Souverainistes et fédéralistes québécois font une lecture différente du référendum écossais

Stéphane Dion, à gauche, et Pierre Karl Péladeau, à droite (montage, archives) Stéphane Dion, à gauche, et Pierre Karl Péladeau, à droite (montage, archives)  Photo :  PC/Adrian Wyld, Graham Hughes

Les députés péquistes Alexandre Cloutier et Pierre Karl Péladeau jugent que le référendum en Écosse est l'occasion de faire revivre le projet indépendantiste au Québec, tandis que le député libéral Stéphane Dion y va plutôt d'une mise en garde contre un « effet de contagion ».

Pour Pierre Karl Péladeau, l'exemple de l'Écosse montre que l'option indépendantiste est bel et bien légitime. L'homme d'affaires, qui a pris tout le monde par surprise en faisant le saut en politique aux dernières élections, ajoute que le PQ n'a pas suffisamment parlé d'indépendance au cours de la campagne électorale.

Son collègue Alexandre Cloutier, qui lui aussi est en Écosse pour l'occasion, précise cependant que le PQ a beaucoup de travail à faire avant de se lancer dans l'aventure référendaire et déplore lui aussi, comme Jacques Parizeau, la désorganisation du camp souverainiste .

« On n'y arrivera jamais au Québec si on n'a pas la communauté d'affaires, si on n'a pas les jeunes, les nouveaux arrivants, et si les souverainistes ne travaillent pas ensemble », souligne M. Cloutier.

« Depuis le référendum de 1995, il ne s'est à peu près rien passé de sérieux. Il n'y a eu à peu près aucun apport intellectuel important à la mouvance souverainiste. » —  Alexandre Cloutier

Expliquant cette situation par la déprime post-référendaire de 1995, M. Cloutier soutient qu'il faut maintenant que les indépendantistes reprennent le collier.

« C'est vrai qu'on doit se mettre au travail, qu'on doit avoir un projet clair, qu'on doit répondre aux questions des Québécois, explique le député », mais il précise que les forces souverainistes devront au préalable se mettre d'accord sur un projet.

Alexandre Cloutier s'est dit inspiré par le niveau de préparation du camp du oui écossais qui a pris la peine de rédiger une constitution transitoire en cas de victoire. « C'est sûr qu'on prend des notes », affirme M. Cloutier.

« Ce qui est fascinant ici, c'est de voir que le camp du oui a réussi en quelque sorte à perdre le contrôle du message parce que la population l'a repris. » — Le député péquiste Alexandre Cloutier

M. Cloutier estime que le meilleur argument contre la peur, c'est l'information. Il vante ainsi les mérites du « Livre blanc » des indépendantistes écossais qui constitue une série de questions-réponses de plus de 670 pages.

Dion constate des similitudes, mais refuse les parallèles

En entrevue à Radio-Canada, Stéphane Dion, le père de la loi sur la clarté référendaire, souligne que dans le cas écossais comme dans celui du Québec en 1995, les leaders du camp du non on laissé leurs adversaires définir la campagne.

« Les deux cas montrent qu'on peut gagner un référendum, tout en perdant la campagne. Le non avait un bel écart au départ en 1995, mais qui a fondu par la suite », dit l'ancien ministre canadien des Affaires intergouvernementales.

« Dans les deux cas, le camp du non a commis la même erreur, qui a été de laisser les autres définir le débat comme étant un choix entre la fierté et la peur, entre la fierté et la crainte du risque. Si on accepte que le débat soit défini comme ça, beaucoup d'électeurs qui penchaient pour le non disent, je vais leur montrer que je suis fier moi aussi et votent oui. Ça, c'est une erreur qu'on a commise nous-mêmes en 1995 », a-t-il avancé.

Stéphane Dion soutient toutefois que les deux cas sont distincts. « Si le résultat [en Écosse] est oui, les leaders indépendantistes [québécois] vont tout faire pour créer un effet de contagion. Il faudra leur répondre amicalement que les Écossais ont pris une décision, indépendante de celle des Québécois. »

« Si la réponse est non, ce sont aussi deux décisions tout à fait indépendantes. Il faut souhaiter bonne chance aux Écossais et au Royaume-Uni pour la suite des choses », poursuit-il.

Ottawa a respectés plusieurs de ses promesses, soutient Dion

Concernant les promesses faites par le camp du non advenant la victoire de cette option, Stéphane Dion soutient qu'Ottawa a tenu plusieurs engagements envers le Québec après 1995.

« Jean Chrétien avait parlé de société distincte et maintenant, le Québec est même reconnu comme nation au sein du Canada. Il avait dit que le Québec aurait un droit de veto, eh bien, c'est une loi que M. Harper a respectée : au Québec on a un droit de veto constitutionnel. Personne ne parle de remettre en cause cette loi. On avait promis que la formation professionnelle serait remise aux provinces, MM. Chrétien et Bouchard se sont entendus là-dessus », dit-il.

Il soutient par ailleurs que le Royaume-Uni a « beaucoup plus de marge de manœuvre » pour remettre des pouvoirs à des régions comme l'Écosse, qui jouissent déjà d'une certaine autonomie.

« Ce n'est pas comparable à une province canadienne. Toute la fiscalité, pour l'essentiel, est contrôlée par Londres. Alors il y aura plus de marge de manoeuvre pour bouger en ce sens. » — Stéphane Dion.

Ce dernier ne croit pas que l'appui à la souveraineté au Québec gagne du terrain dans un avenir rapproché.

« On est la seule population dans le monde démocratique à avoir vécu deux référendums sur l'autodétermination et on a bien vu à la dernière élection provinciale que non seulement les gens ne veulent pas faire l'indépendance dans la grande majorité, mais ne veulent même pas en débattre et ne veulent surtout pas avoir un troisième référendum », a-t-il affirmé

Il rappelle que le processus est difficile à vivre - au Québec comme en Écosse - et provoque des tensions et des déchirements.

Couillard critique les députés du PQ en visite en Écosse

Par ailleurs, le premier ministre québécois, Philippe Couillard, a raillé les députés péquistes qui ont déserté l'Assemblée nationale pour se rendre en Écosse. En chambre, il a indiqué que les militants de son parti faisaient du porte-à-porte à Lévis - où il y aura une élection partielle - plutôt qu'à Glasgow.

M. Couillard a déploré le choix des quatre députés péquistes partis en Écosse, plutôt que de rester au Québec afin de se consacrer aux débats sur le redressement des finances publiques.

L'Écosse entre le oui et le non