Une souche complexe d'influenza

Isabelle Montpetit
Radio-Canada



Depuis la mi-septembre, la deuxième vague de la grippe pandémique s'est amorcée au Canada et dans les autres pays de l'hémisphère nord.

Pour la semaine se terminant le 14 novembre, l'Agence de santé publique du Canada rapporte:

  • 1674 hospitalisations
  • 261 admissions aux soins intensifs
  • 84 décès

Depuis son apparition au Mexique en mars 2009, cette nouvelle forme de grippe a fait environ 6770 morts dans le monde, dont 279 au Canada en date du 24 novembre.

Les autorités de santé publique précisent que 75 % des décès au Canada sont survenus chez les gens qui ont une maladie qui les prédispose aux complications, notamment les personnes qui souffrent de maladies pulmonaires comme l'asthme, de maladies cardiaques ou de diabète.

Ces personnes ont un risque 15 fois plus élevé d'être hospitalisées, et un risque 20 fois plus élevé d'être admis aux soins intensifs ou de mourir.

Pourquoi A (H1N1)?

Pour le moment, le virus est relativement bénin, bien qu'il rende certaines personnes très malades et les oblige à être soignées dans une unité de soins intensifs. Mais il n'est pas impossible qu'il subisse des mutations qui augmenteraient sa virulence ou sa transmissibilité.

De plus, comme ce virus est nouveau, l'être humain n'a pas développé de défenses immunitaires contre lui. La situation est différente pour le virus de la grippe saisonnière. Même s'il subit quelques mutations d'une année à l'autre - c'est pour cela qu'on produit un vaccin différent chaque année - il demeure relativement stable.

Des Mexicains se présentent avec un masque à l'Hôpital général de Mexico. Des Mexicains se présentent avec un masque à l'Hôpital général de Mexico.  Photo :  PC/AP Photo/Dario Lopez-Mills

Une évolution difficile à prévoir

Depuis juin dernier, la grippe A (H1N1) est considérée comme une pandémie, ce qui signifie qu'elle se transmet à un rythme soutenu partout dans le monde. Les autorités de santé publique ont pris des mesures pour y faire face, même si une pandémie ne se traduit pas nécessairement par un grand nombre de morts.

Au fil de l'histoire, on a toutefois assisté à plusieurs pandémies meurtrières d'influenza. Le virus A (H1N1) possède des caractéristiques communes avec les virus responsables des précédentes pandémies.

  • Il s'agit d'une nouvelle souche de virus;
  • Le virus peut se transmettre d'un humain à l'autre;
  • Il infecte des personnes jeunes et en bonne santé.

Les trois grandes pandémies de grippe du 20e siècle ont fait des millions de morts.

  • Grippe espagnole (1918-1919): 20 à 50 millions de morts, soit 2 à 3 % des personnes infectées
  • Grippe asiatique (1957-1958): 1,4 million de morts, soit moins de 0,2 % des personnes infectées
  • Grippe de Hong-Kong (1968-1969): 1,4 million de morts, soit moins de 0,2 % des personnes infectées

L'émission Découverte du 8 novembre était entièrement consacrée à la grippe A (H1N1).

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

Une souche unique

Les étapes entre la fabrication et la livraison du vaccin

Il existe une foule de variétés de virus de la grippe qui infectent les humains ou différentes espèces animales. La nouvelle souche A (H1N1) a d'abord été classée comme un virus de la grippe du porc. Il arrive en effet que la grippe porcine se transmette à l'humain.

Mais avant de faire son apparition au Mexique, ce virus n'avait jamais été trouvé chez des porcs, selon l'Organisation mondiale pour la santé animale (OIE). Plus tard, dans un élevage de l'Alberta, la transmission s'est faite de l'humain au porc.

Cette souche du virus n'est pas la seule à être de type A (H1N1): certaines grippes saisonnières sont également des A (H1N1). Mais le virus pandémique est unique et complexe. Il contient du matériel génétique qui provient de quatre virus différents: deux virus porcins, un virus aviaire et un virus humain.

Certains médicaments antiviraux semblent efficaces contre le virus de l'influenza pandémique A (H1N1). Ces médicaments doivent être prescrits par un médecin et doivent être administrés à des personnes qui ont reçu un diagnostic. Des souches de virus résistantes à ces médicaments ont fait apparition sporadiquement dans plusieurs pays. Au Canada, on a identifié des cas de résistance au Québec, en Ontario et en Alberta.

Comment fonctionnent les antiviraux?

L'oseltamivir (commercialisé sous le nom de Tamiflu) et le zanamivir (Relenza) sont des inhibiteurs de la neuraminidase, une protéine qui se trouve à la surface des virus. Normalement, cette protéine permet aux particules virales qui se sont multipliées dans une cellule de se répandre dans l'organisme pour en infecter d'autres. Sous l'effet de ces médicaments, les particules virales cessent de se reproduire, ce qui réduit la durée des symptômes et le risque de contagion.

Plusieurs sociétés pharmaceutiques ont produit des vaccins contre la grippe pandémique A (H1N1), mais le Canada n'achète son vaccin que d'un seul fournisseur: GlaxoSmithKline, qui le fabrique dans son usine de Sainte-Foy, au Québec.

La fabrication d'un vaccin: émission Les Années lumière du 8 novembre

Ces oeufs servent à faire croître les virus qui serviront à produire le vaccin contre la grippe A (H1N1) Ces oeufs servent à faire croître les virus qui serviront à produire le vaccin contre la grippe A (H1N1)  Photo :  PC/AP Photo/Greg Baker

Mesures de santé publique

Les autorités sanitaires fédérales et provinciales, de même que les hôpitaux, ont préparé des plans d'intervention pour faire face à la pandémie d'influenza. Des stocks d'antiviraux ont notamment été constitués.

Au Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux a activé son centre de coordination de sécurité civile, ainsi que ses centres régionaux d'urgence. De plus, les autorités de santé publique sont en contact étroit avec le réseau de la santé.

Un réseau canadien de recherche sur la grippe a aussi été créé. Il se concentre sur l'évaluation de vaccins antipandémiques.

L'escalade vers une pandémie

C'est le 11 juin 2009 que l'OMS a déclaré que la transmission de ce nouveau virus est telle qu'on parle maintenant de pandémie, c'est-à-dire une épidémie qui frappe des êtres humains à grande échelle dans plusieurs pays du monde.

Une série de critères permettent à l'OMS d'évaluer la progression d'une pandémie d'influenza selon une échelle de 1 à 6, ainsi qu'une série d'actions à entreprendre si une telle pandémie se déclare. À l'échelon 1, aucun virus animal de l'influenza ne cause d'infection chez l'humain. À l'échelon 6, la maladie se transmet entre humains de façon soutenue, dans au moins deux pays d'une même région et dans un troisième pays d'une autre région: on assiste alors à une véritable pandémie. Le niveau d'alerte mondiale est désormais à 6 pour le virus pandémique A (H1N1).

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