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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL


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Cet espace de dialogue, de réflexion et de débat d'idées est aussi le vôtre. Nos carnetiers sont là, non pour mettre de l'avant leurs opinions, mais pour lancer une discussion et vous permettre de vous exprimer sur les événements marquants qui surviennent ici ou ailleurs dans le monde. Nous lisons tous les commentaires reçus, mais nous modérons chacun des carnets pour ne retenir que les commentaires les plus pertinents selon les sujets abordés. Seules les interventions signées et faites dans le respect d'autrui sont retenues. Pour en savoir plus, lisez
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Carnet Yanick Villedieu

7 février 2008

Lettre à un enfant qui vient de naître


Mon cher tout-petit, 
 
Tu es né hier à 16 h 53, en parfaite santé, à Montréal, par une journée d'hiver bien froide. Tu pesais un peu plus de trois kilos. Ta maman t'a mis au monde comme si elle avait toujours fait ça. Ton papa t'a accueilli dans le monde en te prenant dans ses mains, les premières qui t'aient touché. Tous les trois, mercredi soir, quand je vous ai quittés, vous étiez l'incarnation du bonheur. 
 
Au moment où je t'écris, tu n'as pas encore un jour. Et pourtant, je pense à ce que tu seras et au monde dans lequel tu vivras quand tu auras 5 ans, 10 ans, 29, 45, 61 ans et même plus — il est probable que tu voies le 22e siècle! 
 
Inquiétudes 
 
Tu ouvres les yeux sur un monde merveilleux, c'est vrai. Et qui n'a pas fini de t'émerveiller, j'en suis sûr et j'envie tous les émerveillements que tu ressentiras. 
 
Mais ce monde, tu le découvriras petit à petit, ne va quand même pas très bien. Malgré ses richesses et ses progrès, l'humanité est loin de vivre en paix. On se demande même si elle ne va pas vers plus de conflits, plus de guerres, plus de violences, plus de rivalités entre les peuples, entre les groupes sociaux, entre les personnes. 
 
Elle est aussi en train d'abîmer sa planète comme jamais, au point de dérégler la fantastique machine thermodynamique du climat. Quand tu auras l'âge de celui qui t'écrit, il n'y aura peut-être plus d'ours polaires dans le Grand Nord, plus de bélugas dans le Saint-Laurent, plus de gibbons à Bornéo. Peut-être plus de Grand Nord même, plus de fleuves en santé, plus de forêts tropicales. Ne dit-on pas que nous serions en train de vivre la sixième grande extinction de l'histoire de la vie sur Terre — la cinquième, c'est celle qui est venue à bout des dinosaures, il y a 65 millions d'années? 
 
Tu vivras aussi ce qu'on commence à deviner: le bouleversement de notre conception de ce que sont les êtres vivants, nous en tête. La génétique et les neurosciences, pour ne citer qu'elles, vont chercher non plus à décrire et à expliquer la vie, mais à la modifier, à la manipuler, à la remodeler. Pour le meilleur ou pour le pire, c'est ce que tu verras. Certains ne parlent-ils pas déjà de posthumanité? 
 
Espoirs 
 
Mais si réaliste et pessimiste soit-on, on ne doit jamais céder au découragement et à sa forme extrême, le désespoir. L'espoir, c'est ce qui nous fait humains. Je suis sûr, rien qu'à voir la petite boule d'énergie qui a commencé de respirer à l'air libre hier après-midi, que tu voudras tout faire pour vivre dans un monde toujours plus beau, plus juste, plus libre, plus heureux. Dans un monde plus vivable, tout simplement. 
 
Tu vas grandir. Apprendre à parler, à lire et à écrire, à compter, à faire de la musique, à nager. Tu vas apprendre des langues et les mathématiques, lire les poètes et les journaux, faire de la biologie ou de l'astrophysique. Avoir des amis, des blondes, des compagnons, des collègues. Tu vas aussi apprendre à te battre pour que changent les choses, les gens, le monde. Pour sauver ta planète, peut-être. Peut-être que tu feras des manifs ou de la politique.  
 
Grâce à toi et à tous les autres enfants qui viennent au monde dans ce monde merveilleux et troublé, notre espèce, Homo sapiens, aura peut-être assez de force et d'imagination pour rester sapiens. Et ne pas devenir complètement demens. Comme tu comprendras sans doute un peu de latin, tu sauras que sapiens veut dire sage, et que demens signifie fou. 
 
