Uber : une commission parlementaire se penchera sur l'industrie du taxi

Le reportage de Jean-Sébastien Cloutier

Une commission parlementaire de l'Assemblée nationale se penchera sur l'industrie du taxi, en crise depuis l'arrivée d'Uber au Québec, vient d'annoncer le nouveau ministre des Transports, Jacques Daoust.

Un texte de Jérôme LabbéTwitterCourriel

Toutes les parties seront invitées à la table afin de « déterminer les pistes de solution pour relever les défis auxquels est confrontée l'industrie du taxi avec l'arrivée de nouveaux types de transports rémunérés des personnes », écrit-il par voie de communiqué.

« L'industrie du transport par taxi est bousculée présentement dans ses pratiques par l'arrivée de nouvelles technologies qui changent la donne [...] En même temps, tous reconnaissent l'importance pour l'industrie du taxi de se moderniser. Dans ce contexte, le statu quo n'est pas envisageable », ajoute-t-il.

En point de presse, le ministre Daoust a spécifié que les parlementaires devront garder en tête trois grands principes : la sécurité des passagers, des règles équitables pour tous les joueurs et le bénéfice des utilisateurs.

« L'objectif pour nous est clair, parce qu'on est confrontés à deux grandes visions », a-t-il résumé. « Il faut qu'il y ait des règles claires, parce que les règles actuellement ne le sont pas véritablement, et il faut aussi qu'on vive dans un environnement de travail qui est compétitif. »

Appelé à donner son opinion personnelle sur le dossier, le ministre Daoust a répondu qu'il n'était « pas contre le progrès technologique », mais qu'il fallait réglementer. « Ne sous-estimons pas les moyens que possède l'État pour faire face à ça », a-t-il plaidé.

En réaction, la députée péquiste Martine Ouellet a souligné par voie de communiqué mercredi que contrairement à son prédécesseur Robert Poëti, le nouveau ministre des Transports s'était abstenu en point de presse de qualifier UberX d'« illégal ».

« La tension monte dans l'industrie, les chauffeurs sont à bout de patience et le gouvernement Couillard les a abandonnés. Dans quelle autre industrie tolère-t-on des activités illégales faites en plein jour? », se demande-t-elle.

Québec solidaire abonde dans le même sens. « Il ne faut pas que la tenue de cette commission entraîne un autre délai intolérable pendant lequel les activités déloyales et illégales d'UberX ruinent le gagne-pain de milliers de travailleuses et travailleurs du taxi », fait valoir Amir Khadir, député de Mercier.

Deux visions s'affrontent

L'industrie du taxi demande depuis longtemps au gouvernement Couillard d'interdire l'application UberX. Mardi, une demande d'injonction permanente a été déposée par le Syndicat des travailleurs autonomes Métallos pour faire cesser les activités de la compagnie sur tout le territoire québécois.

Les chauffeurs de taxi, qui ont souvent payé 200 000 $ le permis leur donnant le droit d'exercer leur métier, sont frustrés de voir qu'Uber permet à n'importe qui de transporter des passagers contre rétribution. Les chauffeurs de taxi devraient-ils être dédommagés par le gouvernement? « Je ne pense pas que ce soit à la population du Québec de payer », a répondu le ministre Daoust.

Uber a salué la mise sur pied de la commission parlementaire, espérant que celle-ci permettra de trouver des « solutions réglementaires concrètes pour assurer aux consommateurs des alternatives de transport sécuritaires, fiables et abordables ».

« Nous serons heureux de collaborer avec le ministre et les membres de la commission parlementaire », a assuré par courriel le porte-parole d'Uber Canada, Jean-Christophe de Le Rue.