Le Canada en voie de lever certaines sanctions contre l'Iran

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion  Photo :  PC/Adrian Wyld

À l'instar de l'Union européenne et des États-Unis, le Canada entend lever certaines des sanctions qu'il impose à l'Iran et ainsi se conformer à une demande de l'ONU. Le ministre des Affaires étrangères a évoqué cette intention à la Chambre des communes, mardi, sans toutefois offrir beaucoup de précisions ou un échéancier.

« Les Nations unies demandent aux pays de retirer les sanctions qui sont liées à l'accord conclu pour s'assurer que l'Iran n'utilise pas le nucléaire pour des raisons militaires, a déclaré Stéphane Dion. Le Canada retirera ses sanctions, mais ce que le Canada maintiendra, c'est une méfiance envers un régime qui ne doit pas retourner dans l'armement nucléaire, un régime qui est un danger pour les droits humains, qui n'est pas un ami de nos alliés, notamment Israël. »

« Alors, c'est avec les yeux ouverts que nous allons agir conformément aux Nations unies », a-t-il répondu au député conservateur Tony Clement, qui lui posait une question sur l'accès potentiel au marché iranien, qui pourrait notamment bénéficier à Bombardier.

En point de presse à la sortie de la Chambre, Stéphane Dion a confirmé que Bombardier pourrait faire des affaires avec l'Iran à la levée des sanctions. « Les affaires légitimes, certainement », a précisé le ministre en ajoutant : « Si Airbus peut le faire, pourquoi Bombardier ne pourrait pas le faire? »

En soirée, dans un courriel à Radio-Canada, le directeur des communications du ministre Dion, Joe Pickerill, a indiqué que le délai avant la levée des sanctions dépendrait « de la volonté de l'Iran de s'engager de façon ouverte ».

Une ambassade souhaitée

Début janvier, M. Dion avait répété que le gouvernement Trudeau souhaitait rouvrir une ambassade en Iran, fermée par le gouvernement Harper en septembre 2012.

« Le Canada n'est pas en Iran, et je ne vois pas ce que ça donne à la population iranienne qu'on ne soit pas en Iran. On devrait y être, mais, bien sûr, il faudra exiger du gouvernement iranien qu'il prenne beaucoup plus sérieusement ses responsabilités de la Convention de Vienne quant à la protection des ambassades », avait-il souligné, dans une référence à l'attaque de l'ambassade saoudienne survenue dans la foulée de l'exécution du cheikh Nimr Al-Nimr.

En juin dernier, le chef libéral Justin Trudeau avait exprimé le même souhait lors d'une entrevue à CBC. « J'espère que le Canada sera en mesure de rouvrir sa mission [diplomatique en Iran]. Ce que je comprends, c'est que des inquiétudes quant à la sécurité ont mené à sa fermeture, mais je suis assez certain qu'il y a des façons de se réengager », avait-il dit.

Le gouvernement Harper avait justifié sa décision de fermer l'ambassade canadienne - et d'expulser les diplomates iraniens du Canada - en évoquant les violations des droits de la personne par la République islamique, son programme nucléaire, son soutien au président syrien Bachar Al-Assad et ses menaces envers Israël.

Un plan irresponsable, selon les conservateurs

Dans un communiqué publié en soirée, le Parti conservateur qualifie le « plan des libéraux » à l'égard de l'Iran d'irresponsable. « Les priorités des libéraux sont complètement erronées. Ça devrait être à la République islamique de l'Iran de déployer des efforts pour regagner le respect du Canada et de toute la communauté internationale », affirme le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'affaires étrangères, Tony Clement.

Le communiqué conservateur rappelle que l'Iran appuie le régime de Bachar Al-Assad en Syrie et est un ennemi d'Israël. « Ce ne sont pas de simples désaccords. Ce sont des différences fondamentales profondément enracinées qui sont contraires aux valeurs des Canadiens », soutient M. Clement.

Quant aux possibilités d'affaires, le porte-parole conservateur lance « qu'il existe une foule de pays qui offrent des possibilités d'affaires sans pour autant parrainer le terrorisme ».