Ces lanceurs d’alerte, traîtres ou héros?

Les responsables du renseignement au Canada défendent la collecte de métadonnées

Surveillance et vie privée

Les deux agences de renseignements et de sécurité canadiennes n'espionnent pas systématiquement tous les citoyens du pays, ont affirmé lundi leurs dirigeants devant un comité du Sénat.

Le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Michel Coulombe, et le directeur du Centre de la sécurité des télécommunications Canada (CSTC), John Forster, comparaissaient devant le Comité sénatorial de la défense et de la sécurité nationale à Ottawa.

Les deux hommes sont dans l'embarras depuis le dévoilement de nouvelles informations par l'ancien consultant de l'agence de sécurité nationale américaine (NSA), Edward Snowden.

Selon des documents publiés par M. Snowden, le CSTC a utilisé les services sans fil pour intercepter illégalement des communications effectuées par téléphones cellulaires ou à l'aide de tablettes électroniques dans un aéroport canadien.

« Les mandats obtenus par l'agence de sécurité ne lui permettent pas de surveiller les Canadiens à grande échelle. L'agence s'intéresse aux individus qui menacent la sécurité de la population », a indiqué d'entrée de jeu Michel Coulombe.

De son côté, John Forster a soutenu « qu'aucune donnée n'a été recueillie par la surveillance des opérations d'un aéroport. Cela faisait partie de notre programme de collecte de métadonnées. Nous n'avons pas suivi les mouvements en temps réel des voyageurs ».

Interrogé par les sénateurs au sujet des plus récentes révélations d'Edward Snowden, il a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'une opération de surveillance, mais plutôt d'une tentative de créer un modèle d'analyse des communications autour d'un point d'accès Internet public.

Collecte de métadonnées

M. Forster a également défendu la collecte de métadonnées effectuée par le CSTC.

« La photo, c'est le contenu, a-t-il illustré. Mais ce qui vient avec la photo, ce sont d'autres données, notamment la date et l'heure. Ce sont des informations sur la photo et non la photo elle-même. »

M. Forster a indiqué que ces métadonnées étaient utilisées par des ordinateurs pour comprendre les réseaux terroristes mondiaux et trouver une cible étrangère dans « une mer de communications ».

« Les terroristes ou auteurs de prises d'otages utilisent souvent un aéroport pour avoir accès à Internet parce qu'ils cherchent à se cacher », a-t-il ajouté.

Les Canadiens « bien servis » par les agences de renseignement

Un peu plus tôt lundi, le comité sénatorial a entendu Stephen Rigby, qui est conseiller à la sécurité nationale au bureau du premier ministre.

Après avoir expliqué les grandes lignes de son travail, M. Rigby a affirmé que les Canadiens étaient « bien servis » par les agences de sécurité et de renseignements, ainsi que par les comités chargés de leur surveillance.

En réponse aux questions des sénateurs, il a dit qu'il n'était pas convaincu par les informations selon lesquelles le CSTC a utilisé les services sans fil d'un aéroport pour intercepter des communications effectuées par téléphones cellulaires ou par tablettes électroniques.

Il a cependant admis que le CSTC interceptait parfois les métadonnées de certaines communications. Il ne s'agit pas, selon lui, d'une atteinte déraisonnable à la vie privée.
Il a également affirmé que les mesures de contrôle des actions du CSTC sont assez « solides ».

La semaine dernière, la commissaire fédérale à la protection de la vie privée par intérim, Chantal Bernier, a recommandé à l'agence responsable de l'écoute électronique d'informer davantage les Canadiens au sujet de ses activités. M. Rigby a indiqué que ce rapport contenait quand même des idées intéressantes.

Les libéraux veulent une meilleure supervision

Le Parti libéral du Canada a annoncé lundi qu'il voulait mettre fin à la surveillance « illégale [des] renseignements personnels par les bureaux de renseignements » et qu'il souhaitait la création d'un organisme de supervision.

Le parti présentera une motion en ce sens mardi à la Chambre des communes.

« Des allégations font état que le Centre de la sécurité des télécommunications Canada (CSTC) a intercepté et surveillé, à leur insu, des communications de citoyens canadiens respectueux de la loi, a précisé le porte-parole libéral en matière de sécurité publique, Wayne Easter. C'est pourquoi je présenterai une motion [mardi], journée d'opposition du Parti libéral, exhortant le gouvernement à mettre fin à ces pratiques de surveillance et à établir un organisme de supervision de la sécurité nationale formé de parlementaires. »

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