L'image émouvante d'une migrante captée par le photographe Michel Huneault

Une migrante et son nouveau-né s'embarquent à Vienne, Autriche, dans le prochain train pour Munich en Allemagne. Une migrante et son nouveau-né s'embarquent à Vienne, Autriche, dans le prochain train pour Munich en Allemagne.  Photo :  Michel Huneault

« C'était ma première soirée à la gare de Vienne. Je me suis lancé dans le bain de la crise migratoire. On sentait l'énergie et la charge historique de ce moment. De tous les côtés, il y avait une grande émotion, d'où le ton de la série [de photos]. Je cherchais ce regard. J'ai vu les mêmes regards à Kandahar où j'ai travaillé pendant un an. »

Un texte de Ronald GeorgesTwitterCourriel

C'est ainsi que le photographe Michel Huneault raconte comment il a capté l'émotion dans le regard de cette migrante et son nouveau-né qui partent de Vienne, en Autriche, par train en direction de Munich, en Allemagne. Cette photo fait la fierté de son auteur, qui présente l'exposition Occident Express à la Maison du développement durable à Montréal jusqu'au 8 novembre.

Le photographe Michel Huneault Le photographe Michel Huneault  Photo :  Hubert Hayaud

Présenté en collaboration avec Amnistie internationale Canada francophone, cet essai photographique a été réalisé pendant le mois de septembre 2015 dans six pays européens.

« La crise des migrants, la pointe, avait déjà commencé. Je voulais faire un projet plus décalé sur le Danube sur la notion des frontières et de la citoyenneté. Quelques jours avant, 71 migrants ont été découverts morts dans un camion près de ma résidence de Vienne, en Autriche. » — Michel Huneault

Subitement, la crise migratoire en Europe s'est accélérée à la suite d'événements tragiques dont la découverte du corps du petit Aylan Kurdi sur une plage en Turquie, et après l'ouverture des frontières allemandes aux réfugiés par la chancelière Angela Merkel. C'est à partir de ces événements que Michel Huneault a réorienté son essai photographique.

La gare de Vienne est devenue un point chaud de la crise, les migrants ayant une chance unique de se frayer un chemin jusqu'en Allemagne.

Embarquement et départ de Budapest, Hongrie, vers l'Allemagne Embarquement et départ de Budapest, Hongrie, vers l'Allemagne  Photo :  Michel Huneault

« À l'époque, on ne savait pas où ils allaient passer, eux non plus. Il fallait suivre Twitter pour s'informer », raconte-t-il en parlant de son séjour de cinq semaines en sol européen.

Au début octobre, les frontières européennes commençaient à se fermer à la migration. « C'était l'effet domino inverse », raconte le photographe, qui était également allé à la rencontre de familles de victimes et d'habitants de la tragédie de Lac-Mégantic (un livre sur cette exposition sera lancé en novembre aux éditions Schilt), il y a quelques années.

Capter l'événement ou l'humain?

Lors de ce moment historique, le photographe doit-il immortaliser l'événement ou privilégier l'émotion humaine? Michel Huneault croit qu'il doit embrasser les deux, « l'histoire et l'événement ».

« Dans la crise des migrants, les gens étaient plus pressés que moi. J'ai pris beaucoup de photos dans les files d'attente. J'ai essayé de faire un choix dans l'intimité des gens. Je voulais représenter l'interaction entre les migrants et les Viennois qui allaient au travail », raconte le photographe qui a aussi réalisé des capsules vidéo et sonores lors de cet essai.

Des migrants attendent qu'on leur ouvre la frontière sur le pont de Harmica, de la Croatie vers la Slovénie. Des migrants attendent qu'on leur ouvre la frontière sur le pont de Harmica, de la Croatie vers la Slovénie.  Photo :  Michel Huneault

À la vue de son appareil photo, les migrants accueillaient favorablement Michel Huneault, surtout les premières semaines, alors qu'une certaine euphorie régnait. Par contre, dans certains endroits, la tension était prenante dû à la présence de gardes-frontières.

« Il faut prendre le temps de les photographier. » — Michel Huneault

Les prochaines rencontres de Michel Huneault

Avec Sarah R. Champagne, journaliste au Devoir, Michel Huneault se consacrera prochainement à la migration contemporaine, sur le lien entre les immigrants et leur famille en pays d'origine. « C'est un autre beau projet très humaniste aussi. Il y aura de belles rencontres », explique le photographe, qui pointera son objectif sur le Mexique et sur Haïti prochainement.