La charte des valeurs, entre division et inclusion

Charte : le gouvernement en pleine contradiction, selon la Fédération des femmes

Crucifix de l'Assemblée nationale Le maintien du crucifix à l'Assemblée nationale est l'une des contradictions relevées par la Fédération des femmes du Québec dans sa critique du projet de charte des valeurs.  Photo :  PC/Jacques Boissinot

La Fédération des femmes du Québec demande au gouvernement de retirer son projet de charte des valeurs. Selon la FFQ, le projet de loi n'établit pas de manière satisfaisante les bases de la laïcité de l'État, tout en créant des brèches dans des droits des femmes et des minorités.

Dans son mémoire présenté dans le cadre de la consultation sur le projet de loi 60, la FFQ trouve contradictoire que le gouvernement veuille interdire aux employés de l'État de porter des symboles religieux, tout en conservant le crucifix à l'Assemblée nationale et en passant sous silence la question des prières dans les conseils municipaux.

Elle juge aussi que le gouvernement fait des amalgames non pertinents.

« En entraînant le débat public sur le terrain des valeurs québécoises, de l'identité nationale et des politiques d'intégration du Québec - des enjeux qui ont peu à voir avec la laïcité - le gouvernement entretient la confusion autour de l'objectif réel de son projet de loi. » — Communiqué de la Fédération des femmes du Québec

La fédération trouve aussi paradoxal le fait que certains acteurs qui prennent position en faveur du projet de loi affirment qu'il est destiné à « sauver les femmes musulmanes du foulard » tout en dictant à ces femmes quoi faire pour se libérer. « C'est un paradoxe majeur du projet de loi », dit-elle.

« Le gouvernement nage en pleine contradiction. » — Communiqué de la Fédération des femmes du Québec

La FFQ croit cependant qu'il est légitime pour l'État d'interdire à son personnel des signes religieux qui entravent l'identification, la sécurité ou la communication. En ce sens, elle réitère son opposition au voile intégral, y compris dans les garderies. Une telle interdiction serait toutefois abusive si elle devait être appliquée partout dans l'espace public, précise-t-elle.

La fédération considère par ailleurs qu'il est abusif de traiter le port de tout symbole religieux comme étant automatiquement un acte de prosélytisme.

Au sujet des balises concernant les accommodements raisonnables, la FFQ croit que les règles qui existent présentement sont déjà suffisamment claires et qu'elles protègent déjà le droit des femmes à l'égalité. Elle propose par ailleurs au gouvernement d'encadrer davantage les personnes qui ont à gérer des demandes d'accommodements raisonnables, en leur offrant de la formation et des services-conseils.

La FFQ dit appuyer ses recommandations sur trois principes; la non-domination, pour assurer que les groupes majoritaires dominants ne discriminent pas les groupes minoritaires; l'autodétermination des femmes, pour assurer que les femmes sont libres de s'auto-définir; et le respect des droits des femmes, pour faire valoir que « les femmes ont autant droit à l'égalité qu'à la liberté de conscience et de religion ».

Au final, la fédération demande au gouvernement de retirer son projet, de mener des recherches et de tenir des consultations, pour ensuite présenter un nouveau projet de loi « en vue d'une laïcisation véritable de l'État [...] et ce, sans domination ».

La charte des valeurs, un débat de société

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