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Carnet Sophie Langlois

3 octobre 2008

Accommodement raisonnable à l'africaine


Ils dorment n'importe où, n'importe quand, n'importe comment. Durant les derniers jours du ramadan, Dakar prend les allures d'un vaste dortoir à ciel ouvert. 
 
Les hommes, affaiblis par quatre semaines de jeûne, s'endorment partout. Et personne ne songe à les réveiller. En fait, on les envie un peu. Il fait tellement chaud, même ceux qui mangent dorment debout.  
 
La tolérance religieuse 
 
Au Sénégal, qui compte 95 % de musulmans, la religion est partout. Mais, étrangement, on voit beaucoup moins de femmes voilées à Dakar qu'à Montréal ou à Toronto.  
 
Quand j'essaie de comprendre pourquoi, la réponse est toujours la même: dans ce pays, me dit-on, la tolérance religieuse est un mode de vie. Les Sénégalais pratiquaient l'accommodement raisonnable avant même que le concept soit inventé.  
 
Mardi soir, des dizaines de millions de musulmans dans le monde ont scruté le ciel avec fébrilité dans l'espoir de voir le croissant de lune qui met fin à leur supplice et donne le signal de la fête.  
 
Prière 
 
Au Sénégal, la religion se vit intensément et bruyamment. À ne pas confondre avec « intégralement ». Il y a plus de mosquées que de boulangeries et encore plus de marabouts — ces maîtres coraniques qui « animent » la vie spirituelle des fidèles avec des nuits de prières qui « éveillent » tout le quartier. 
 
Politique et religion 
 
La religion est aussi omniprésente en politique. Les chefs des confréries musulmanes ont autant d'influence sur le gouvernement que les évêques en avaient au Québec avant la Révolution tranquille.  
 
Ce qui étonne, c'est que le point de vue des leaders catholiques – moins de 5 % de la population – est presque aussi sollicité que celui des musulmans. Dernièrement, le cardinal Adrien Sarr a proposé sa médiation dans le conflit qui fait rage entre le gouvernement et les médias du pays, depuis que des policiers ont agressé deux journalistes.  
 
Il faut dire que les catholiques ont l'oreille de la présidence depuis longtemps. Le premier président du Sénégal indépendant, Léopold Sédar Senghor, était catholique. L'exemple de la tolérance religieuse est donc venu de haut, et l'héritage du président-poète lui a survécu.  
 
Ses deux successeurs, les musulmans Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, ont des épouses catholiques. Et le président Wade défend toujours bec et ongles la laïcité de l'État, devant les pressions islamistes pour la charia.  
 
Elles préfèrent le boubou 
 
Bien sûr, les intégristes gagnent du terrain, ici aussi. Les mosquées se multiplient et les « rites » de l'islam, historiquement interprétés avec souplesse dans le soufisme sénégalais, deviennent tranquillement des « obligations » sociales.  
 
On me dit par exemple que plus de femmes portent le voile aujourd'hui qu'il y a 10 ans. Mais elles restent très minoritaires. Les musulmanes et les catholiques, même les jeunes, préfèrent encore et de loin le boubou, la robe traditionnelle fabriquée avec de magnifiques tissus colorés, portée aussi par les hommes le vendredi, jour de prière. Le boubou agirait comme un rempart à la « mode » du voile, une tradition plus arabe que musulmane, entend-on ici.  
 
On ne peut pas imaginer au Sénégal un débat sur le droit des femmes de rester voilées pour aller voter. L'idée de l'exiger ou de l'interdire ne traverse même pas les esprits. Ces « accommodements » se font naturellement, depuis la nuit des temps.  
 
Autre exemple de tolérance. Au Sénégal, toutes les fêtes religieuses sont des congés fériés. Étrangement, des dates à peine soulignées dans le Québec catholique, comme la Toussaint et l'Assomption, sont, en terre musulmane, des congés nationaux.  
 
Les cyniques disent que c'est parce que les Sénégalais sont des fêtards. Cela est vrai. Mais si l'amour de la fête crée un pont entre les religions, pourquoi pas? Les plus romantiques disent que cette soif du plaisir partagé avec d'autres croyants a un effet pacifiant... le Sénégal étant un des pays les plus stables d'Afrique.

Vous avez des questions, des remarques ou voulez me suggérer des thèmes que je n'ai pas abordés?

Écrivez-moi à : carnets@radio-canada.ca
Sophie Langlois commence à Radio-Canada en 1993 comme reporter à la radio, à Québec. Elle devient ensuite journaliste pour l'émission Enjeux. Puis elle se consacre aux enquêtes économiques pour le service des nouvelles de la télévision, à Montréal. Pendant cette période, elle lève le voile sur le scandale de Cinar, une enquête qui lui a valu le prix Judith-Jasmin en 2000.  
 
Correspondante parlementaire à l'Assemblée nationale pendant plus de cinq ans (de 2000 à 2005), elle couvre aussi les suites du terrible tsunami en Indonésie et la grippe aviaire au Vietnam.  
 
