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juin 2005 - Journaliste: Nicolas Duguay




À notre antenne

L'entrevue exclusive de Karla Homolka accordée au <i>Point</i> deux heures après sa sortie de prison.L'entrevue exclusive de Karla Homolka accordée au Point deux heures après sa sortie de prison.
 
Christian Grégoire relate la carrière criminelle de Karla Homolka.Christian Grégoire relate la carrière criminelle de Karla Homolka.
 
Christian Grégoire a rencontré deux journalistes qui avaient couvert le procès de Paul Bernardo.Christian Grégoire a rencontré deux journalistes qui avaient couvert le procès de Paul Bernardo.
 
Christian Grégoire nous parle des conditions de libération de Karla Homolka.Christian Grégoire nous parle des conditions de libération de Karla Homolka.
 
Christian Grégoire décrit le tollé que soulève en Ontario le film racontant l'histoire de Karla Homolka.Christian Grégoire décrit le tollé que soulève en Ontario le film racontant l'histoire de Karla Homolka.
 

Retour sur les événements

  • De mai à juillet 1987 : Au moins trois jeunes femmes de Scarborough, en banlieue de Toronto, en Ontario, sont violées par Paul Bernardo, surnommé le « violeur de Scarborough ».
  • Octobre 1987 : Karla Homolka, âgée de 17 ans, fait la connaissance de Paul Bernardo dans un restaurant de Scarborough.
  • De l'automne 1987 à décembre 1990, Paul Bernardo fréquente Karla Homolka tout en poursuivant ses viols. Il aura, en novembre 1990, alors qu'il est interrogé pour la première fois par la police en raison de sa ressemblance avec des portraits-robots du violeur de Scarborough, violé au moins 11 femmes.
  • Veille de Noël 1990 : Tammy Homolka, la soeur cadette de Karla, est droguée par cette dernière. Karla Homolka et Paul Bernardo vont ensuite violer l'adolescente de 16 ans. Tammy décédera dans la soirée après s'être étouffée dans son vomi.
  • Juin 1991 : Paul Bernardo enlève Leslie Mahaffy, 14 ans, devant la résidence des parents de celle-ci, à Burlington, en Ontario. Leslie Mahaffy sera violée, torturée et assassinée après deux jours dans le domicile du couple Bernardo-Homolka.
  • Juin 1991 : Quelques jours plus tard, Paul Bernardo et Karla Homolka se marient.
  • Avril 1992 : Pendant trois jours, la jeune Kristen French, 15 ans, sera, elle aussi, violée et torturée par le couple avant d'être assassinée. Son corps sera retrouvé à moins d'un demi-kilomètre du cimetière où est enterrée Leslie Mahaffy.
  • Janvier 1993 : Paul Bernardo est arrêté et accusé de coups et blessures sur Karla Homolka. Celle-ci a été violemment blessée par son époux.
  • Février 1993 : Bernardo est formellement accusé d'être le violeur de Scarborough.
  • Mai 1993 : Karla Homolka signe une entente avec les autorités en vertu de laquelle elle s'engage à dénoncer Paul Bernardo. Elle obtiendra pour cela une peine plus clémente.
  • 6 juillet 1993 : Karla Homolka est reconnue coupable d'homicides involontaires pour les meurtres de Leslie Mahaffy et de Kristen French. Elle est condamnée à 12 ans de réclusion.
  • Septembre 1994 : Les bandes vidéo montrant Paul Bernardo et Karla Homolka torturant et violant des jeunes filles sont finalement remises aux autorités.
  • Juin 1995 : Karla Homolka témoigne contre son ex-mari. Paul Bernardo sera condamné à perpétuité pour les meurtres de Leslie Mahaffy, de Kristen French et de Tammy Homolka.
  • Juin 1997 : Karla Homolka est transférée à la nouvelle prison fédérale de Joliette, au Québec.
  • Juin 2005 : La Cour du Québec entoure sa libération prochaine d'une longue liste de conditions.
  • 4 juillet 2005 : Karla Homolka quitte la prison de Sainte-Anne-des-Plaines, au nord de Montréal.
  •  

    La seule évocation de son nom suffit à faire ressurgir une série d'images toutes plus terribles les unes que les autres. Qui est, en fait, cette jeune femme au sourire candide qu'on voit sur certaines photos d'archives? Qui est-elle, celle qui figure sur ces photos de mariage complètement surréalistes lorsque replacées dans leur contexte?

    Karla Homolka
    Karla Homolka
    Toutes ces questions, un grand nombre de Canadiens se les posent, alors que Karla Homolka vient tout juste de retrouver sa liberté et que, derrière les sourires flamboyants d'Homolka et de son ancien mari, Paul Bernardo, se cache toujours un chapitre sanglant de l'histoire criminelle canadienne.

    C'est au printemps 1993, lorsqu'elle apparaît dans un tribunal ontarien, que la jeune femme de 23 ans attire pour la première fois l'attention des médias. Karla Homolka, profitant d'un accord avec un système de justice pressé de clore cette histoire sordide, est ainsi rapidement condamnée à 12 ans de réclusion pour homicide involontaire de deux adolescentes.

    Elle refera surface, deux ans plus tard, à l'été 1995, alors qu'elle est appelée à témoigner contre Paul Bernardo. Celui-ci, déclaré délinquant dangereux par la Cour, est condamné à la prison à perpétuité pour les meurtres des deux adolescentes et de la soeur cadette de Karla Homolka, Tammy.

