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:: Don Murray ::
Londres : la fin d'un mythe

Dans l’esprit de beaucoup de citoyens de cette île qu’est la Grande-Bretagne, la campagne anglaise jouit d’un statut mythique. Des poètes ont chanté sa beauté et ses gloires. Pendant des décennies, l’élite politique et aristocratique quittait Londres chaque week-end pour ses domaines ruraux afin de contempler le paysage et de s’adonner à la chasse.

Mais aujourd’hui, la campagne anglaise n’a plus rien de beau ni rien de mythique. Elle ressemble plutôt à un territoire assiégé. À l’horizon, on peut voir la fumée qui monte des bûchers où brûlent des dizaines de milliers de carcasses d’animaux. Des milliers d’agriculteurs sont devenus prisonniers sur leur propre ferme.

Voir tous ses animaux abattus sous ses yeux est une expérience cruelle. « C’est un deuil, s’est lamentée Jo Jones, une agricultrice du pays de Galles qui était présente lorsque des vétérinaires ont tué ses 140 vaches et ses 60 veaux. C’est une des expériences les plus terrifiantes et les plus déprimantes de ma vie.  »

La crise provoque aussi la colère. Des agriculteurs isolés, qui voient leur bétail et leur mode de vie détruits, cherchent quelqu’un à qui s’en prendre. Des journalistes qui filment de loin (parce qu’une ferme où l’on découvre la fièvre aphteuse est immédiatement condamnée) peuvent devenir ce quelqu’un. Un jour que nous étions en tournage dans le comté d’Essex, au nord-est de Londres, à l'entrée d’une ferme où on brûlait des carcasses d’animaux infectés, un des hommes qui participaient à cette tâche s’est approché et a commencé à nous engueuler. Furieux, il nous a reproché de contribuer à la progression de l’épidémie (la maladie peut être transportée sur des vêtements ou même par le vent, sur plusieurs kilomètres). En fait, nous étions à l’extérieur de la zone d’exclusion décrétée par le ministère de l’Agriculture, mais sa colère était compréhensible.

D’autres préfèrent viser le gouvernement britannique. Il est vrai que Londres répète inlassablement que la situation est « sous contrôle » alors que, chaque jour, le nombre de nouveaux cas confirmés grimpe de 15, 20, voire 25. Le ministère de l’Agriculture est débordé. Conséquence : de nombreux agriculteurs qui ont vu leurs bêtes se faire abattre plusieurs jours auparavant doivent vivre avec les carcasses qui pourrissent, faute d’équipes pour les brûler et les enterrer.

La crise de la fièvre aphteuse touche maintenant l’Europe tout entière, mais c’est en Grande-Bretagne que son impact est le plus tragique. L’agriculture britannique se relevait à peine de sa dernière crise, celle de la vache folle, qui a éclaté en 1996. Pour tenter d’éliminer cette maladie, qui a déjà causé la mort d’une centaine de personnes, le gouvernement a décrété l’abattage de tous les bovins âgés de plus de 30 mois. Résultat : entre 1996 et 1999, on a abattu plus de trois millions de bêtes, une opération qui a coûté 10 milliards de dollars! Malgré ces chiffres effarants, beaucoup d’agriculteurs croient que la crise de la fièvre aphteuse est encore plus grave. Et, en plus, elle frappe une industrie déjà à genoux.

Lorsque j’ai parlé à Tony Evans, fermier depuis 42 ans dans le comté d’Essex, il a évoqué la fin de la ferme familiale en Grande- Bretagne. Comme c’est le cas de la plupart des fermiers de sa région, sa ferme a été mise en quarantaine. Il faut qu’il nourrisse ses animaux, sans pouvoir les vendre à l’abattoir. « J’ai pensé vendre ma ferme il y a cinq ans, dit-il, mais je n’en ai pas eu le courage. Maintenant, je ne peux pas. À cause de la crise, ma ferme ne vaut pratiquement plus rien.  »

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