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...une seule question : le ministre avait-il ou non le droit de frapper un manifestant? Interrogés par sondage, les Britanniques ont répondu que oui.

 


:: Don Murray ::

Londres : un nouveau sauveur

Sauver le monde peut s'avérer une tâche ingrate. De retour de son voyage diplomatique en Asie du Sud où il a tenté de calmer une situation qui risquait de dégénérer en guerre régionale, le premier ministre britannique Tony Blair a été accueilli avec dérision à la Chambre des communes à Londres. Un député de l'opposition lui a demandé s'il avait un plan pour mettre fin au chaos dans le système ferroviaire britannique « au cours de sa visite en Grande- Bretagne! » Il faut savoir que ce voyage était le 22e de M. Blair à l'extérieur du pays depuis sa deuxième victoire électorale, au mois de juin dernier.

Des chroniqueurs et des experts britanniques ont cherché des parallèles avec d'anciens premiers ministres. Quelques-uns parmi ces chefs sont tombés dans le même piège: après plusieurs années au pouvoir, la politique intérieure a commencé à les ennuyer. L'exemple le plus récent est celui de Margaret Thatcher. Après sa troisième victoire en 1987, elle a passé de plus en plus de temps en dehors du pays. « Plusieurs de ses ministres étaient convaincus que la scène internationale et l'accueil qu'on lui a reservé dans d'autres pays l'ont séduite », explique le professeur Dennis Kavanaugh.

Ironie du sort, le début de la fin de la carrière politique de Thatcher a eu lieu alors qu'elle était en voyage officiel à Paris en 1990. C'est là qu'elle a appris que, lors d'un vote secret de ses députés sur son leadership, sa majorité n'avait pas été suffisante pour la confirmer dans son poste. Elle a dû démissionner quelques jours plus tard.


Un rôle mondial qui soulève des questions

Blair, lui, n'a rien à craindre de ses propres députés. Il continue à dominer la politique britannique. Même ses ministres ont l'air de pygmées politiques par rapport à lui. Mais sa conception de son rôle mondial commence à soulever des questions dans son pays.

C'est un discours prononcé quelques jours après les événements du 11 septembre qui est à l'origine de ces questions. Dans ce discours devant un congrès du Parti travailliste, il a puissamment évoqué son émotion après les attaques. Il a aussi déclaré que c'était un moment-clé de l'histoire, un moment à saisir pour intervenir, non seulement pour écraser des terroristes, mais aussi pour éliminer la pauvreté, l'ignorance et l'oppression en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.


La Grande-Bretagne, une « puissance centrale »

Ceux qui le connaissent disent que Blair entendait clairement s'octroyer un rôle primordial dans cette croisade. L'empire britannique est bien mort, mais le souvenir de sa grandeur enivre toujours les dirigeants du pays. Blair a même inventé le terme « pivotal power » ou « puissance centrale » pour justifier sa philosophie interventionniste. La Grande-Bretagne est une puissance centrale justement à cause de son empire et des liens nés de cet empire qu'elle conserve à travers le monde, mais aussi à cause de ses liens privilégiés avec l'Europe et avec les États-Unis.

Armé de cette philosophie et de cette terminologie, Blair est parti pour l'Asie. Il a visité le Bangladesh, l'Inde et le Pakistan. Au Bangladesh sa visite a déclenché des émeutes de protestation. Beaucoup de gens dans ce pays musulman sont férocement contre l'intervention de la coalition organisée par les États-Unis en Afghanistan. En Inde, un ministre mécontent l'a rabroué publiquement. « On dit que vous êtes venu pour nous calmer, a dit Pramod Mahajan, mais nous sommes restés calmes pendant 50 ans sans votre aide ».

Au Pakistan ses efforts ont connu un succès limité. Le président Pervez Musharraf, lors d'une conférence de presse avec Blair, a déclaré qu'il était contre le terrorisme, sous toutes ses formes. C'était là une forme de code diplomatique qui condamnait indirectement les attaques par des extrémistes pakistanais au Cachemire et en Inde.

Après les complications diplomatiques, un coup de théâtre. Blair a atterri à l'aéroport de Bagram, à l'extérieur de Kaboul, à minuit, afin de rencontrer le nouveau premier ministre afghan, Hamid Karzaï. Entourés de soldats, les deux hommes ont échangé quelques phrases. Karzaï a invité Blair à voir la capitale, sous la protection de ses hommes. Blair a répondu qu'il n'avait pas le temps. Cinquante-cinq minutes plus tard, son avion redécollait pour le ramener en Grande-Bretagne. Ce fut une visite sans contenu aucun mais Blair avait atteint son but: devenir le premier dirigeant occidental à fouler le sol de l'Afghanistan libéré.

Malgré les maigres résultats de ce voyage et les commentaires acerbes dans son pays, Blair n'est pas découragé. Au cours des semaines à venir, il compte entreprendre un autre grand voyage, cette fois-ci en Afrique. Pour le chef de cette puissance centrale qu'est la Grande-Bretagne, le travail pour sauver le monde ne fait que commencer.

 

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