Je t'embrasse de tout coeur, 
 
Ton grand-père

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Écrivez-moi à : carnets@radio-canada.ca

Après ses études à l'École supérieure de journalisme de Lille, en France, et quelques années de journalisme général, Yanick Villedieu a commencé à faire du journalisme scientifique et médical au milieu des années 70. Au magazine Québec Science notamment, puis, pendant deux ans, à la télévision de Radio-Canada, à l'émission Science-Réalité.

 
 

Depuis 1982, il a animé à la radio de Radio-Canada l'émission Aujourd'hui la science, devenu Les années lumière. Il collabore également au magazine L'actualité.

Les champs d'intérêt principaux de Yanick Villedieu sont la médecine et la biologie - deux des domaines les plus fascinants et les plus actifs de la science contemporaine -, notamment ces grandes questions de l'heure que sont le cerveau, le cancer, le sida, la génétique fondamentale et appliquée...

Il a publié quatre livres: Demain la santé (Québec-Science Éditeur, 1976), Le Québec sur le pouce (Éditeur officiel du Québec, 1978 et 1984), La Médecine en observation (Les Éditions du Boréal, 1991) et Un jour la santé (Les Éditions du Boréal, 2002).

20 mars 2008

Très cher Mali 
 
Tu apprendras très vite que ton nom est aussi celui d'un pays sur un magnifique continent. Ne te surprends pas toutefois si les gens ne savent pas de quoi tu parles. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle le continent oublié. Tu entendras toutes sortes d'histoires au sujet de l'Afrique. Plusieurs sont vraies. Beaucoup sont exagérées et nombre d'entre elles datent d'une certaine époque et n'ont pas évolué avec elle. L'Afrique a de gros problèmes, certes, mais on ne parle presque jamais de ses richesses, de ses beautés, de ses merveilles. Dans ton pays éponyme par exemple, il y a une ville fondée par les nomades touaregs au XIe siècle qui s'appelle Tombouctou. Petite, je croyais que c'était un lieu mystérieux et imaginaire, puisqu'on employait ce mot pour exprimer quelque chose situé à l'autre bout du monde, une autre planète peut-être, mais loin, inatteignable. Ce n'est que plus tard que j'ai découvert que c'était une ville du Mali, au nord-ouest de la grande boucle du fleuve Niger, au sud du désert du Sahara. Au XVIe siècle, la ville était le centre commercial et intellectuel de l'Afrique où différents peuples et religions se côtoyaient pacifiquement. Elle comptait trois universités, 180 écoles coraniques et des milliers de manuscrits. On disait à l'époque que " le sel vient du Nord, l'or du Sud et l'argent du pays des blancs, mais la parole de Dieu, les choses savantes, les histoires et les contes jolis on ne les trouve qu'à Tombouctou". Au XXe siècle, des dizaines de milliers de manuscrits ont été déterrés du sable et des cavernes, enfouis là par les Maliens, pour éviter qu'on les vole et qu'ils se retrouvent dans des collections nationales prestigieuses de l'Europe, entre autres par les Marocains qui ont quasi détruit la ville et ses bibliothèques en 1500 et par la France qui a colonisé le pays et «volé» beaucoup de ces précieux écrits. Pendant longtemps, on a cru, et professé, que l'histoire écrite de l'Afrique n'avait commencé qu'avec l'arrivée des Européens, que les Africains ne conservaient leur histoire qu'oralement. Or, ces manuscrits prouvent le contraire. Le plus vieux manuscrit date de 1204.  
 
Les experts disent que ces manuscrits, écrits en caractères arabes (même les langues africaines), sont les plus anciens à avoir survécu en Afrique subsaharienne. Certains sont en hébreu, après le passage des commerçants juifs dans la région à la recherche de l'or. Ils traitent d'astrologie, de mathématiques, de science, de médecine, d'économie et il y a même des livres d'instructions pour jouer de la guitare andalouse. Et imagine-toi qu'on a trouvé des manuscrits dont le contenu traite de nos problèmes d'aujourd'hui! Par exemple, il dispose d'écrits sur le règlement des conflits, l'environnement et la pharmacopée. En cette ère de guerres religieuses, de destruction de l'environnement et de course aux médicaments et cures de toutes sortes, Tombouctou n'est plus un lieu à imaginer, mais un but à atteindre.  
Ton grand-papa a mis les pieds sur le continent oublié et t'en parlera, j'en suis certaine. Il te dira sûrement que l'être humain vient d'ici et qu'un jour, espérons-le, l'Homo Sapiens y reviendra pour y puiser ce que le monde est en train de perdre: son humanité. Et c'est ce que je te souhaite, cher petit, une vie riche en humanité. C'est pourtant tout ce qu'il faut pour guérir les maux de cette sacrée planète. 
 
