Mort de Jean Lapierre, le politicien devenu chroniqueur respecté de tous

Réactions politiques à la mort de Jean Lapierre

Jean Lapierre, victime d'un accident d'avion survenu mardi aux Îles-de-la-Madeleine, avait de nombreux amis dans tous les partis politiques. Qu'ils aient été alliés ou adversaires politiques, ceux qui l'ont côtoyé ont été nombreux à saluer celui qui fut tour à tour libéral, bloquiste, puis à nouveau libéral.

L'ex-premier ministre libéral Paul Martin peine à croire à la disparition de celui qu'il avait convaincu de revenir en politique sous la bannière libérale, en 2004, et qu'il qualifie de « grand ami ».

« C'est quelqu'un qui avait de l'intégrité, qui avait une vision, mais aussi, il était remarquable. Je pense que le Canada vient de perdre un atout », a déclaré M. Martin en entrevue à Radio-Canada.

Rappelant ses faits d'armes en politique à titre de ministre et de député élu pour la première fois à 23 ans, Paul Martin a ajouté que Jean Lapierre était « très fier » du fait qu'il était journaliste.

« Être un politicien, être journaliste et parler des grands sujets de l'heure, c'était quelque chose qui le touchait profondément. » — Paul Martin

« Il était trop jeune pour nous quitter », a pour sa part commenté dans un communiqué l'ancien premier ministre Jean Chrétien. 

« Que ce soit comme ancien collègue à la Chambre des communes, au Cabinet ou comme personnalité publique, Jean Lapierre s'est distingué par son grand attachement à la vie publique », a dit M. Chrétien, que Jean Lapierre avait tenu responsable de l'échec de l'accord du lac Meech. En 1990, M. Lapierre avait même démissionné du Parti libéral du Canada lorsque M. Chrétien avait été élu à la tête de la formation politique. 

Liza Frulla, qui a notamment servi dans le Cabinet de Paul Martin aux côtés de Jean Lapierre, s'est dit « sous le choc ». L'ancienne ministre du Patrimoine se souviendra de lui comme un homme « de bonne humeur, gai, positif », qui était « tellement drôle et agréable ».

Elle l'a décrit comme un « homme profondément authentique » et « fidèle dans ses amitiés ».

« Ce qu'on voyait de Jean Lapierre, ce qu'on a connu dans les médias, c'était lui, c'était exactement le même Jean Lapierre sur le plan privé. » — Liza Frulla

Cofondateur du Bloc

L'ex-premier ministre québécois Lucien Bouchard, qui était conservateur à Ottawa au moment où Jean Lapierre était libéral, a souvent dû répondre aux questions du député de l'opposition à la Chambre des communes avant de cofonder avec lui le Bloc québécois en 1991.

« Il n'a jamais été méchant, Jean. Il ne posait jamais de question méchante. Il avait une manière de formuler ses questions qui les rendaient très percutantes, se remémore Lucien Bouchard. Ce sens de la formule qu'il avait en politique, il l'avait conservé comme commentateur. »

L'une des grandes qualités de Jean Lapierre était qu'il avait la confiance de la population, estime M. Bouchard. « Il était proche des gens. »

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« C'est lui qui m'a appris comment ça fonctionnait en Chambre », se rappelle l'ancien chef bloquiste Gilles Duceppe, qui fut le premier à être élu sous la bannière bloquiste. 

Le politicien à la retraite décrit son ancien collègue comme un politicien très sociable « fidèle à ses instincts ».

« C'était un passionné très près du monde, très près de ses gens. » — Gilles Duceppe, ancien chef du Bloc québécois

Gilles Duceppe admet qu'ils ont été en froid après le retour de Jean Lapierre au bercail libéral, mais qu'ils se sont réconciliés parce que leur « amitié était plus précieuse que tout ». « On était deux grands gars qui avaient un verre de vin, qui se donnaient la main et qui pleuraient sur la terrasse », confie-t-il. 

