C'est « odieux » de fermer le centre de désintoxication Mélaric, dit PKP

Le centre Mélaric, à Saint-André-d'Argenteuil, ferme ses portes. Le centre Mélaric, à Saint-André-d'Argenteuil, ferme ses portes.  Photo :  Centre Mélaric

Au lendemain de la commotion causée par l'annonce de la fermeture du centre de désintoxication Mélaric, le chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale, Pierre Karl Péladeau, qualifie d'« odieux les gestes qui sont actuellement posés par le gouvernement libéral ».

M. Péladeau, qui se trouvait mercredi au Saguenay-Lac-Saint-Jean, a évoqué le rapport de la vérificatrice générale du Québec selon lequel le gouvernement a payé près d'un demi-milliard de dollars en trop en frais liés à la rémunération des médecins.

« Lorsqu'on constate qu'il y en a pour les médecins [de l'argent], 400 millions de plus que l'enveloppe a dépassé, et que nous coupons en même temps [pour] ceux et celles qui vivent des épisodes de vulnérabilité, moi, je trouve ça odieux. » — Pierre Karl Péladeau, chef du Parti québécois et de l'opposition officielle

Bref rappel : la direction du centre Mélaric affirme que la réforme faite par le gouvernement de Philippe Couillard au programme d'aide sociale a entraîné des réductions aux prestations mensuelles des utilisateurs telles que ces derniers n'ont plus les moyens de payer, comme avant, les frais liés à leur admission et à leur thérapie.

Situé à Saint-André-d'Argenteuil, dans les Laurentides, et existant depuis 32 ans, le centre Mélaric accueillait 75 personnes alcooliques ou toxicomanes qui doivent maintenant être déplacées. La direction du centre affirme que Québec est demeuré sourd aux « nombreux messages à l'aide » qu'elle lui a envoyés.

Une situation qui peut toucher tout le monde

Pierre Karl Péladeau estime que tout le monde peut éprouver, à un moment ou à un autre de sa vie, « des moments difficiles ». Le problème est de nature à affecter « tous les Québécois », dit-il.

Alors qu'il venait de participer à un dîner de la Chambre de commerce de Saguenay, le chef du Parti québécois a accepté de commenter la fermeture du centre Mélaric à la demande d'un journaliste qui a rappelé que son père, Pierre Péladeau, avait eu à coeur la cause des gens qui souffraient d'une dépendance.

M. Péladeau père est d'ailleurs à l'origine de la création des Maisons Péladeau, c'est-à-dire deux établissements destinés à accompagner des hommes et des femmes aux prises avec une dépendance à l'alcool, à la drogue ou aux médicaments.

Ce qui fait dire à Pierre Karl Péladeau que « le Québec s'est toujours distingué, et encore davantage depuis les dernières décennies », dans ce domaine.

« Je tiens à souligner la solidarité qui a toujours existé dans notre collectivité et [...] de plus en plus l'entreprise privée, des philanthropes, des hommes et des femmes, ont aussi pris des engagements à l'endroit de l'accompagnement des personnes qui vivent des moments difficiles dans leur vie. » — Pierre Karl Péladeau, chef du Parti québécois et de l'opposition officielle

Le chef du PQ affirme que « ça peut arriver à tout le monde ». Et la classe politique n'est pas exempte, ajoute-t-il : « Il y a même des députés qui, un jour, ont eu des moments difficiles à passer et qui, pour certains, se sont retrouvés dans une situation très délicate ».

Le reportage d'Anne-Louise Despatie

Un autre établissement dans Lanaudière se dit menacé de fermeture

Le cas du centre Mélaric, obligé de mettre la clé sous la porte, pourrait se répéter ailleurs en province, selon le directeur général du Centre Nouvelle-Vie, Yvan Vachon. Cet établissement situé à Saint-Jean-de-Matha, dans Lanaudière, éprouve aussi d'importantes difficultés financières depuis que le gouvernement a procédé à la réforme du programme d'aide sociale.

Ce centre reçoit actuellement 30 personnes, mais il pourrait en recevoir le double.

Actuellement, la direction du Centre Nouvelle-Vie affirme enregistrer quatre à cinq demandes d'admission par semaine, comparativement à une vingtaine auparavant. C'est que les candidats à une cure de désintoxication n'ont plus les moyens de le fréquenter pour suivre une thérapie pouvant s'étaler sur quatre à six mois, d'expliquer M. Vachon : « On ne peut pas réussir à donner des services comme la certification, comme le ministère nous exige de donner, avec 49 $ par jour, c'est impossible ».

« Je ne peux pas dire que je vais être le prochain [à fermer], mais je sais que je vais être parmi ceux qui risquent de fermer bientôt. » — Yvan Vachon, directeur général du Centre Nouvelle-Vie, à Saint-Jean-de-Matha, dans Lanaudière
Entrevue avec Nicolas Bédard, secrétaire de l'Association provinciale des organismes en dépendance, et Lise Bourgault, directrice générale adjointe du centre Mélaric

Nicolas Bédard, secrétaire au sein de l'Association provinciale des organismes en dépendance (APOD) et aussi directeur du Centre L'envolée, de Granby, a expliqué à ICI RDI qu'au Québec, il existe 33 centres qui se partagent une enveloppe de 7 millions de dollars et comptent 627 lits. « Pour eux, ça va bien », affirme M. Bédard.

En revanche, il existe 23 centres, représentés par l'APOD, qui ne sont pas financés bien qu'ils comptent au total 1300 lits. « La seule subvention qu'on reçoit c'est 49 $ par jour, ça s'arrête là et on n'a rien de plus », dit Nicolas Bédard.

C'est le cas du centre Mélaric, par exemple. M. Bédard explique qu'il suffirait qu'un autre centre comme Mélaric ferme dans la province pour créer « un point de rupture » au sein d'une clientèle de gens qui souffrent à la fois de dépendance, de délinquance ou encore de problèmes de santé mentale.

Avec les informations d'Anne-Louise Despatie