La vitrine : un art léché

L'étalagiste : du produit à la vitrine

La vitrine de Noël de Priape réalisée par Étalage B La vitrine de Noël de Priape réalisée par Étalage B

« Noël, c'est l'enfer », s'exclame en riant Constant Bibeau, directeur de création et cofondateur d'Étalage B. L'entreprise de présentation visuelle montréalaise passe de 17 à 40 employés avant la période des Fêtes, pour arriver à répondre à la demande des commerces, centres commerciaux et tours de bureaux.

De la fin d'octobre jusqu'au début de décembre, des étalagistes travaillent jour et nuit pour monter les vitrines de Noël dans la métropole. Certains d'entre eux travaillent même exclusivement sur les vitrines des Fêtes depuis le début de l'année.

Ce processus débute dès janvier, où se font les achats des accessoires qui seront utilisés en vitrine. En mai, on commence la conception. Puis, il faut préparer et construire les éléments des vitrines pour leur installation à la fin d'octobre. L'installation est souvent moins facile qu'il n'y paraît. « Il y a un côté créatif à ce métier, mais c'est aussi une “job de bras” », dit Constant Bibeau, en donnant l'exemple des décorations de la Gare centrale, à Montréal, dont l'installation a nécessité grues et monte-charge.

Attirer le client

Si la période de Noël est la plus occupée pour les étalagistes, le reste de l'année se déroule tout de même rondement. Les vitrines des magasins sont généralement renouvelées toutes les six semaines.

Une vitrine d'Étalage B Une vitrine d'Étalage B

André Caron, professeur de design de présentation au Cégep du Vieux Montréal, enseigne à de futurs étalagistes, qui feront ces vitrines. Il explique que la première étape pour créer une vitrine est de parler avec le commerçant pour voir quel produit ce dernier veut mettre de l'avant. « Dans un premier temps, il faut savoir ce qu'on veut donner comme message. Il faut que ce soit beau, mais il faut aussi que ce soit efficace et que ça fonctionne, que le client dans la rue soit attiré par la vitrine et entre dans le magasin », dit-il.

Faire entrer le client en boutique n'est cependant pas tout. « Oui, on est là pour faire entrer le client dans le magasin, mais la vitrine sert aussi à faire parler de la boutique. Elle peut provoquer, faire réfléchir et faire sourire les gens. Elle n'existe pas que pour faire vendre de la marchandise », précise Constant Bibeau.

Représenter le commerçant

La plupart des clients d'Étalage B laissent carte blanche à l'équipe d'étalagistes, alors que d'autres clients ont une idée très précise du look à donner à leur vitrine. Pour les vitrines de Chanel, par exemple, Étalage B reçoit un document qui s'inspire du dernier défilé et qui décrit exactement à quoi la vitrine doit ressembler. Les idées derrière la conception viennent de France, mais la fabrication des pièces pour les vitrines de Chanel au Canada se fait dans un atelier de Montréal.

Une vitrine de Noël d'Étalage B Une vitrine de Noël d'Étalage B

Affiches vs vitrines

André Caron et Constant Bibeau s'entendent pour dire qu'au cours des dernières années, les commerces ont moins investi pour les vitrines, privilégiant souvent les affiches, moins coûteuses. Mais ce courant tendrait à changer. « Les commerçants ont recommencé à investir dans les vitrines, parce qu'ils savent que les posters, les gens ne les voient plus. La meilleure publicité est la publicité directe. Leur vitrine, c'est leur image », conclut Constant Bibeau.

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Entrevues et article par Adurey Bourget