Lucie qui t'écrit du bout de ce magnifique continent.

Lucie Pagé, Afrique du Sud

20 mars 2008

Monsieur Villedieu, j' ai lu votre lettre très touchante " à un enfant qui vient de naître " une meirveilleuse occation qu' est la néssance de votre petit enfant! 
Pour moi la néssance d' un enfant est toujour simbole de la continuitée de la vie et de notre espèce humaine, mais surtout de l' espoire humain, de notre amour inçi que de nos bon côtés! 
 
Je souette pour cette enfant de ne jamais pèrdre èspoir et de ne jamais céssé d' être curieus, voulant toujour aprendre, comprendre, sans jamais perdre courage devant la grandeur de notre ignorance et sans jamais avoir peur de l' inconue! 
Peut être qu' un nouveaut Socratte, Einstein ou Pascal est en train de se métamorphosée, ou un artiste, ou mème un agriculteur. Quoi que cet enfant finira de faire, qu' il le fasse avec amour, passion, sagèsse et curiositée. Tout en sachant resté modeste et généreus, mème indulgent enver ses confrêres et notre univer dans lequel nous avons le priviège d' éxisté! 
Cet enfant a deja la chance d' avoir un grand père en vous Monsieur Villedieu, qui lui ouvrira les yeux au merveilles de se monde. 
Je souette à cet enfant inçi que à ses parents, ses grand parents, sa famille entiere et ses amis a venir, le meilleur du monde et une longue, heureuse vie renplis de decouvertes et savoir! 
 
Sincerement et amicalement, de Soka au Japon

Uwe Paschen, Japon

13 février 2008

Quel réconfortant message d'espoir que je partagerai avec ma petite-fille, en insistant sur cette incitation à « ne jamais céder au découragement et à sa forme extrême, le désespoir »... parce que, comme le faisait dire à Comenius le romancier Jean Bédard: « le désespoir est incompatible avec la démocratie car il engendre le désengagement » 

Alors aussi longtemps que nos petits-enfants pourront encore faire des manifs ou de la politique, du journalisme ou de l'enseignement, ou choisir toute autre forme d'engagement, nous pourrons aussi garder espoir. 
 
Meilleurs voeux aux parents et salutations cordiales aux grands-parents.

Daniel Choquette, Montréal

12 février 2008

Félicitations pour ton texte. 
 
Quand ça va moins bien, on lève les yeux un peu plus haut, c'est ce qu'on appelle garder l'espoir. 
 
Entre deux grands-pères.

Jean-Claude Côté, Grande-Vallée

11 février 2008

Cher Mali,  
 
Ton grand-père a bien raison, mais le monde dans lequel nous sommes nés (lui et moi et plein d'autres personnes) n'était guère plus enthousiasmant à l'époque. Alors ne t'en fait pas trop et profite bien de ta toute nouvelle vie. D'autant que tu as bien de la chance d'avoir la maman que tu as! 
 
Je t'embrasse  
 
Alain

Alain Prujiner, St-Nicolas

9 février 2008

Mon cher petit-fils Mali, 
 
Je ne peux rien ajouter à ce qui a été écrit par ton grand-papa Yanick. Je veux tout simplement te dire que je t'aime de tout mon coeur et que je serai toujours présente pour toi. Mes félicitations aux parents Anaïs et Frédérick. 
 
Ta grand-maman Nicole

Nicole McKenzie, Sainte-Marthe-sur-le-Lac

9 février 2008

Bravo pour la belle réflexion sur la vie que vous adressez à votre petit-fils. Mais vous savez, l'espoir vient de la vie et le fait que vos enfants ont choisi de se perpétuer c'est aussi l'espoir. Que vous acceptiez avec autant de tendresse cette nouvelle vie, c'est aussi l'espoir. Mes petits-enfants habitent loin de moi mais il nourrissent en moi l'espoir que grâce à leur contribution et à celle de leur congénères le monde deviendra meilleur. Tant qu'il y aura des hommes et des femmes pour corriger les bêtises de leur prédécesseurs qui, soit dit en passant, ont fait de leur mieux, tous les espoirs sont permis.

Carmen St-Jacques Larivière, Pierreville

8 février 2008

Étant une grand-mère de trois adorables petits-enfants, je vous admire et vous félicite pour cette belle initiative.  
 
