D'une attitude arrogante, l'équipe Bush devra passer en mode «humilité». Mais en est-elle capable?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

George Bush voulait faire de cette guerre en Irak son cheval de bataille électoral et voilà qu'il est en train de se retourner contre lui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


:: Christine St-Pierre ::
    Le bourbier

Cinq mois et demi. Il reste à George Bush cinq petits mois et demi pour refaire son image. Empêtré dans le scandale des photos de prisonniers irakiens, qui prend chaque jour plus d'ampleur, il se retrouve au plus bas de tout son mandat dans les sondages, au coude à coude avec son adversaire démocrate John Kerry. Jamais, soulignent les analystes, un président en quête d'un deuxième mandat n'a pu être réélu avec des sondages aussi bas à ce stade-ci de la campagne. Pour George W. Bush, l'heure de vérité approche.

Washington, le 20 mai 2004 - La journée était magnifique : un samedi matin frais, ensoleillé, les arbres en fleurs, bref un printemps de rêve. Nous avions rendez-vous à trois quarts d'heure de la capitale, une petite ville de banlieue du Maryland baptisée Bowie. Le quartier est coquet, avec des rubans jaunes accrochés aux arbres. Ces rubans que les familles accrochent pour souhaiter la bienvenue aux militaires qui rentrent au pays.

Nous avons rendez-vous avec Wolanda. Une femme charmante, accueillante. Son frère Jason ne reviendra jamais, il est mort à Tikrit, au nord de Bagdad.

- Comment voyez-vous la guerre?

- Avant la mort de mon frère, je n'avais pas conscience de ce que cette guerre signifiait. J'étais en accord avec ce que Bush disait. Aujourd'hui, je vois les choses différemment. Bush doit ramener ces gars et ces filles.

Ce sentiment est maintenant partagé par 57 % des Américains. George Bush voulait faire de cette guerre en Irak son cheval de bataille électoral et voilà qu'il est en train de se retourner contre lui. À la fin avril, près de 750 hommes et femmes avaient perdu la vie en Irak. La résistance atteint des proportions auxquelles les Américains ne s'attendaient pas. Ces jeunes hommes et jeunes femmes qui sont morts en Irak au nom des idéaux de cette Amérique voient maintenant leurs cercueils recouverts du drapeau de la honte. Pourtant, souvenez-vous, quelques jours avant le déclenchement de cette guerre, le vice-président Dick Cheney qui disait sur les ondes : «Nous serons accueillis avec des fleurs.»

Panique à la Maison-Blanche

Et voilà ce scandale de prisonniers irakiens maltraités. Un scandale qui gonfle de jour en jour. Un vent de panique s'est emparé de la Maison-Blanche. Excuses, entrevues du président à la télé arabe, témoignage de son secrétaire à la Défense devant le Sénat. Les dommages sont catastrophiques en terme de relations internationales. Comment l'administration Bush va-t-elle sortir de ce bourbier? Les stratèges cherchent la réponse. Les grands journaux réclament beaucoup plus que des punitions infligées à de simples soldats. Qui était en charge? Qui donnait les ordres? Jamais depuis le début de son mandat l'administration Bush n'a été plongée dans une telle tourmente.

La semaine dernière, George Bush inaugurait sa caravane de campagne. Le slogan «Yes America can» semble bien mal choisi. La convention qui doit se tenir à New York quelques jours avant l'anniversaire du 11 septembre semble être aussi un bien mauvais choix.

Bush survivra-t-il? Les républicains inondent de messages publicitaires les États où ils peuvent faire des gains (swing states). Une campagne de 60 millions de dollars. Le candidat démocrate John Kerry a répliqué avec une campagne de 27 millions.

Trop intellectuel, Kerry?

Kerry profite du dernier scandale et vient de prendre l'avance dans les sondages. Mais pourra-t-il battre la puissante machine républicaine? «Si Kerry est élu, c'est que les gens auront voté contre Bush et non pas pour Kerry, me dit Herman Cohen, ancien ambassadeur des États-Unis à Paris. Kerry a un problème d'image, il est perçu comme un peu trop intellectuel, pas suffisamment près des gens ordinaires». Une carte que les républicains jouent d'ailleurs à fond.


N'empêche que Bush est dans une très mauvaise position, à cinq mois et demi des élections. C'est clair : son administration doit se tourner vers la communauté internationale. Le Sommet du G-8, dont les États-Unis sont les hôtes en juin, sera une occasion pour rebâtir les liens. D'une attitude arrogante, l'équipe Bush devra passer en mode «humilité». Mais en est-elle capable? Elle n'a pas le choix : elle doit trouver le moyen de sortir d'Irak. La transition des pouvoirs est prévue pour le 30 juin.

George Bush voulait faire de la guerre en Irak son principal argument de campagne. Aujourd'hui, il se retrouve plutôt dans la position d'un commandant en chef la tête rentrée dans les épaules. Le bourbier irakien est en train de se transformer pour lui en véritable bourbier politique.

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