Comme plusieurs autres personnalités qui ont réagi à sa mort, l'ancien chef bloquiste Gilles Duceppe a souligné qu'il lui avait parlé la veille de sa mort pour lui offrir ses condoléances pour la mort de son père. Comme d'autres également, il a exprimé sa compassion pour la mère de Jean Lapierre, qui a également perdu deux autres fils, une fille et une bru dans l'accident aérien. « Quelqu'un aurait fait un film sur ça, on aurait dit ce n'était pas réaliste. »

Le député bloquiste Louis Plamondon, qui figure parmi les cofondateurs de la formation souverainiste, a lui aussi fait l'éloge de son ancien compagnon d'armes, vantant un « homme de principes » « extrêmement travaillant et studieux », mais aussi un « gars extraordinaire ».

L'analyste reconnu pour ses expressions colorées était « capable de répliques exceptionnelles » à la Chambre des communes, a rappelé le député de Bécancour-Nicolet-Saurel. « Il avait ce don d'une réplique facile qui rejoignait le peuple, qui rejoignait tout le monde et qui était très pertinente, mais en même temps, il était toujours très préparé », a-t-il dit sur les ondes de RDI.

« Les campagnes électorales seront différentes sans sa présence. » — Louis Plamondon, député bloquiste

Jean Lapierre, qui entrevoyait le Québec comme une société distincte, « n'était pas un souverainiste dans l'âme, reconnaît M. Plamondon au sujet de sa participation à la création du Bloc québécois. « Mais il voulait absolument mettre une pression continuelle sur le gouvernement fédéral, comme le voulait [l'ancien premier ministre québécois Robert] Bourassa pour pouvoir aboutir à un changement dans le régime fédéral. » 

Réactions à Québec

« C'était un homme exceptionnel. Un homme accessible et un homme d'une passion vraiment débordante, ajoute quant à lui le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau. C'est une très triste journée que le Québec connaît aujourd'hui. »

Entrevue avec Pierre Karl Péladeau sur le décès de Jean Lapierre

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, était pour sa part visiblement ébranlé par la nouvelle de la mort de Jean Lapierre et de sa femme, Nicole Beaulieu. « Je n'y crois pas encore. C'est d'une tristesse infinie. Jean et Nicole! On avait passé des soirées à rire ensemble. C'était deux passionnés de la vie. »

« Jean Lapierre, quel organisateur politique! Quand j'ai lancé la CAQ, c'est un des premiers que j'ai appelés, de qui j'ai sollicité des conseils. Quelqu'un qui connaissait tout le monde, qui était informé avant tout le monde des nouvelles. Je ne peux pas croire que je ne passerai plus de soirée avec Jean et Nicole », s'est de plus attristé M. Legault.

Réactions à Ottawa

« Il y avait énormément de sympathie qui émanait de lui », dit de son côté Gérard Deltell, député conservateur et ex-journaliste. « On se sentait en confiance quand on lui parlait et l'auditeur se sentait en confiance quand il parlait. C'est très rare, cette combinaison-là. »

« Jean avait énormément d'influence. » — Gérard Deltell, député conservateur et ex-journaliste

Le maire de Montréal salue un ex-collègue

« Pour moi, Jean Lapierre, c'était un ex-collègue, mais [aussi] un ami », a déclaré, ému, le maire de Montréal et ancien ministre libéral fédéral Denis Coderre au cours d'un point de presse. « C'était quelqu'un qui nous forçait à redéfinir le mot "incontournable" quand il faisait ses chroniques », a-t-il ajouté, évoquant un personnage « haut en couleur ».

« Je pense à sa mère, qui attendait la famille pour faire le deuil de leur père, qui avait le Parkinson. C'est une grande perte. Point à la ligne », a-t-il soutenu. 

À Québec, le maire Régis Labeaume a de son côté qualifié la mort du commentateur de « tragique ».

« Je pense qu'il était adoré de la population », a dit M. Labeaume. « Le flair politique de Jean Lapierre, actuellement, je pense que dans - sauf le respect que je dois à tous les médias - il n'existe pas, à l'heure actuelle, quelqu'un qui a un flair politique comme Jean Lapierre l'avait. »

Entrevue avec Jean-Claude Rivest
Entrevue avec Sheila Copps sur la mort de Jean Lapierre