Votre petit-fils vous sera éternellement reconnaissant de lui avoir écrit la toute première lettre qui lui est destinée. Et quelle lettre, remplie de bon sens, de sagesse et d'amour! 
 
Il ne nous reste plus qu'à espérer que le monde dans lequel nos petitis-enfants vivront sera encore « vivable ». Je demeure toutefois confiante et je suis certaine que nos petits bouts de chou sauront se battre, comme nous l'avons fait, pour s'assurer un monde plus beau, plus libre où il fait bon vivre. 
 
En espérant que votre petit-fils sera aussi sage que son grand-père, je vous prie d'accepter, encore une fois, mes sincères félicitations.

Antoinette Lavigne, Gatineau

8 février 2008

Félicitation pour le nouveau petit-fils en santé qui vient de vous faire grand-papa. 
Félicitation pour le texte que vous lui avez écrit. Plus tard, quand il sera un homme, il pourra dire qu'il a reçu l'héritage de son grand-père, à sa naissance. 
Une autre vie commence pour vous et votre famille, profitez-en.

Yvette Bacellar, Brasil

8 février 2008

Quelle semaine pour un grand-père qui célèbre aussi son (qu'importe...) anniversaire de naissance! Mes félicitations s'accompagnent du souhait profond que l'avenir soit bon, doux et ensoleillé pour le poupon, sa maman et son papa.

Raymond Rouleau, Montréal

8 février 2008

Salut Fiston, 
 
Ne te laisse pas berner et embarrasser par toutes ces coquettes sensibilités. Informes toi trop pour t'informer assez et tire-en profit!

Denis Boivin, Montréal

8 février 2008

Apparemment, tu viens de découvrir la joie d'être "grand-papa"!! 
Bravo et bisous à ce magnifique bébé!!

Michèle Stocchino, France

8 février 2008

Monsieur Villedieu, 
merci pour ce si beau texte rempli de vérités, belles et moins belles. Merci de croire et de nous faire encore croire en l'avenir malgré le portrait si peu reluisant qu'il projette. 
Lire cette lettre a été un baume de fraîcheur. Puisse votre petit-fils être un jour fier de ce cadeau que vous lui faite.

Elaine Maltais, Quito

8 février 2008

En vous lisant j'étais certaine que vous étiez un être humain mature. 
Je suis grand-maman et l'amour que je ressens pour mes petites filles (3) me redonne confiance en la vie.Les enfants ,aujord'hui ,naissent dans une période de troubles assez stressante.Les parents ont la responsabilité d, élever leurs enfants en les informant des problêmes inhérants â notre planète. 
 
Je suis née a l 'époque de la grande noirceur et je crois que lorsque on est informé on peut avoir des opignons et décider d'agir. Denise Landry.

Denise Landry, Longueuil

8 février 2008

Je voulais seulement vous dire combien je trouvais votre texte touchant et simple. Félicitations à vous et votre famille. :)

Valérie Galarneau, Montréal

8 février 2008

Grâce à ton Grand Père, le monde entier peut se réjouir de ta venue parmi ces homos sapiens apprentis sorciers..... 
Mais soit rassuré les Bonnes Fées n'ont pas déserté cette Belle Planète. Dans ton magnifique pays, tu auras tant de belles choses à découvrir.... 
Je t'embrasse et félicitation à tes heureux Parents et Grands Parents (je suis Grand Mère moi aussi de deux petits enfants délicieux)

Joëlle Carniel, France

8 février 2008

Merci pour la beauté du texte publié par un grand-père à son petit-fils, qui lui parle du monde dans lequel il va vivre. Je viens d'avoir, coup sur coup, deux petits-enfants, et je ne peux rien ajouter d'autre à ce qui a été écrit, car tout y est résumé.  
Espérons donc que l'homme saura rester sapiens et ne tombera pas demens. Mais c'est à nous, les parents et grands-parents, qui avons pris conscience de la folie du monde, de construire avec patience l'esprit de nos petits, de les aider à trouver la force de se battre contre cette folie en imaginant, en créant un monde plus juste. Pour cela, il n'y a qu'une seule réponse: aimer.

Bernard Simonay, écrivain français, France

7 février 2008

...Félicitation! 
Et bienvenue parmis nous dans cette grosse folie qu'est la vie! N'est pas peur, elle fait parfois très mal mais elle est merveilleuse! Si belle..et si précieuse.

Émile Couture, Lévis

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