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Parmi toutes ses qualités, Blair en possède une qui est essentielle pour un chef: il a de la chance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On laisse entendre que dorénavant l’accent des annonces en provenance du 10 Downing Street sera nettement moins politique.

 


:: Don Murray ::
Pauvre, pauvre Tony Blair

Son conseiller principal vient de quitter son poste. Sa popularité fond dans les sondages. Les machinations de son gouvernement et de son bureau personnel sont exposées au grand jour devant une commission d’enquête. Humiliation suprême, il a dû témoigner lui-même devant cette commission. Mais le sourire reste collé au visage de Tony Blair. Il a gagné le pouvoir en souriant, il a gagné trois guerres en souriant, il va surmonter cette crise de la même façon. C’est, du moins, l’avis de ceux qui l’entourent.

Londres, le 22 septembre  2003 — Néanmoins, il est clair que le premier ministre britannique est aux prises avec une crise exceptionnelle. Ce qui rend sa situation plus bizarre encore, c’est que tout cela découle non pas d’une guerre perdue mais d’une invasion réussie. La réputation et la force politique de Blair reposent sur un pilier principal: il s’est présenté comme un chef fiable, un homme qui dirait la vérité. Or la guerre en Irak, ou plus précisément les événements qui ont précédé la guerre, remettent sérieusement en cause cette réputation.

La crise a éclaté avec un mort. Comme l’a déclaré Staline: « Des millions de morts constituent une statistique; la mort d’un homme est une tragédie. » En Irak, on parle de milliers et non pas de millions de morts, mais la régularité impitoyable des embuscades, des attaques et des attentats-suicide engourdit l’esprit des Occidentaux; la tentation est d’oublier un problème trop difficile à comprendre.


David Kelly

Mais en Grande-Bretagne un homme s’est suicidé. Il était scientifique, il s’appelait David Kelly, il travaillait pour le gouvernement anglais et il était au coeur du débat sur le fameux dossier britannique sur les armes de destruction massive qu’aurait possédées Saddam Hussein. Après la guerre, David Kelly a rencontré un journaliste de la BBC, Andrew Gilligan. Il a exprimé ses réserves au sujet de ce dossier. Gilligan a rapporté que sa «source» aurait dit que le bureau du premier ministre avait délibérément exagéré le danger représenté par ces armes. La crise a éclaté.


Un gouvernement sur la sellette


Le siège de la BBC à Londres

Poussé par Blair, le gouvernement a cherché la « taupe ». Kelly a été démasqué et obligé de témoigner devant une commission parlementaire. Deux jours plus tard il s’est donné la mort. Pris de court par la réaction dans son pays, Blair a mis sur pied une commission d’enquête, menée par un juge, le Lord Hutton, afin d’examiner les circonstances qui ont abouti à la mort d’un scientifique connu dans le monde comme un expert en armes biologiques et chimiques.


Andrew Gilligan

Des ministres, des adjoints, des espions, le premier ministre lui-même : tous ont commencé à défiler devant le juge pendant le mois d’août. Le spectacle était inusité et peu édifiant. Dans un gouvernement aux abois, dominé et même obsédé par le véracité du fameux dossier, personne n’a voulu prendre la responsabilité de cette mort. Devant un juge ouvertement sceptique, chacun déclarait que Kelly avait été traité équitablement. Et ceci en dépit du fait qu’on lui avait envoyé une lettre annonçant que son emploi tenait à un fil et qu’on avait décidé de rendre public son nom, l’exposant à la meute journalistique, sans lui donner le moindre préavis.


Le début de l'enquête Hutton a donné lieu à des manifestations

Époustouflé, le public a pu lire des courriels et des notes de service top secrets écrits moins d’un an auparavant. Le tableau brossé était celui d’un gouvernement quasi-présidentiel où toutes les décisions importantes étaient prises par un groupe restreint d’adjoints autour du premier ministre. Les élus, les ministres en tête, étaient informés par la suite. Les documents ont aussi révélé que le dossier dit des services d’espionnage avait en fait été rédigé avec la collaboration étroite du conseiller en communications du premier ministre et que le but politique était effectivement de produire une « bombe » qui inciterait la Grande-Bretagne à soutenir une invasion.


Un rapport très attendu


Alastair Campbell

Blair sort blessé de cette épreuve. Son adjoint principal, le conseiller en communications Alastair Campbell, a pris sa retraite. Le premier ministre a dû embaucher un nouveau directeur de communications qui sera non pas un conseiller politique mais un haut fonctionnaire. On laisse entendre que dorénavant l’accent des annonces en provenance du 10 Downing Street sera nettement moins politique.

L’enquête du Lord Hutton n’est pas terminée. Le rapport du juge risque d’être cinglant pour le gouvernement. Le ministre de la défense pourrait tomber. Et loin de se calmer, la situation en Irak s’aggrave au point où le gouvernement doit envoyer des renforts dans la région de Bassorah.


Ian Duncan-Smith

Et Blair au milieu de cette tempête? Et bien, même si les sondages montrent que sa cote de popularité personnelle baisse, la cote de son parti est remontée au mois d’août pendant les séances publiques de l’enquête. La conclusion est claire: parmi toutes ses qualités, Blair en possède une qui est essentielle pour un chef: il a de la chance. Et sa grande chance est d’avoir en face de lui à la Chambre des Communes britannique le chef de l’opposition le plus faible de mémoire d’homme. Il s’appelle Ian Duncan-Smith, il est chauve, il est lent, il est mauvais orateur et, selon tous les sondages, les électeurs ne voient pas en lui leur prochain premier ministre. Quant à Blair, après cet été désastreux, il a informé sa nouvelle équipe qu’il est prêt à briguer un troisième mandat dans deux ans.

Si Jean Chrétien peut rester au pouvoir pendant dix ans, pourquoi pas Tony Blair?

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