Négociations Canada-UE : Québec a payé 2,6 millions au cabinet de Pierre Marc Johnson

Les explications de Hugo Lavallée

Le cabinet d'avocats pour lequel travaille l'ex-premier ministre Pierre Marc Johnson, le négociateur en chef du Québec dans le cadre des négociations de l'accord de libre-échange avec l'Union européenne, a touché plus de 2,6 millions de dollars depuis 2009 en honoraires et frais de déplacement.

Un texte de Hugo LavalléeTwitterCourriel

Selon les informations obtenues par Radio-Canada, le cabinet a facturé 1 318 680 $ pour les heures travaillées par M. Johnson. Heenan Blaikie a aussi réclamé 161 851 $ en frais de déplacement et 1 147 022 $ pour d'autres honoraires, essentiellement pour rémunérer des collaborateurs de M. Johnson.

À l'Assemblée nationale, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire estiment que ces honoraires sont difficiles à justifier. « Comment se fait-il que le gouvernement du Québec, en cette période de restrictions budgétaires, ait envoyé une grosse partie du travail à l'extérieur ? » s'interroge Stéphane Le Bouyonnec, député de la Coalition avenir Québec.

« C'est déraisonnable, je pense, à sa face même dans le sens [où] tout ce travail aurait pu être effectué par des fonctionnaires de l'État », renchérit Amir Khadir, député de Québec solidaire. « Quand on donne [ce travail] à l'extérieur, on finit par éroder nos capacités, nos connaissances, notre expertise, puis après, on ne sait plus vraiment si le travail qui est fait est bon pour nous, pour les fonds publics, ou pas », ajoute-t-il.

Toutefois, pour le directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques, Michel Nadeau, l'importance des négociations justifiait le recours à une firme externe. « Les élus, les dirigeants politiques se disent [que] ce sont des ententes qui vont durer pour des décennies; or, il est important d'avoir le meilleur négociateur possible. Donc on sait que nos éléments de la fonction publique sont des gens compétents, mais on veut être certain qu'on a une personne qui est habituée aux pressions de ce genre de négociations. [...] On ne peut pas se permettre de prendre le numéro 2, le numéro 3, il faut prendre le meilleur », fait-il valoir.

Pierre Marc Johnson n'était pas disponible pour nous accorder une entrevue, mais il avait déjà eu à défendre ses honoraires il y a trois ans, devant une commission parlementaire. « Je suis sûr que si vous faisiez des comparaisons avec d'autres, vous verriez que c'est à peu près cela que ça coûte », avait-il plaidé en 2011.

Le gouvernement Marois soutient qu'il n'a pas le choix de respecter le contrat de Pierre Marc Johnson, mais il rappelle que c'est le Parti libéral qui a embauché l'ancien premier ministre en 2009. De leur côté, les libéraux soutiennent qu'il s'agit du prix à payer pour la négociation d'un « accord historique ».

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que les honoraires de Pierre Marc Johnson soulèvent des questions. La rémunération qu'il avait touchée pour présider la Commission d'enquête sur le viaduc de la Concorde, qui s'était effondré en 2006, avait aussi suscité la controverse à l'époque.

Le travail de M. Johnson n'est pas encore terminé. Même si une entente de principe est intervenue avec l'Europe, les négociations se poursuivent sur le texte final de l'accord. Ce n'est toutefois pas M. Johnson qui aura la responsabilité de négocier les compensations qui seront versées par le gouvernement fédéral aux producteurs fromagers québécois.

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