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Carnet Sophie Langlois

1 décembre 2010

RDC : Quand la diplomatie sauve des vies


La scène est surréaliste. La salle d'audience de la prison de Goma est pleine à craquer. En avant de la salle, quatre juges congolais, toges noires et collets blancs, sont assis à une table en bois. Une douzaine d'avocats, aussi en toges, leur font face debout. Derrière les procureurs, une dizaine de rangées de bancs d'églises où s'entassent une centaine de prévenus et... leurs victimes.  
 
Élizabeth et Imelda, deux jeunes mamans qui ont été sauvagement violées, sont venues de leur village pour témoigner contre leurs présumés agresseurs, deux jeunes hommes assis... à côté d'elles. 
 
À travers les fenêtres grillagées de la salle, on aperçoit, en bas, la cour intérieure de la prison qui semble s'être transformée en marché. Des centaines de prisonniers déambulent entre les étales qui offrent toutes sortes de marchandises. Des sandales en plastique aux beignets tout chauds. On voit les gens négocier, on les entend parler, crier, chanter. La musique cacophonique qui provient de radios et de tam-tam couvre parfois les plaidoyers des avocats.  
 
Cette image bon enfant de la prison de Goma cache une réalité qu'on ne veut surtout pas montrer. Filmer dans une prison est illégal au Nord-Kivu. C'est pourquoi vous lisez cette histoire au lieu de la voir.  
 
À l'intérieur de la prison, les femmes, parfois détenues avec leurs enfants, partagent le même espace que les hommes. En plus de dormir sur un sol froid, sans couverture - comme tous les prisonniers -, elles n'ont pas de cellules fermées pour les protéger des agressions. Les femmes qui accouchent à l'intérieur doivent élever leur bébé dans des conditions de vie qu'on n'imposerait pas aux animaux.  
 
Plusieurs femmes sont accusées de voies de fait ou de meurtre non prémédité contre leur agresseur (parfois leur propre mari). D'autres sont accusées d'avoir tenté d'avorter d'un foetus engendré dans la violence, l'avortement étant illégal en République démocratique du Congo.  
 
La majorité de ces femmes sont en prison en attente de leur procès. Une attente qui peut durer des années, car la justice congolaise est une des plus inefficaces au monde. Des années pendant lesquelles ces femmes, qui sont d'abord des victimes, sont emprisonnées avec leurs agresseurs ou d'autres violeurs potentiels. Sans protection.  
 
La prison, d'une capacité de 150 détenus, en abrite actuellement 1044, dont 16 femmes. Seulement cinq gardiens assurent la surveillance, trois à l'intérieur, deux à l'extérieur, en principe. Mais les gardiens trouvent la prison tellement dangereuse qu'ils restent presque toujours à l'extérieur des murs.  
 
En avril dernier, Michaëlle Jean était en visite officielle ici en tant que gouverneure générale du Canada. Quand un avocat militaire canadien lui a raconté, lors d'un gala officiel, ce qu'il avait vu dans la prison de Goma, elle a tout de suite sollicité une rencontre avec le gouverneur de la province pour lui demander de faire libérer les femmes en attente de procès.  
 
La diplomatie canadienne s'est d'abord opposée à l'intervention, craignant de froisser les autorités congolaises en ayant l'air d'intervenir dans les affaires intérieures du pays. Mais la gouverneure générale a insisté. Et c'est finalement à titre personnel qu'elle et l'avocat militaire canadien sont intervenus. Dans les semaines qui ont suivi, une douzaine de femmes ont été libérées, avec leurs enfants, de la prison de Goma.  
 
Comme quoi il ne faut jamais sous-estimer l'influence de ces visites officielles, qui ont souvent l'air de coûter cher pour rien. Cette intervention, restée secrète pour des raisons diplomatiques, a sauvé des vies. 
 
Les visites de Michaëlle Jean en RDC et ailleurs en Afrique ont laissé des traces. On entend beaucoup dire ici que si bien des pays africains ont voté contre le Canada, dans sa lutte pour un siège au Conseil de sécurité de l'ONU, ce n'est pas seulement à cause du désengagement du Canada en Afrique. Ce serait aussi parce que les Africains n'ont pas été heureux de voir le gouvernement de Stephen Harper déloger « sans ménagement » cette femme noire de son poste de chef d'État.  
 
Un reportage sur la bataille d'Élizabeth et d'Imelda devant les tribunaux sera diffusé bientôt au Téléjournal de 22 h. D'ici là, vous pouvez écouter mon reportage sur la problématique du viol en RDC, un reportage diffusé le 25 novembre dernier.


