La charte des valeurs, entre division et inclusion

Parizeau veut offrir une sortie de crise au gouvernement

Le reportage de Martine Biron

Se prononçant sur la charte des valeurs québécoises, l'ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau dit vouloir offrir au gouvernement Marois une sortie de crise élégante.

Essentiellement, il préférerait une version plus modérée de la charte, a-t-il expliqué en entrevue à l'émission 24/60, jeudi soir. M. Parizeau juge que le projet de charte des valeurs du gouvernement Marois va trop loin en interdisant le port de signes religieux à tous les employés de l'État.

« Il me paraît important de calmer le jeu. » — Jacques Parizeau

L'ex-premier ministre se désole de certaines réactions « exagérées » à propos de la charte. « Tout ce que j'essaie de faire, c'est qu'on cesse de s'exciter à ce point là », ajoute-t-il.

« Ce qui se passe sur les médias sociaux, c'est vraiment pas drôle de ces temps-ci. Et les gens qui commencent à s'injurier dans la rue, minutes là! Est-ce qu'on peut se calmer? » — Jacques Parizeau

Jacques Parizeau est aussi sceptique quant aux motivations du gouvernement. « Jamais, à ma connaissance, au Québec, on n'a légiféré pour interdire quoi que ce soit de religieux. Ce n'est pas dans nos habitudes. On a fait évoluer les choses graduellement vers une laïcité qui est pratiquement totale aujourd'hui », dit-il. « La question qu'il faut se poser aujourd'hui, c'est : pourquoi aujourd'hui et pourquoi [on vise] les musulmanes? »

M. Parizeau croit que le fait de cibler le foulard islamique vise à faire plaisir à « un certain nombre de gens qui rêvent depuis des années d'une sorte de laïcité à la française avec des règlements partout ».

L'ex-premier ministre, qui plaide aussi pour le retrait du crucifix de l'Assemblée nationale, se dit toutefois en accord avec plusieurs propositions de la charte des valeurs, soit la modification de la Charte des droits et libertés et l'instauration de balises pour gérer les demandes d'accommodements religieux, par exemple.

Inscrire les principes de la laïcité et l'importance de l'égalité entre homme et femme dans une charte, « c'est excellent », dit-il encore.

M. Parizeau espère « vivement » que le gouvernement tiendra compte de son avis.

Plus tôt jeudi, après la parution de la chronique de M. Parizeau dans le Journal de Montréal à propos de la charte, les élus à Québec ont réagi aux réflexions de l'ancien premier ministre. Le Parti libéral a estimé qu'il s'agissait d'une « remontrance au Parti québécois », tandis que la Coalition avenir Québec a considéré que M. Parizeau embrassait la position de la CAQ sur la charte, à une exception près : la CAQ veut étendre l'interdiction des signes religieux ostentatoires aux enseignants et aux directeurs d'école.

Quant à la principale intéressée, la première ministre Pauline Marois a dit accueillir favorablement la contribution de Jacques Parizeau « comme citoyen québécois » au débat sur la charte des valeurs.

La charte des valeurs, un débat de société

En complément