Le projet de loi sur le coût des médicaments est trop restreint, critiquent les partis d'opposition

Le reportage de Julie Dufresne

Dès la première journée de la commission parlementaire sur le projet de loi 81 sur le coût des médicaments, les partis d'opposition ont reproché au ministre de la Santé de présenter un projet de loi trop restreint.

Un texte de Julie DufresneTwitterCourriel

« Ce n'est pas sûr que ce soit la bonne façon que ça coûte moins cher, ce n'est pas sûr du tout. » — Jean-François Lisée, député de Rosemont, PQ
« J'espère qu'avec le projet de loi, on ne se trempera pas juste l'orteil dans l'eau! » — Amir Khadir, député de Mercier, Québec Solidaire

Le projet de loi 81 vise à réduire le coût de certains médicaments couverts par le régime général d'assurance médicaments en permettant le recours à une procédure d'appel d'offres. C'est que, dans l'esprit du ministre de la Santé, le coût des médicaments au Québec est un problème criant.

« Il n'y a aucun doute, pas l'ombre d'un doute qu'on paie trop cher en médicaments. » — Gaëtan Barrette, ministre de la Santé du Québec

« Je suis convaincu qu'à partir de ce matin, on va apprendre bien des choses sur le merveilleux monde du médicament. On va certainement apprendre bien des choses qui expliquent pourquoi ça coûte plus cher », a ajouté le ministre.

Gaétan Barrette, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec Gaétan Barrette, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec  Photo :  PC/Jacques Boissinot

Plus cher au Québec

Une étude menée en 2013 par le Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés lui donne raison. Intitulée Régimes privés d'assurance médicaments au Canada, l'étude démontre que le Québec est la province où l'on paie le plus cher pour les médicaments d'ordonnance prescrits.

L'étude cite en exemple un médicament générique pour diminuer le taux de cholestérol. Au Québec, il coûtait plus que dans toute autre province, et 94 % de plus qu'en Ontario.

Le Canada fait lui aussi piètre figure. Il se classe continuellement parmi les cinq pays de l'OCDE où les médicaments sont les plus chers. C'était encore vrai en 2015, selon les indicateurs de l'organisation.

Économies possibles

Marc-André Gagnon, professeur agrégé à l'École d'administration et de politique publique de l'Université Carleton, s'est penché sur la question. Il y a deux ans, il a calculé les économies possibles en ayant recours à des appels d'offres, comme le propose le gouvernement Couillard avec son projet de loi 81.

« Les économies, c'était 173 millions de dollars par année uniquement pour le Québec. » — Marc-André Gagnon, professeur agrégé, Université de Carleton

« De manière générale, effectivement, au Québec, on paie beaucoup plus cher nos médicaments que dans les pays de l'OCDE », confirme-t-il.

Il cite en exemple la Nouvelle-Zélande, qui a instauré ce processus depuis le milieu des années 90. La formule semble avoir fait ses preuves.

« Le prix du générique peut être 2 % ou 3 % du prix du médicament de marque, dit M. Gagnon. Bien en deçà du 18 % ou 2 5% qu'on paie au Canada et au Québec. »

Marc-André Gagnon, professeur agrégé à l'École d'administration et de politique publique de l'Université Carleton. Marc-André Gagnon, professeur agrégé à l'École d'administration et de politique publique de l'Université Carleton.

Plus vaste problème

Mais l'absence d'appels d'offres ne serait qu'une partie du problème. Ce sont les honoraires professionnels des pharmaciens québécois qui feraient en grande partie grimper la facture.

« Il n'y a aucune transparence, ils peuvent charger autant qu'ils veulent au régime privé et ils ne se gênent pas. Ils se retrouvent à charger trois fois plus que les autres provinces au niveau des honoraires professionnels », dit le professeur Gagnon.

« Ça, c'est extrêmement problématique. Et ils veulent en plus récupérer des ristournes à partir des fabricants de génériques. Je pense qu'au niveau de la structure de rémunération, ils sont grassement payés par rapport aux autres provinces. Il n'y a aucune raison d'aller en plus chercher les ristournes des génériques et ça, c'est d'après moi le premier pas qui doit être fait : sortir les ristournes des génériques des mains des pharmaciens. C'est des sous qui devraient retourner dans les poches des patients et des contribuables », ajoute-t-il.

En commission parlementaire, les pharmaciens ont indiqué qu'ils s'opposaient au projet de loi.

« Les appels d'offres auront un impact négatif au niveau de la qualité des médicaments. Les fabricants devront diminuer leurs coûts, a plaidé Christophe Augé, président de l'Association professionnelle des pharmaciens salariés du Québec. Les appels d'offres vont fragiliser la relation de confiance entre le patient et son pharmacien [et ils] viennent retirer l'autonomie du pharmacien pour prendre les meilleures décisions pour ses patients. »

Le ministre de la Santé reconnaît que le problème est plus large que la question des appels d'offres. Il devra aussi, par exemple, se pencher sur les risques de pénurie qu'entraînerait le choix d'un fournisseur unique. Gaëtan Barrette se montre ouvert à élargir la portée du projet de loi.