contrôle exclusif que dans cinq domaines : la défense, les douanes, la monnaie, la péréquation et la gestion de la dette commune. À cela s'ajoutent l'abolition du Sénat canadien et une formule d'amendement de la Constitution qui nécessiterait l'accord de 50 % de la population canadienne et, obligatoirement, de celle du Québec. (Source : Canada : la saga constitutionnelle, notre dossier).

« Comme on n'a pas eu les millions des autres partis, on va leur montrer qu'on va compter sur l'huile de bras et de genoux. »
(Campagne électorale de 1994)

Dans l'Actualité du 15 avril 1999, le journaliste Michel Vastel explique qu'au lendemain des élections de 1994, l'ADQ et son jeune chef seraient peut-être tombés dans l'oubli sans l'intervention de Jean-François Lisée, conseiller spécial de Jacques Parizeau. Appuyé d'une poignée d'autres souverainistes, Lisée s'appliqua à offrir une certaine visibilité à l'ADQ à travers Mario Dumont en lui permettant, par exemple, de participer aux commissions sur l'avenir du Québec.

Le parti progresse, à petits pas. Si en 1994 la campagne de Mario Dumont était réduite au minimum et disposait de peu de moyens, en 1998, l'ADQ parvient à présenter des candidats dans 15 circonscriptions.

Pendant huit ans, Mario Dumont sera le seul député de l'Action démocratique du Québec à l'Assemblée nationale. Mais au printemps 2002, les événements se sont précipités.

Voici les élus de l'ADQ à l'été
2002 :

 

Mario Dumont, député de Rivière-du-Loup
François Corriveau, député de Saguenay
(Élu lors de l'élection partielle d'avril 2002)
Marie Grégoire, députée de Berthier
(Élue lors des complémentaires de juin 2002)
Sylvie Lespérance, députée de Joliette
(Élue lors des complémentaires de juin 2002)
François Gaudreau, député de Vimont
(Élu lors des complémentaires de juin 2002)

 

 

Pour former un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, il faut faire élire 12 députés.

DES CHIFFRES : en 2001, l'ADQ a recueilli près de 100 000 $ en revenus autonomes, soit le double de l'année précédente, en plus de 300 000 $ de contributions publiques. En 1997, le parti n'avait récolté que 7420 $ en cotisations. À raison de 5 $ la carte, cela donnait 1448 membres, soit en moyenne 12 membres par circonscription.



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