Des livres imprimés à la demande pour économiser des sous et des arbres

Le reportage de Tanya Lapointe

Le livre électronique n'a pas fait disparaître le livre papier, mais il force les éditeurs et les imprimeries à changer de stratégie pour publier les livres plus rapidement et pour réduire les stocks invendus. Devant cette nouvelle réalité, une imprimerie québécoise s'est associée à une compagnie française pour imprimer des livres à la demande.

Un texte de Tanya LapointeTwitterCourriel

Il faut des milliers d'exemplaires d'un livre pour assurer une grande distribution en librairie. Les éditeurs en impriment donc beaucoup, et parfois trop.

Il était autrefois moins coûteux d'imprimer un large tirage, mais l'imprimerie Marquis s'est dotée d'équipement numérique à Montmagny qui permet désormais d'imprimer, à moindre coût, jusqu'à 300 titres différents par heure.

Cette innovation est non seulement économique, mais écologique en plus.

« Le but de tout ça, c'est que l'éditeur fasse plus de ventes, mais qu'il imprime moins de livres, parce que 30 % de ce qui s'imprime va finir au rebut. » — Serge Loubier, président de Marquis imprimeur

Pour éviter ce gaspillage, la compagnie québécoise s'est associée à SoBook, une compagnie française qui connaît le même problème de l'autre côté de l'Atlantique.

« En France, on doit imprimer environ 600 millions de livres par an, et ce qu'on ne sait pas, c'est qu'il y en a 150 millions qui se ramassent au pilon. Ma grande fierté, finalement, c'est de n'imprimer chez SoBook que ce qui est commandé, donc ce qui va être lu. » — Thierry Ghesquières, directeur et fondateur de SoBook

En imprimant seulement le nombre de livres requis, les éditeurs règlent un problème récurrent. « C'est un besoin très important des éditeurs en ce moment de réduire des stocks qui dorment et qui, après quatre ou cinq ans, sont plus ou moins d'actualité, qui devraient peut-être être "rejaquettés" ou revampés, mais on ne le fait pas parce qu'on a des stocks et ça nous bloque dans les rééditions parce qu'on veut écouler les stocks », indique Serge Loubier.

L'impression à la demande permet aussi d'accélérer la livraison des livres en les imprimant près de leur destination, ce qui devrait faciliter l'accès aux livres québécois en France. « Nous avons une quinzaine d'éditeurs québécois qui nous confient leurs livres pour qu'on les imprime pour le marché français directement », fait savoir Serge Loubier.

L'inverse sera aussi possible.

« L'objectif est de pouvoir proposer au Canada l'ensemble des titres du catalogue des Presses universitaires de France. On a 5000 titres vivants, mais on a 15 000 titres sur lesquels on a des droits, mais pour lesquels on n'avait pas de solution d'impression. » — Alexandre Godefroy, consultant, Presses universitaires

La collaboration avec le Québec est une première pour SoBook, qui vise l'ensemble de la francophonie d'ici quelques années.