Québec nomme un vérificateur au Centre jeunesse de Laval

Le reportage de Jacques Bissonnet

Québec dépêche un vérificateur au Centre jeunesse de Laval afin de s'assurer que « toutes les procédures d'encadrement et tous les processus pour éviter les fugues à répétition » sont correctement appliqués, a annoncé mardi la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse.

Le gouvernement « posera des gestes » après avoir reçu son rapport, attendu dans 30 jours, a précisé la ministre Lucie Charlebois.

« Prenons le temps de vérifier toutes les procédures, notamment l'utilisation de téléphones cellulaires », a-t-elle fait valoir lors d'un point de presse conjoint avec son collègue à la Sécurité publique, Martin Coiteux.

Les réseaux sociaux sont soupçonnés de jouer un rôle-clé dans le recrutement de jeunes filles par des réseaux criminels. À l'heure actuelle, les jeunes qui sont placés sous la responsabilité des centres jeunesse ne peuvent utiliser d'appareils électroniques à l'intérieur des murs de l'établissement, mais peuvent les récupérer dès qu'ils en sortent.

La ministre Charlebois a aussi annoncé qu'elle va étudier en parallèle le bien-fondé de la politique d'encadrement actuellement en vigueur, afin de déterminer s'il y a moyen de naviguer entre l'« encadrement excessif » qui existait autrefois, et la « liberté de circulation » actuelle.

« Est-ce qu'il y a d'autres mesures qui peuvent être adoptées? Est-ce que, entre l'encadrement excessif et la liberté de circulation, il n'y aurait pas un usage qui pourrait convenir pour nous assurer que nos jeunes soient bien encadrés? » — Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Protection de la jeunesse
Entrevue avec la ministre Lucie Charlebois

Ces questions seront étudiées en collaboration avec les directeurs de la protection de la jeunesse et avec les présidents-directeurs généraux des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), a précisé la ministre Charlebois. 

La ministre Charlebois a aussi annoncé que le gouvernement mettra sur pied un plan d'intervention plus global qui impliquera plusieurs ministères, dont ceux de la Santé et des Services sociaux, de la Justice, de la Sécurité publique et de la Condition féminine.

Le phénomène des fugues dans les centres jeunesses n'est pas nouveau, mais il été récemment très médiatisé. Au moins cinq jeunes filles placées sous la responsabilité du Centre jeunesse de Laval ont été portées disparues depuis une semaine. Quatre d'entre elles ont été retrouvées, mais une cinquième manque toujours à l'appel.

Le ministre Coiteux soutient que les cas de jeunes filles qui tombent sous le joug de proxénètes interpellent le gouvernement « de façon particulière ». Il refuse cependant de conclure que le phénomène prend de l'ampleur. La médiatisation des cas est plus grande, dit-il, mais cela ne signifie pas qu'il y a plus de cas qu'auparavant.

Comme il l'a fait la semaine dernière, le ministre Coiteux a réitéré que les forces policières ont un rôle à jouer dans ce dossier, mais qu'il est aussi essentiel d'agir en prévention.

Josée Chaput et Éric Hauptman témoignent de l'inquiétude des parents dans les cas de fugues.

L'opposition critique la réaction du gouvernement

Le porte-parole du Parti québécois en matière de protection de la jeunesse, Jean-François Lisée, dit être « très déçu de la faible » réaction des ministres Charlebois et Coiteux. Il aurait souhaité une réaction « plus ferme, plus détaillée et avec des moyens ».

Selon lui, le gouvernement Couillard aurait dû offrir plus d'argent aux centres jeunesse et aux organismes qui font du travail de terrain, qui ont subi des compressions récemment, ainsi qu'aux services policiers. « C'est le temps de changer de cap immédiatement, pas d'y réfléchir! », a-t-il plaidé.

M. Lisée s'est offusqué que la ministre Charlebois ait affirmé que les compressions de 20 millions dans les centres jeunesse ont été « purement administratives ». « Rien dans les services n'a été retranché. Zéro et une barre », a-t-elle affirmé en conférence de presse.

« C'est vivre dans le déni […] Le taux d'encadrement a baissé, le taux de roulement des professionnels dans les centres jeunesse est très élevé, justement parce que la charge est très lourde. Le nombre de signalements augmente, les budgets sont réduits. » — Jean-François Lisée, porte-parole du PQ en matière de protection de la jeunesse

M. Lisée a également réitéré qu'il appuie l'idée de resserrer la liberté de circulation des jeunes dans les centres jeunesse. L'idée n'est pas de fermer la porte à tous les jeunes qui s'y trouvent, mais peut-être faudrait-il y penser pour ceux et celles qui fuguent à répétition, a-t-il avancé.

Les parents de plusieurs adolescentes qui ont fugué du Centre jeunesse de Laval au cours des derniers jours ont dit craindre qu'elles ne soient tombées dans les griffes d'un gang de rue ou d'un réseau de proxénètes. Certains ont dénoncé le fait que leurs enfants puissent quitter le centre jeunesse en toute liberté.

La porte-parole du Parti québécois en matière de condition féminine, Carole Poirier, a pour sa part accusé le gouvernement Couillard d'avoir laissé tomber un plan qui devait aboutir à l'adoption de mesures pour contrer l'exploitation sexuelle des jeunes en décembre 2014. 

Quant à Pascal Bérubé, porte-parole du parti en matière de sécurité publique, il a dénoncé le fait que le gouvernement n'a pas mis sur pied une escouade mixte chargée d'enquêter sur des cas d'exploitation sexuelle, qui réunirait des policiers de Montréal, de Laval et de Longueuil.

« Quand il y a une situation hors du commun, ça prend des moyens hors du commun », a-t-il fait valoir.