Elle devient correspondante à Washington en 2006, où elle rend compte notamment de la spectaculaire chute de popularité de George W. Bush.  
 
Depuis août 2007, Sophie Langlois est la correspondante de Radio-Canada en Afrique. Basée à Dakar, au Sénégal, elle nous fait découvrir non seulement les conflits qui ravagent le continent noir, mais aussi le quotidien de 800 millions d'Africains, leur courage, leur dignité et leur sourire.

9 octobre 2008

Les négro=Africains sont très originale dans leur accommodement raisonnable.Pour eux la religion qu'elle soit chrtienne ou musulmane est un pretexte pour exprimer leur culte animiste,vieux depuis la nuit des temps. 
Tout ce qu'ils ont fait avec la colonialisation,c'est de moderniser leur culte animiste.Ils s'en foutent de la trinité ou de Allah,l'important c'est de montrer qu'ils sont vraiment négro-Africains, qu'ils croient à une force qui les habite et les fait vibrer de joie.Pour le reste, ils ne se compliquent pas la vie,à chaque jour suffit sa peine.

Ani Kassabian, Montreal

5 octobre 2008

D'après la description que vous faites de la situation au Sénégal, le terme "respect" me semble être bien plus approprié que l'idée de "tolérance".  
Et c'est là, à mon avis, une erreur de vocabulaire que l'on a pu constater aussi dans le cadre de la commission Bouchard-Taylor sur les accomodements raisonnables. Tout le monde n'avait que ce mot à la bouche, "tolérance". Ne vous semble-t-il pas que tolérer quelque chose ou quelqu'un sous-entend que cela nous agace, mais que l'on fera un effort pour ne pas en faire cas...? À l'opposé, le respect implique un effort pour comprendre la différence de l'autre, de quelque chose que l'on ne connait pas mais que l'on veut consciemment accepter malgré la différence.  
La tolérance, c'est un qualificatif pour les gens qui ne veulent pas faire les efforts que requiert le respect.

Marie-Andrée Lefebvre, Montréal

5 octobre 2008

Avoir l'oeil ouvert, c'est s'efforcer de discerner, dans une situation, l'essentiel de l'accessoire. Étant allé au Sénégal en février dernier, j'ai tâché de gardre l'oeil ouvert... 
 
J'ai découvert là un islam différent de ce que nous rapporte souvent les médias; un islam naif et heureux comme l'était le catholicisme d'ici avant la révolution tranquille. Un islam qui permet à chacun de trouver son intégrité et de s'intégrer à une société... syncrétique, il faut bien le dire. Bref, un islam accommodant que personne au Sénégal ne souhaite rendre intégriste. 
 

Richard Guay, Québec

5 octobre 2008

Efectivement, le terme intégriste ne s'applique pas à l'islam.  
 
En fait, votre billet tombe un peu trop dans les clichés de l'époque coloniale à propos d'un islam "Noir" prétendument tranquille, clichés encore véhiculés par l'élite laique sénégalaise. Dans la réalité, les confréries peuvent être tout-à-fait orthodoxes, c'est ainsi qu'elles se considèrent. Elles peuvent également être dangereuses, comme en témoignent les agressions régulièrement perpétrées par les Baye Fall, de la confrérie mouride. 
 
Ces confréries étaient d'ailleurs aux premiers rangs des mouvements pour l'instauration d'un code civil islamique en 2002-2003, auquel le président Wade avait tardé à s'opposer. Le président est l'un des principaux responsables de la présence de la religion en politique, lui qui, à son élection en 2000, avait instauré l'obligation de prêter sermet sur le Coran et s'était rendu à Touba s'agenouiller devant le leader de la confrérie mouride. Il avait également jonglé avec l'idée de supprimer la laicité de l'État avant de se raviser devant les protestations.  
 
Prière d'éviter les pièges d'un jugement trop hâtif sur le Sénégal et sur l'islam.

Louis Audet Gosselin, Montréal

4 octobre 2008

Merci pour votre présence en terre d'afrique. Votre reportage du 3 octobre est très inspirant 
 
Au plaisir

Guy Leclerc, Québec

4 octobre 2008

Merci pour cette article où la tolérance est à l'honneur. 
 
Comme quoi dans un pays où l'islam est la religion majoritaire, la paix sociale et le respect de la diversité prédomine, ce qui démenti bien des craintes évoquées naguère lors de fameux forums...(dont il ne reste que peu de choses). 
 
Enfin, pourrions-nous cesser d'appeler tout et n'importe quoi intégriste? Ce terme vient de la tradition chrétienne et ne s'applique pas à l'islam qui n'a pas de clergé. Aussi, ce n'est pas parce que certaines personnes ravivent les préceptes fondateurs de l'islam et font le tri entre ce qui fait vraiment partie de la religion versus ce qui est une pratique culturelle qu'il faut les taxés d'intégristes, d'islamistes ( tout en sous-entendant extrémistes). Témoigner de sa religion est différent d'imposer sa religion aux autres...une nuance que trop souvent les gens oublient.

Geneviève Lepage, Montréal

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