Québec privilégie plus que jamais les médicaments génériques

Le reportage de Davide Gentile

À compter du 24 avril prochain, les médecins du Québec devront prescrire obligatoirement les médicaments génériques, sauf lorsque la condition du patient requiert expressément la prescription de médicaments dits « innovateurs ou d'origine ». Le gouvernement du Québec évalue à 40 millions de dollars les économies qu'engendrera cette mesure, dans la première année de son implantation.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a annoncé jeudi une modification des règles entourant la mention « ne pas substituer » à laquelle les médecins recourent pour prescrire les médicaments d'origine.

« La mention "ne pas substituer" ne sera plus respectée et le pharmacien sera autorisé et mandaté, lorsqu'il aura une prescription portant cette mention, de quand même livrer le médicament générique », a déclaré le ministre Gaétan Barrette.

Le patient qui souhaite malgré tout obtenir le médicament d'origine - même si le générique pourrait faire l'affaire - devra, s'il est assujetti au régime public d'assurance-médicaments, payer la différence de coût.

Le remboursement d'un renouvellement d'ordonnance comportant déjà la mention « ne pas substituer » sera honoré jusqu'au 1er juin 2015.

Selon le Dr Charles Bernard, PDG du Collège des médecins du Québec, cette modification des règles ne sera pas préjudicable pour les citoyens.

« Si le médicament générique existe, c'est un médicament équivalent, dit-il, ça a été homologué. C'est à peu près la même chose. Alors, je ne pense pas que les gens vont souffrir, il n'y aura pas de préjudice en raison de l'utilisation de médicaments génériques ».

« Le Québec dans le fond s'aligne avec ce qui se fait partout ailleurs. » — Daniel Charron de l' Association canadienne du médicament générique

Des exceptions

Le gouvernement québécois reconnaît cependant des exceptions à cette règle :

  • les médicaments de la classe 7, comme les immuno-supresseurs;
  • la clozapine;
  • les cas d'allergies à des composantes médicamenteuses;
  • les cas où le médicament est présenté dans une formule (liquide, par exemple) qui n'est pas offerte dans la catégorie des médicaments génériques.

Dans les cas où le médecin inscrit la mention « ne pas substituer », il devra, pour que son patient soit remboursé par le régime public d'assurance-médicaments, assortir son ordonnance d'un « code justificatif qui correspond à des considérations thérapeutiques reconnues et spécifiques à la condition du patient », explique le ministère de la Santé par voie de communiqué.

Des dépenses additionnelles injustifiées

Le ministre Barrette affirme que l'utilisation, par les médecins, de la mention « ne pas substituer » a entraîné des « dépenses additionnelles injustifiées » de 80 millions de dollars pour le régime d'assurance-médicaments de la province, et ce, pour la dernière année seulement. Le gouvernement entend récupérer 40 millions seulement parce qu'il y aura des situations où il n'y aura pas substitution.

Le ministre Barrette explique que l'industrie pharmaceutique a recours à des « techniques commerciales légales, appelées, par exemple, "des programmes de fidélisation", qui font en sorte que différentes avenues sont offertes tant aux patients qu'aux médecins pour favoriser la vente de médicaments d'origine ».

« À partir du moment où nous instaurons cette règle, tous ces programmes vont essentiellement devenir obsolètes », a expliqué plus avant le ministre Barrette.

Selon Gaétan Barrette, la fin de la durée du brevet couvrant un médicament entraîne « un choc commercial » pour les compagnies pharmaceutiques qui cherchent alors à garder leur clientèle par divers moyens. La nouvelle règle instaurée par Québec ne fait rien perdre aux médecins. En revanche, elle représente un gain pour les pharmaciens, toujours selon M. Barrette : « Les phramaciens sont aussi propriétaires de compagnies qui font des génériques [...] et le fait de passer aux génériques nous fait penser que les phramaciens vont voir arriver, dans leur chiffre d'affaires, 7 millions de dollars. »

« La règle n'est pas mise en place pour les pharmaciens, c'est une règle d'économie pour l'État québécois, dans un contexte simple qui est celui du retour à l'équilibre budgétaire et dans une circonstance où il n'y a pas de justification clinique, ou pharmacologique, de ne pas donner un générique. » — Gaétan Barrette, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec

La FADOQ proteste

Danis Prud'Homme de la FADOQ Danis Prud'Homme de la FADOQ

Danis Prud'homme, de la Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ), regroupant 350 000 membres de 50 ans et plus, soutient que cette mesure causera quantité de problèmes.

D'abord, dit-il en substance, Québec creuse ainsi davantage le fossé entre les gens couverts par des assurances-médicaments privées et les autres, dont beaucoup d'aînés, couverts par le régime public. Les personnes âgées n'auront pas les moyens de payer la différence de coût si elles tiennent à garder le médicament d'origine.

« On oublie la relation du médecin avec son patient. Si le médecin marque "ne pas substituer", ce n'est pas pour le fun. C'est parce qu'il connaît très bien son patient. Il sait probablement que la posologie sera différente, trois fois par jour au lieu d'une fois, par exemple. Changer de médicaments, pour un aîné, a des conséquences sur sa vie et entraîne un stress énorme. » — Danis Prud'Homme, de la FADOQ

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