    Des bandes vidéo incriminantes

    Karla Homolka et Paul Bernardo
    Karla Homolka et Paul Bernardo (archives)
    Mais, entre-temps, entre le moment où Karla Homolka signe une entente controversée avec les autorités et la condamnation de Bernardo, un nouvel élément fait surface.

    En effet, des bandes vidéo sont retrouvées dans la maison du couple et tendent à prouver une implication beaucoup plus grande de Karla Homolka dans les événements.

    Sur ces bandes, initialement cachées aux autorités par l'avocat de Paul Bernardo, on peut voir le couple Homolka-Bernardo droguer, violer et torturer longuement des jeunes filles.

    On peut surtout constater que Karla Homolka jouait un rôle actif dans tout ceci et qu'elle n'était peut-être pas la victime qu'elle disait être.

    La divulgation de ces bandes vidéo qui ont servi à sceller le sort de Paul Bernardo a aussi amené certaines personnes à se questionner sur la valeur et l'importance même du témoignage de Karla Homolka. Avec de telles preuves, la Couronne avait-elle vraiment besoin du témoignage de Karla Homolka? Avait-elle besoin de signer, avec elle, une promesse de clémence qui, aujourd'hui, soulève encore le débat? Et, finalement, la Couronne aurait-elle dû se servir des bandes vidéo pour revoir entièrement le procès de Karla Homolka?

    Une figure atypique dans le monde carcéral

    Douze ans après avoir été incarcérée, la plus célèbre criminelle au pays s'impose toujours comme une figure atypique de l'histoire carcérale.

    Au Canada, lorsqu'une personne a purgé l'intégralité de sa peine, elle est remise en liberté avec tous les droits reconnus aux autres citoyens. Il n'y a que 5 % de détenus qui, comme Karla Homolka, purgent la totalité de leur peine, sans même avoir été remis en liberté partielle lorsqu'ils sont admissibles. Et pour une femme, c'est encore plus rare...

    Si c'est si rare, c'est que les autorités estiment qu'il est généralement préférable de remettre un détenu en liberté avant terme et, ainsi, d'être en mesure de lui imposer de strictes conditions de réinsertion.

    À moins, toutefois, que l'on n'invoque l'article 810.2 du Code criminel comme l'ont fait, avec succès, les procureurs du Québec et de l'Ontario. Cette démarche exceptionnelle prévoit l'imposition de strictes conditions de remise en liberté, et ce, même si la peine à été purgée jusqu'au bout. La plupart du temps, cet article est invoqué dans des cas relatifs aux criminels sexuels violents.

    En Cour du Québec, les autorités ontariennes et québécoises ont plaidé avec succès, en juin 2005, que la détenue représenterait toujours un risque après sa remise en liberté, le même risque, en fait, qu'elle représentait alors qu'on lui refusait une quatrième requête en libération conditionnelle, en décembre dernier.

    Une liberté surveillée

    Karla Homolka (archives)

    Le juge Jean R. Beaulieu a tranché en leur faveur, imposant à Karla Homolka une dizaine de conditions qu'elle devra respecter à sa sortie de prison.

    Elle a ainsi dû fournir un échantillon d'ADN avant de quitter le pénitencier. Elle devra également suivre une thérapie et faire preuve de bonne conduite.

    Il faudra qu'elle se soumette à un contrôle policier: elle devra communiquer ses coordonnées, tout comme le nom de la personne avec qui elle habitera, se rapporter aux policiers le premier vendredi de chaque mois, les aviser à l'avance d'un changement d'adresse et de tout déplacement de plus de 48 heures.

    La cour lui impose en outre de nombreuses interdictions. Elle ne devra ni communiquer avec son ex-mari Paul Bernardo-Teale ni avec les familles des victimes. Elle ne pourra pas fréquenter quelqu'un ayant un casier judiciaire pour crimes violents (sauf en thérapie ou avec l'accord de sa thérapeute). Elle ne devra pas consommer de drogue ou de stupéfiants, sauf sous prescription.

    Elle ne devra pas non plus occuper un emploi ou être bénévole dans un lieu où elle pourrait avoir accès à des benzodiazépines, des barbituriques ou des opiacés, ni dans un endroit où elle aurait un lien de confiance ou serait en situation d'autorité sur des personnes de moins de 16 ans.

    Karla Homolka est passible d'emprisonnement si elle ne respecte pas les conditions prescrites par le tribunal.

    Ces restrictions rassureront peut-être une population qui s'opposait massivement à sa remise en liberté. Mais suffiront-elles à venir à bout du syndrome « pas dans ma cour » autant en Ontario, d'où elle est originaire, qu'au Québec, où elle s'est installée?

    Tout un changement de nom...

    Karla Homolka et son conjoint de l'époque, Paul Bernardo, ont officiellement changé de nom au début des années 1990. Ainsi, ils ont opté pour le nom de Teale, inspiré d'un personnage de film nommé Martin Thiel et joué par Kevin Bacon. Dans « Criminal Law », un film de 1989, Martin Thiel est un meurtrier en série qui réussit à tromper tout le monde sur son passé, incluant son propre avocat, et qui est remis en liberté...


    Ils ont dit...

    « Sur les 19 agressions documentées, pas une perte de vie! Personne n'avait été assassiné avant l'entrée en scène de Karla dans sa vie. Et même après, des meurtres eurent lieu uniquement lorsqu'elle était directement impliquée. »
    -Le journaliste Stephen William, auteur du livre « Karla , le pacte avec le diable » à propos du violeur en série Paul Bernardo.

    « Ironiquement, Homolka sera libérée le jour même de l'anniversaire de Leslie Mahaffy. »
    -L'avocat Tim Danson, qui représente les parents de Leslie Mahaffy et Kristen French




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