Journaliste
Stéphane Bordeleau

Qui sont les talibans ?

Les talibans, mot qui signifie « étudiants » en arabe, sont un mouvement armé, créé au début des années 1990, composé de moudjahidin pachtounes démobilisés, de jeunes réfugiés afghans et de Pakistanais défavorisés endoctrinés dans un réseau d'écoles coraniques (madrasas) établies le long de la frontière afghane. Financées par l'Arabie Saoudite, ces écoles coraniques dispensaient à leurs jeunes disciples un islam obscur et primaire, inspiré des principes les plus durs de la charia, loi canonique islamique. Également formés pour la guerre, ces jeunes « théologiens », dont la majorité était d'origine ethnique pachtoune, ont rallié par milliers les troupes de mollah Omar, leur chef, qu'ils ont élevé au rang de demi-dieu.

Qui est leur chef ?

Chef suprême des talibans depuis 1996, Amir-ul-Mumineen Mollah Mohammad Omar Muhadjid, dit mollah Omar, a établi le siège de son gouvernement dans la ville de Kandahar. Presque jamais filmé ni même photographié, il a été vu par très peu de gens. Mollah Omar serait marié à trois femmes et père de cinq enfants. Issu d'une famille de paysans pachtounes, il serait né vers 1959, dans le village afghan de Nodeh. Obligé de se réfugier avec sa famille au Pakistan sous l'occupation soviétique, c'est là qu'il aurait été endoctriné par le djihad. Son charisme et ses prouesses militaires lui vaudront par la suite la plus haute estime de ses compatriotes talibans, qui feront de lui leur chef spirituel et politique.

Pendant son « règne », mollah Omar vivait officiellement dans la ville de Kandahar, dans un bunker construit et payé par le milliardaire terroriste saoudien, Oussama ben Laden. Ce dernier serait d'ailleurs marié en sixièmes noces à l'une des sœurs de mollah Omar. Ces derniers temps, des sources affirment que le mollah Omar aurait quitté Kandahar pour échapper à l'avancée des forces de l'Alliance du Nord et des bombardements américains.

Ainsi, toute parole du mollah Omar avait force de loi. Et c'est avec un zèle fanatique que les talibans veillaient à ce que la population afghane se plie de gré ou de force à tous les interdits et devoirs religieux que décrétait le mollah Omar. On ne compte plus, dans les rues des villes d'Afghanistan, les exécutions publiques, les lapidations, les mutilations de toutes sortes et les flagellations. Vivre en Afghanistan était déjà périlleux sous le régime soviétique; sous les talibans, c'était un enfer.

Un retour au Moyen Âge

Le 27 février 1998, une foule de 30 000 hommes et adolescents a été rassemblée dans un stade de Kaboul pour assister à la flagellation d'une jeune femme, coupable d'avoir marché dans la rue avec un homme qui n'était pas de sa famille. Si elle avait été mariée au moment de son « crime », on l'aurait lapidée à mort plutôt que fouettée. Également au programme, l'amputation de la main droite de deux hommes accusés de vol.


Quel était leur but ?

Profitant du vide idéologique laissé par la guerre civile qui a succédé au départ des Soviétiques, les talibans se sont donné comme mission de pacifier l'Afghanistan et d'y rétablir l'ordre et la morale. Une morale en tout point conforme aux principes de la charia, la loi islamique. Porteurs d'une idéologie forte et astreints à des principes moraux très stricts, les talibans ont rapidement gagné la sympathie des populations souvent opprimées et rançonnées par les bandes de moudjahidin qui se disputaient le contrôle du pays. On voyait alors en mollah Omar un réunificateur puissant. Une perception qui n'a guère duré.

