Ottawa veut rendre « meilleur » le système de détention des demandeurs d'asile

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Le reportage de Michel Marsolais

Ottawa investira jusqu'à 138 millions de dollars pour rendre « meilleur et plus équitable » le système de détention des demandeurs d'asile, notamment en construisant au Québec et en Colombie-Britannique de nouveaux établissements de détention gérés par les autorités de l'immigration.

Le gouvernement Trudeau souhaite avoir ainsi moins recours aux prisons des provinces, où sont incarcérés les criminels purgeant des peines de deux ans et moins. On veut donc éviter le plus possible que les demandeurs d'asile cohabitent avec ces individus. Ottawa veut aussi diminuer le nombre d'enfants détenus, qui le sont généralement parce que leurs parents le sont aussi et qu'on ne veut pas les séparer de leur famille.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, en a fait l'annonce lundi matin au Centre de surveillance de l'immigration (CSI) de Laval, disant aussi vouloir accroître le nombre de solutions de remplacement à la détention. « Une solution de dernier recours », a-t-il spécifié au sujet de la détention.

Ces solutions doivent être élaborées à partir de consultations faites cet été et l'automne prochain.

La nouvelle enveloppe servira également à améliorer les services de soins médicaux et de santé mentale de même que le soutien donné aux immigrants qui sont détenus. On veut s'assurer qu'ils reçoivent « un traitement digne et plus humain ».

« Si nous ne nous montrons pas à la hauteur de nos responsabilités en matière de soins envers les plus vulnérables d'entre nous, nous allons échouer dans notre devoir de justice et de compassion. Nous devons faire de notre mieux. » — Ralph Goodale, ministre de la Sécurité publique

En moyenne, de 450 à 500 personnes sont détenues à tout moment en vertu de la Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés. Elles représentent moins de 0,02 % des voyageurs qui se présentent au Canada.

Le CSI de Laval peut accueillir jusqu'à 144 personnes. Celui de Vancouver, un établissement de détention à court terme, ne peut en recevoir que 24 pour une durée maximale de 48 heures, et les services y sont limités. Ces deux centres doivent maintenant être remplacés.

Il y a aussi un CSI à Toronto, d'une capacité de 195 détenus.

Ventilation de la somme annoncée par le ministre : 

  • 122 millions de dollars seront investis en infrastructure pour remplacer les CSI de Laval et de Vancouver;
  • 10,5 millions dollars permettront aux demandeurs d'asile d'avoir un meilleur accès aux soins médicaux;
  • 5 millions de dollars serviront à des solutions de rechange à la détention.

Une enquête de la Croix-Rouge en 2014 avait montré des problèmes dans les établissements où sont retenus les demandeurs d'asile, notamment une surpopulation et des soins de santé inadéquats.

Le ministre Goodale a également promis lundi que la Croix-Rouge et le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies auraient un accès plus facile aux immigrants détenus au Canada.

Le directeur du CPRMV Herman Okomba-Deparice, les ministres de la Sécurité publique du Québec et du Canada Martin Coiteux et Ralph Goodale, et le maire de Montréal Denis Coderre Le directeur du CPRMV Herman Okomba-Deparice, les ministres de la Sécurité publique du Québec et du Canada Martin Coiteux et Ralph Goodale, et le maire de Montréal Denis Coderre  Photo :  Radio-Canada

Prévenir la radicalisation

Ralph Goodale a par ailleurs visité en après-midi le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, à Montréal. Il y a rencontré le personnel du centre ainsi que son homologue provincial Martin Coiteux et le maire de Montréal, Denis Coderre.

« J'ai voulu saisir l'occasion de venir voir ce centre, a expliqué M. Goodale dans un bref point de presse improvisé. Il y a du travail extrêmement important qui s'y fait. Il y a très peu d'endroits du genre. La réputation qu'il a développée est très forte et très positive. »

Le gouvernement fédéral prépare un programme destiné à combattre la radicalisation dans le but de prévenir des gestes terroristes. Il souhaite améliorer son expertise sur la question en accédant à la meilleure recherche internationale dans ce domaine, en améliorant la cohérence entre les travaux effectués dans les universités canadiennes et en soutenant les organismes de sensibilisation communautaire.

« L'argent est là et nous en sommes maintenant à l'importante étape de mettre en place une stratégie nationale, de manière intelligente et efficace. » — Ralph Goodale, ministre de la Sécurité publique

« Les événements récents ont démontré que nous devons améliorer énormément notre compréhension de l'enjeu très sérieux que représente la radicalisation, et notre façon d'y répondre », a-t-il souligné.

La semaine dernière, M. Goodale avait fait valoir l'importance d'identifier les gens vulnérables à la radicalisation et de trouver la meilleure manière de prévenir à la source des situations comme celle de la mort d'un homme à Strathroy, en Ontario, soupçonné d'avoir planifié une attaque terroriste.

Projet à Saint-Léonard

Martin Coiteux a ensuite annoncé une aide de 625 000 $ répartie sur cinq ans à un projet de prévention de la délinquance juvénile et de la radicalisation dans l'arrondissement montréalais de Saint-Léonard.

Le projet, piloté par les YMCA du Québec et différents partenaires, en est un de coordination des actions de divers organismes jeunesse dans les écoles, dans les parcs ou encore dans la rue.

« Il faut agir directement auprès des jeunes, car ce que nous voulons éviter, c'est que ceux-ci s'engagent dans des voies dangereuses, pour les autres ou pour eux-mêmes », a dit le ministre Coiteux.

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