Trudeau nomme sept sénateurs, dont l'athlète Chantal Petitclerc

Le reportage de Raphaël Bouvier-Auclair

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, tente de donner un nouveau souffle au Sénat, secoué par de nombreux scandales au cours des trois dernières années, en nommant sept nouveaux sénateurs.

Bien qu'ils soient nommés par le gouvernement libéral de Justin Trudeau, les nouveaux sénateurs portent l'étiquette d'indépendant.

L'ancienne athlète paralympique Chantal Petitclerc et l'ex-éditorialiste en chef de La Presse André Pratte sont parmi les nouvelles nominations de M. Trudeau.

Chantal Petitclerc est une ancienne championne paralympique de course en fauteuil roulant et la chef de mission de l'équipe canadienne aux Jeux paralympiques de Rio au Brésil.

Se disant à la fois « très honorée » et « humble », elle dit tenir encore à l'institution du Sénat, en dépit du scandale qui l'a éclaboussée. Elle affirme aussi croire à l'indépendance de son statut, même si elle a été désignée par un gouvernement libéral.

« Je n'ai pas envie de me tourner vers le passé, a-t-elle déclaré à ICI RDI. J'ai envie de croire qu'on se projette vers l'avenir avec cette indépendance-là. Je sais que moi je me sens et je suis tout à fait indépendante, libre de mes décisions, de mes positions, de mes priorités, de mes valeurs aussi. »

« Dans la courte discussion que j'ai eue avec le premier ministre Trudeau, on a parlé travail, on a parlé passion, on a parlé leadership, on a parlé intégrité. C'est ce qu'on m'a dit dès le départ, c'est pourquoi j'ai accepté d'embarquer dans cette belle aventure-là. Ce sont des valeurs qui vont rester avec moi.  » — Chantal Petitclerc

André Pratte a été journaliste pendant plus de 30 ans, dont 14 ans à titre d'éditorialiste en chef de La Presse. Détenteur d'un baccalauréat en science politique, M. Pratte est reconnu pour ses prises de position fédéraliste.

Les sept personnes suivantes feront leur entrée au Sénat :

  • Raymonde Gagné (Manitoba)
  • Murray Sinclair (Manitoba)
  • V. Peter Harder (Ontario)
  • Frances Lankin (Ontario)
  • Ratna Omidvar (Ontario)
  • Chantal Petitclerc (Québec)
  • André Pratte (Québec)

Raymonde Gagné a travaillé dans le milieu de l'éducation pendant plus de 35 ans. Elle a notamment été rectrice de l'Université de Saint-Boniface au Manitoba de 2003 à 2014. 

Son nouveau collègue, Murray Sinclair, est un juge à la retraite qui a oeuvré pendant 25 ans dans le système judiciaire manitobain. Il a coprésidé l'Enquête publique sur l'administration de la justice et les peuples autochtones au Manitoba en plus de présider la Commission de vérité et réconciliation.

De l'Ontario, le gouvernement Trudeau a retenu la candidature de l'ancienne ministre néo-démocrate Frances Lankin qui a été directrice générale de Centraide Toronto pendant plus de dix ans et ministre dans le gouvernement ontarien.

Originaire de l'Iran, Ratna Omidvar possède de l'expérience en matière d'immigration, de multiculturalisme, de diversité, de citoyenneté, d'intégration et de droits des minorités. Membre de l'ordre du Canada, elle est également présidente d'Opération Survie Syrie.

Quant à V. Peter Harder, il a passé 29 ans dans la fonction publique fédérale, dont 16 ans à titre de sous-ministre aux ministères des Affaires étrangères, du Commerce international, du Solliciteur général, de la Sécurité publique et au Secrétariat du Conseil du Trésor.

Malgré ces nouvelles nominations, le Sénat compte toujours 17 sièges vacants.

En décembre, les libéraux ont établi un comité consultatif pour aider le premier ministre à choisir des candidats.

Seules trois provinces avaient été invitées à participer à ce processus, soit l'Ontario, le Manitoba et le Québec, étant celles qui ont le plus de sièges vacants au Sénat.

La Colombie-Britannique a refusé de participer au processus, sa première ministre Christy Clark ne voulant pas accorder de légitimité à une chambre haute non élue.

Un contrepoids à la Chambre des communes

Le journaliste André Pratte, ex-éditorialiste en chef du quotidien La Presse explique comment il en est arrivé à être choisi pour siéger à la Chambre haute.

À la suggestion d'un ami, M. Pratte a soumis sa candidature à la commission chargée de suggérer des noms au premier ministre. Il a ensuite reçu un appel de M. Trudeau qui lui a indiqué qu'il s'intéressait à sa candidature pour pourvoir l'un des sièges vacants au Sénat. Il a appris sa nomination il y a quelques jours pendant qu'il était en vacances.

M. Pratte estime que le rôle du Sénat demeure important au sein du parlementarisme canadien malgré ses déboires des dernières années. Il souligne l'étendue du pouvoir du gouvernement en exercice qui peut faire adopter d'importants projets de loi rapidement.

« L'indépendance, ça ne veut pas dire ne pas avoir d'idées. [...] L'indépendance est définie par rapport à la partisanerie. » — André Pratte

« Il [le gouvernement] peut, grâce à sa majorité, faire adopter à peu près n'importe quel projet de loi, souvent même très rapidement », explique l'ancien éditorialiste. Le Sénat peut servir à corriger des erreurs, des abus, de projets de loi qui sont souvent bâclés, on a parlé souvent récemment de projet de loi qui sont d'une envergure considérable - plusieurs centaines de pages adoptées à toute vapeur - le Sénat peut jouer un rôle de second examen attentif. »

Le Sénat a le temps, les moyens, d'étudier des projets de loi plus longuement, parfois avec moins de pression partisane, et corriger des erreurs qui ont été commises à la Chambre des communes, fait-il aussi valoir.

M. Pratte concède que le Sénat remplit moins bien son rôle lorsqu'il est partisan. Il avance que la décision de M. Trudeau de nommer des sénateurs indépendants contribuera à favoriser un rôle positif pour la chambre haute du Parelement.

« Je ne siégerai pas dans un caucus de parti, je ne serai pas soumis à une discipline de parti. » — André Pratte

Il souligne que les autres sénateurs qui seront nommés ultérieurement siégeront également comme indépendants, ce qui permettra au Sénat de fonctionner à l'abri des ornières de la partisanerie.

Réaffirmant ses convictions fédéralistes, M. Pratte souligne qu'il a parfois appuyé les conservateurs, parfois les néo-démocrates et d'autres fois les libéraux. Il s'attend à subir la critique, mais elle ne l'empêchera pas de faire son travail, selon lui.