Une conquête commandée à distance

Sur les plans politique et stratégique, toutefois, le règne des talibans ressemblait plus à une prise de contrôle du territoire afghan par le Pakistan qu'à une quelconque croisade unificatrice. En effet soucieux d'étendre son influence en Asie centrale et de régler à son avantage l'épineuse question de la ligne Durand — frontière tracée par les Britanniques en 1919 entre les deux pays —, le Pakistan a profité du chaos en Afghanistan pour y instaurer, par l'entremise des talibans, un régime fidèle à ses intérêts.

Comme le Pakistan ne pouvait directement envahir l'Afghanistan sans déclencher une crise majeure dans la région, il a trouvé dans les milliers de réfugiés afghans qui s'entassaient à sa frontière la clé qu'il lui fallait pour entrer chez son voisin. Pourquoi, en effet, ne pas confier à des Afghans la tâche de conquérir l'Afghanistan ? Les talibans étaient nés.

Une question d'influence

Endoctrinés dans les écoles coraniques (madrasas) et lourdement armés par les services secrets pakistanais, ces jeunes qu'on envoyait à la conquête de leur propre pays allaient en fait offrir au Pakistan, sur un plateau d'argent, un accès à l'Asie centrale qui lui permettrait d'étendre son influence idéologique et militaire jusqu'aux portes des ex-républiques russes et au Nord de l'Iran. De plus, en satellisant l'Afghanistan, le Pakistan — une puissance nucléaire — trouvait dans le régime taliban un allié important dans sa lutte de plusieurs années contre l'Inde, au Cachemire.

Quant aux talibans, ils trouvaient également leur compte dans cette opération puisque, en plus d'obtenir le contrôle des deux tiers du pays, ils pouvaient alors étendre à l'ensemble du territoire afghan la domination des Pachtounes (patrie des talibans) face aux autres ethnies qui composent la population afghane. Les Pachtounes, qui parlent une langue indo-iranienne, le pachto, tentent en effet depuis longtemps d'imposer leur langue aux autres ethnies, qui elles parlent majoritairement le dari (persan), langue véhiculaire de l'Afghanistan.

« En faisant éclater le pays selon les lignes de partage ethniques et religieuses, la guerre civile a réduit à néant cette tradition de tolérance. Alors qu'il avait été un facteur d'unité, l'islam est devenu une arme mortelle entre les mains d'extrémistes, une force de division et de fragmentation. »

Ahmed Rashid, « Les talibans au cœur de la déstabilisation régionale »
Le Monde diplomatique, novembre 1999


Et les Saoudiens dans tout cela ?

Pour les Saoudiens, les talibans étaient, grâce aux écoles coraniques qu'ils financent au Pakistan et en Afghanistan, un puissant vecteur de propagation en Asie centrale de la doctrine orthodoxe wahhabite, ligne idéologique des émirs saoudiens prônant un islam fondamental et rigoriste. De plus, les talibans étant majoritairement sunnites — tout comme les Saoudiens — ils maintenaient une pression constante sur leurs voisins chiites iraniens qui, comme par hasard, sont de farouches opposants de la monarchie saoudienne.


Washington, toujours à l'affût de bonnes affaires

Les États-Unis, qui ont soutenu les talibans jusqu'en 1997, voyaient dans cette milice religieuse un allié qui leur permettrait d'obtenir les droits de passage et les contrats liés à la construction, par la compagnie Unocal, d'un important oléoduc reliant l'Asie centrale et le Pakistan via le territoire de l'Afghanistan. De plus, la haine farouche que vouent les talibans aux Iraniens servait également assez bien les intérêts stratégiques de Washington dans la région.

Mais après les attentats à la bombe contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie, en août 1998, par les hommes d'Oussama ben Laden, Washington s'est distancié du Pakistan et des talibans, qui refusent catégoriquement de livrer le milliardaire terroriste à la justice occidentale. À la suite des attentats du 11 septembre 2001, menés contre les tours du World Trade Center et le Pentagone, Oussama ben Laden et les talibans sont devenus les ennemis jurés de l'Amérique.

 

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