Frais accessoires : les aînés veulent qu'Ottawa mette Québec au pas

Des personnes âgées. Des personnes âgées.  Photo :  iStock

Les aînés québécois unissent leurs voix pour dénoncer la légalisation des frais accessoires par l'adoption du projet de loi 20 en novembre dernier. Un regroupement d'associations représentant un demi-million d'aînés québécois dénonce la normalisation de ces frais qui réduisent l'accessibilité aux soins de santé.

La normalisation des frais accessoires touche particulièrement les aînés, selon le regroupement des huit associations, puisqu'ils ont plus souvent recours aux soins de santé. Ils qualifient d'ailleurs les frais accessoires de « taxe santé aînée » et ils demandent au gouvernement de faire marche arrière dans le dossier.

« Est-ce que le gouvernement réalise que les frais accessoires sont absorbés en bonne partie par les aînés du Québec? », s'interroge le président de l'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP), Donald Tremblay.

Le réseau FADOQ précise que ce sont les plus vulnérables des aînés qui souffriront le plus de cette mesure.

« Il faut cesser de jouer à l'autruche, les aînés les plus vulnérables devront faire des choix. La santé ou l'épicerie? On le répète depuis un bon moment, malheureusement en vain, le gouvernement joue avec la qualité de vie des aînés; des conséquences s'ensuivront! » — Maurice Dupont, président du réseau FADOQ

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait indiqué, dans la foulée de l'adoption du projet de loi 20, que la facture des frais accessoires représentait un montant de 50 millions de dollars. Une somme dont le gouvernement ne dispose pas, avait déclaré à ce moment M. Barrette.

Le président de l'Association des retraitées et retraités de l'éducation et des autres services publics du Québec (AREQ), Pierre-Paul Côté, estime pour sa part que c'est aux médecins d'absorber ces coûts. Il dénonce l'augmentation de leur rémunération, qui a bondi de 300 millions de dollars au cours de la seule année dernière.

La coalition souligne que la rémunération des médecins du Québec s'est accrue de 47 % au cours des cinq dernières années pour atteindre 7 milliards de dollars en 2015.

« Comment le gouvernement du Québec peut-il donner son feu vert à une taxe de 50 millions de dollars par année en permettant aux médecins de facturer des frais accessoires, alors qu'il a perdu le contrôle de la rémunération de ces mêmes professionnels ? C'est indécent ! » — Pierre-Paul Côté, président de l'AREQ

Intervention fédérale demandée 

La coalition réclame maintenant l'intervention du gouvernement fédéral dont la loi interdit les frais accessoires, selon elle. « La Loi canadienne sur la santé est très claire : les frais accessoires sont interdits, avance la présidente de l'Association québécoise pour la défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), Judith Gagnon.

« Le gouvernement fédéral doit absolument la faire respecter, poursuit Mme Gagnon. Pourquoi tarde-t-il à agir? Le silence du gouvernement Trudeau dans ce dossier est inquiétant. »

Le gouvernement du premier ministre Philippe Couillard a légalisé les frais accessoires lors de l'adoption du projet de loi 20 en novembre dernier portant sur l'accès à un médecin de famille.

Le ministre de la Santé a profité de cette occasion pour baliser les frais accessoires en prétextant qu'ils étaient devenus monnaie courante et que les Québécois ne les remettaient pas en question. Le gouvernement avait voté la loi grâce à sa majorité à l'Assemblée nationale; 63 députés libéraux ont voté pour l'adoption de la loi, mais l'opposition s'était braquée en votant contre en bloc (48).

Les huit associations qui dénoncent les frais accessoires :

  • Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic du Québec (AQRP)
  • Réseau FADOQ
  • Association des retraitées et retraités de l'éducation et des autres services publics du Québec (AREQ)
  • Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR)
  • Alliance des associations de retraités (AAR)
  • Association québécoise des centres communautaires pour aînés (AQCCA)
  • Regroupement des popotes roulantes et autres services alimentaires bénévoles (PRASAB)
  • Regroupement interprofessionnel des intervenants retraités des services de santé (RIIRS)