Le secret d'un relatif succès économique en Saskatchewan

Le reportage de Sylvain Bascaron

Les trois provinces qui produisent le plus de pétrole au Canada vivent de durs moments économiques. L'Alberta a un taux de chômage qui dépasse la moyenne nationale, Terre-Neuve-et-Labrador affiche un déficit de presque 2 milliards de dollars, alors que le déficit de la Saskatchewan ne sera que de quelque 400 millions de dollars, et son taux de chômage reste le plus bas du pays. Le secret : la diversification économique.

Un texte de Sylvain BascaronTwitterCourriel

Au coeur de la campagne électorale provinciale, en Saskatchewan, très peu de pancartes parsèment le paysage. Les politiciens, que ce soit Brad Wall, le premier ministre sortant, ou Cam Broten, son plus proche rival, du Nouveau Parti démocratique (NPD), ont tous dit que l'économie serait l'enjeu principal de l'élection. Mais malgré les cours du pétrole malmenés, rares sont ceux qui croient que les politiciens peuvent y faire quelque chose.

En fait, en Saskatchewan, l'économie est en relativement bonne position, explique l'économiste et politologue de l'Université de la Saskatchewan Peter Phillips. « Si je compare la Saskatchewan à l'Alberta, notre plus proche voisine qui vit des difficultés similaires, dit-il, ici, l'énergie, c'est 5 % à 7 % de notre économie. En Alberta, ça représente 25 % de l'économie. Puis, ajoute-t-il, notre secteur minier maintient de nombreux emplois et notre secteur agricole est en bonne santé parce que les agriculteurs sont payés en dollars américains. Les difficultés vécues en Alberta et à Terre-Neuve ne sont pas ressenties aussi gravement en Saskatchewan. »

Diversification familiale

Dans le sud de la Saskatchewan, près de Weyburn, Matt Cugnet et ses trois frères ont repris les terres et les entreprises familiales. Des champs de grains et de fèves à perte de vue, parsemés de puits de pétrole. Depuis les années 1970, c'est l'entreprise pétrolière de la famille qui rapporte le plus. Mais dernièrement, les choses ont changé.

Matt Cugnet montre le pétrole qu'il vend présentement à 24$ du baril. Matt Cugnet montre le pétrole qu'il vend présentement à 24$ du baril.  Photo :  ICI Radio-Canada / Josh Vogt

Dans une de ses stations de pompage, Matt fait couler un peu de pétrole dans un bocal de verre, comme pour prouver son existence. « Nous le vendons à 24 $ à 30 $ canadien le baril, se désole-t-il. Il y a un an et demi, nous le vendions à 101 $ le baril. » Ce prix est suffisant pour puiser du pétrole de façon rentable, mais pas question pour la famille Cugnet de forer d'autres puits.

« Nous sommes maintenant, surtout, une entreprise agricole, explique Matt Cugnet. On puise encore du pétrole, mais tant que le ralentissement économique durera, on va se concentrer sur l'élevage et l'agriculture. Le but est de survivre. Pour certains de nos fournisseurs et partenaires d'affaires, c'est difficile de rester rentable. De nombreuses personnes de la communauté, des familles, des amis ont perdu leur emploi, nous en avons donc embauché à la ferme. »

Une réalité tout de même difficile

La situation de la Saskatchewan est meilleure que celle de l'Alberta ou de Terre-Neuve, mais il reste que la province a perdu des milliers d'emplois. L'agriculture et les mines, c'est bien beau, mais rien ne vaut les hauts prix du pétrole. Matt Cugnet fait partie des nombreux Saskatchewanais qui sont persuadés qu'avec plus d'oléoducs le secteur pétrolier canadien obtiendrait un bien meilleur prix pour son pétrole.

Le chef du Parti Saskatchewan Brad Wall (à gauche) et le chef du Nouveau Parti démocratique Cam Broten. Le chef du Parti Saskatchewan Brad Wall (à gauche) et le chef du Nouveau Parti démocratique Cam Broten.  Photo :  PC/Mark Taylor

Les sondages montrent le premier ministre sortant Brad Wall largement en avance. Il ne fait aucun doute qu'il a marqué bien des points, dans le sud de sa province, quand il s'est lancé en croisade contre les opposants aux projets d'oléoducs.

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