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« International »

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Écrivez-moi à : carnets@radio-canada.ca
Sophie Langlois commence à Radio-Canada en 1993 comme reporter à la radio, à Québec. Elle devient ensuite journaliste pour l'émission Enjeux. Puis elle se consacre aux enquêtes économiques pour le service des nouvelles de la télévision, à Montréal. Pendant cette période, elle lève le voile sur le scandale de Cinar, une enquête qui lui a valu le prix Judith-Jasmin en 2000.  
 
Correspondante parlementaire à l'Assemblée nationale pendant plus de cinq ans (de 2000 à 2005), elle couvre aussi les suites du terrible tsunami en Indonésie et la grippe aviaire au Vietnam.  
 
Elle devient correspondante à Washington en 2006, où elle rend compte notamment de la spectaculaire chute de popularité de George W. Bush.  
 
Depuis août 2007, Sophie Langlois est la correspondante de Radio-Canada en Afrique. Basée à Dakar, au Sénégal, elle nous fait découvrir non seulement les conflits qui ravagent le continent noir, mais aussi le quotidien de 800 millions d'Africains, leur courage, leur dignité et leur sourire.

2 décembre 2010

incroyable , tous simplement

julien chartre, montreal

2 décembre 2010

Voilà qui est intéressant ! Cela suscite en moi un champ de réflexion. Dans certaines circonstances comme celles-ci, on voit pertinemment que seule une femme pouvait accomplir avec succès une telle intercession. Même un homme animé par la meilleure volonté n’y serait pas arrivé. Si l’entremise généreuse de Michaëlle Jean a permis de débloquer une situation désastreuse. Ce que vous nous relatez là montre qu’aussi louable que soit l’office, c’est une larme dans cet océan de désolation.  
 
J’ai vu votre reportage sur l’état des congolaises violées. C’est le vrai côté de la guerre. 
 
Je conjecture qu’il faudra de nombreux efforts diplomatiques, tous sexes confondus pour parvenir à un règlement pacifique et honorable de ce conflit qui n’a que trop duré. En attendant (l’attente dans ce cas est-elle tolérable ?), ce sont de belles personnes qui souffrent et souffriront ; qui porteront sans doute leur vie durant ces stigmates qui marquent le corps et l’esprit par l’imposition de l’incompréhension humaine, l’inconscience et la cruauté des uns et peut-être aussi en la circonstance notre propre commisération par cette inertie qui nous pousse à ne dire mot et à laisser faire. 
 
Merci pour ce Carnet qui présente la chose avec tact et de bonne façon.

Serge Drouginsky, Longueuil

2 décembre 2010

Merci pour cet article. On doit savoir les violences faites aux femmes dans ce pays.  
 
J'ai recueilli des témoignages des femmes congolaises lorsque j'ai assisté, cet été, à une formation sur le leadership des femmes à Kinshasa et à Matadi. Une mission réalisée par la CSQ et financée par l'ACDI.  
Je vous lis et je me replonge dans cet espace temps où j'ai compris comment les violences et la pauvreté extrême côtoient le courage, la dignité et l'espoir, Des femmes fières malgré un quotidien si difficile: les visages de la RDC. Ces femmes qui donnent sens au mot solidarité.  
Elles vivent des violences et pire encore, elles voient leurs agresseurs ne pas être punis. L'impunité, une autre violence dont sont victimes les congolaises. 
 
Nous avons besoin de femmes de courage et des journalistes comme vous pour briser le silence.

Chantal Locat, Québec

1 décembre 2010

Et si le mandat de la gouverneure générale n'a pas été renouvelé c'est peut-être parce qu'elle dérangeait... TROP ENGAGÉE, pas assez à droite. En politique étrangère le Canada n'est plus le défenseur des droits de la personne.

Claire Du Sablon, Baie-Comeau, Québec

1 décembre 2010

Dans tout ce qui s'écrit ou que l'on voit sur les souffrances endurées par les femmes et les enfants, il n'y a qu'une seule solution, « Les femmes ne doivent plus hésiter pour prendre le pouvoir là où c'est possible ». C'est impossible que les femmes fassent pire que les hommes. Dans les pays Scandinaves, il y a eu de grands progrès sociaux, économiques et politiques, depuis que les hommes ont décidées d'accéder à plus de pouvoir. Faites-vous confiance et si vous faites des erreurs, ce n'est pas grave. Il y a pire que l'erreur, c'est de ne pas avoir essayé...

André Mainguy, Longueuil

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