Lutte contre les changements climatiques : la tâche colossale d'Ottawa

Le reportage de Louis Blouin

À Ottawa, les ministres de l'Environnement ont aujourd'hui pour mission de faire avancer la discussion autour d'un plan de lutte contre les changements climatiques. Avec les engagements actuels des provinces, la tâche sera difficile. 

Un texte de Raphaël Bouvier-AuclairTwitterCourriel

Pour le gouvernement Trudeau, c'est un projet prioritaire. Dans toutes les lettres de mandat des ministres, peu importe leur portefeuille, la notion de lutte contre les changements climatiques est présente. Pour le gouvernement Trudeau, la cible qui a été établie avant la Conférence de Paris par l'ancien gouvernement est un « plancher », un minimum à accomplir. Mais certains experts consultés constatent que même cette cible sera difficile à atteindre.

Cible présentée par le gouvernement Harper

Réduction de 30 % des émissions du Canada en 2030 par rapport aux émissions de 2005.

« Si on parle d'un plancher de 30 %, ça va être difficile d'y arriver avec ce qu'on connaît en ce moment », lance Félix Boudreault, chercheur invité à l'École de gestion Ivey de l'Université Western Ontario.

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Le chercheur s'est prêté à l'exercice et a calculé les cibles de réduction d'émissions des provinces qui ont pris des engagements d'ici 2030. Parmi elles, on compte les plus grandes émettrices : le Québec, l'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique. « Même en projetant des réductions d'émissions venant des autres provinces, on arrive encore à un manque à gagner », dit-il.

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Parmi les provinces, plusieurs semblent peu flexibles sur la portée de leurs engagements. « Je veux que ce qu'on a fait soit reconnu, et on a fait beaucoup avec nos propres moyens », a expliqué le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, à la veille de la COP21 à la fin du mois de novembre.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, répète de son côté que la défense de l'environnement ne doit pas nuire à l'économie. Un message qu'il a même partagé à Paris, pendant la conférence sur le climat. 

Les premiers ministres des provinces et des territoires doivent rencontrer Justin Trudeau au début du mois de mars pour développer un plan pancanadien de lutte contre les changements climatiques.

Les options d'Ottawa

La ministre de l'Environnement et des Changements climatiques, Catherine McKenna, reconnaît que la tâche à accomplir est grande. Pour réussir, certains prévoient qu'Ottawa n'aura pas le choix d'utiliser l'argument financier.

« À la COP21 à Paris, nous avons toujours dit que le travail concret débuterait à notre retour au pays » — La ministre Catherine McKenna, lors d'une conférence à l'Université du Québec en Outaouais, à la mi-janvier.

Félix Boudreaut rappelle que le ministre des Finances a pour mandat de mettre sur pied un Fonds pour une économie à faible production de carbone.« Là, les provinces peuvent soudainement être plus ouvertes à écouter ce que le fédéral a à dire », dit-il. 

D'ailleurs en marge de la rencontre des ministres de l'Environnement vendredi, le ministre québécois David Heurtel a déclaré que la lutte contre les changements climatiques n'est « pas seulement une addition du travail des provinces et des territoires ». Il s'attend à ce qu'Ottawa contribue, par exemple dans les infrastructures et dans les technologies propres. 

Paul Fauteux, ancien négociateur en chef de la mise en application du Protocole de Kyoto au Canada. Paul Fauteux, ancien négociateur en chef de la mise en application du Protocole de Kyoto au Canada.  Photo :  Benoit Roussel

Le gouvernement Trudeau a toujours été clair dans son intention d'établir une tarification du carbone au Canada. La manière d'y arriver n'est pas établie pour le moment. Selon Paul Fauteux, ancien négociateur en chef de l'application du protocole de Kyoto au Canada, Ottawa devra décider s'il crée une taxe ou un marché du carbone. « Il y a des arguments pour un système de permis échangeables, mais il est clair qu'une taxe, c'est beaucoup plus simple à la fois à mettre en place et à administrer », ajoute-t-il.

Vendredi, la ministre McKenna a répété que son gouvernement « regarde tous les outils pour réduire les émissions et aller à une économie plus verte ». 

Malgré la tâche colossale qui attend le gouvernement Trudeau, Paul Fauteux est optimiste. « Depuis une quinzaine d'années, il y a un niveau de conscience beaucoup plus élevé dans la population canadienne de l'importance des problèmes qu'entraînent les changements climatiques », note celui qui s'intéresse aux dossiers environnementaux depuis des années. 

Émissions en augmentation

La ministre McKenna sait que les émissions pourraient augmenter considérablement d'ici 2030. Son ministère a dévoilé aujourd'hui des projections d'émissions qui ne prennent toutefois pas en considération plusieurs mesures annoncées par certaines provinces.

Projections préliminaires des émissions au Canada. Projections préliminaires des émissions au Canada.  Photo :  Ministère de l'Environnement

Ces estimations pourraient donc changer avec la baisse marquée des prix du pétrole et les mesures de lutte contre les changements climatiques adoptées par l'Alberta en novembre. Le rapport final devrait être rendu public sous peu.