Livres adaptés pour les aveugles : le Canada en retard sur la France

Radio-Canada avec Agence France-Presse
null  Photo :  IS

En France, de nombreux titres de la rentrée littéraire 2013 seront accessibles dès septembre aux personnes handicapées visuelles. Mais au Canada, les aveugles devront patienter.

Plusieurs grandes maisons d'édition françaises participent à cette démarche, qui a reçu l'appui financier du Centre national du livre (CNL), notamment Gallimard, Flammarion, le Seuil, Albin Michel et Actes Sud. 

À ce jour, près de 150 titres ont déjà été enregistrés au format Daisy, qui permet notamment de se déplacer facilement dans le texte, de choisir sa vitesse d'écoute et de placer des marque-pages dans le livre. Un chiffre qui devrait augmenter rapidement, assure le Syndicat national de l'édition (SNE).

Cette initiative s'inscrit dans la volonté de rendre la culture accessible à tous, marquée notamment par la signature du traité de Marrakech en juin 2013 visant à faciliter l'accès des malvoyants aux œuvres publiées.

Les aveugles canadiens devront patienter

Malheureusement, les aveugles canadiens devront patienter avant d'avoir accès à ces titres puisqu'il n'y a pas pour le moment de catalogue unifié des livres sonores adaptés en français.

Et il n'existe pas non plus d'initiative similaire à celle des éditeurs français chez les éditeurs francophones canadiens. Contactée à se sujet, l'Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), qui regroupe près de 100 maisons d'édition de langue française au Québec et au Canada, n'a pas souhaité se prononcer.

« Il y a cinq ans, les éditeurs d'ici ne savaient même pas ce qu'était un livre adapté. Aujourd'hui, il y a quand même une ouverture. » — Marjorie Théodore, présidente et directrice générale de Vues et Voix et secrétaire générale de l'Union francophone des aveugles

Au Canada, deux organismes à but non lucratif, INCA et Vues et Voix (l'ex-Magnétothèque) se partagent le marché du livre sonore adapté. Ces livres sont mis gratuitement à la disposition de la clientèle aveugle ou visuellement déficiente.

Les deux organismes se parlent quand vient le temps de produire un nouveau livre sonore afin d'éviter les doublons, mais ils ne partagent ni leurs catalogues, ni ceux de leurs homologues francophones à l'étranger.

Michel Bonneau, superviseur de la publication audio d'INCA, précise cependant que des échanges, voire des achats de titres ont lieu régulièrement. 

Malgré une production de près de 1000 nouveaux titres sonores adaptés chaque année, le catalogue de titres disponibles en français ne représente qu'une infime fraction de la production littéraire annuelle. 

Une négociation au cas par cas avec les éditeurs

D'après Marjorie Théodore, présidente-directrice générale de Vues et Voix et secrétaire générale de l'Union francophone des aveugles, des tentatives ont été faites pour sensibiliser les éditeurs locaux à l'importance du livre sonore adapté, mais elles se sont heurtées jusqu'à présent à une certaine résistance. 

Pour elle, les éditeurs craignent les fuites et la perte d'acheteurs potentiels. Il s'agit pourtant de deux publics différents. Il faut donc travailler au cas par cas avec les éditeurs.

Mme Théodore se rappelle que la seule fois où Vues et Voix a pu produire un livre sonore adapté pour que sa sortie coïncide avec celle du livre imprimé, c'était pour la biographie de Céline Dion écrite par Georges Hébert Germain. René Angelil en personne aurait autorisé la mise à disposition du manuscrit, qui serait arrivé aux bureaux de Vues et Voix... entre deux gardes du corps.